‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 425 sur 505 · S. Bernard, Epist., xxi, P. L., t. ci.xxxir, col · texte numérisé non relu

S. Bernard, Epist., xxi, P. L., t. ci.xxxir, col

templiers, récemment fondé ^. Environ neuf ans auparavant (1118 OU 1119) ^, neuf chevaliers français, Hugues de Payens et Godefroy de Saint-Omer à leur tête, avaient fondé une association particulière qui voulait unir la vie du moine à celle du chevalier, s'adonner à l'ascétisme chrétien et porter en même temps les armes pour la défense de la Terre Sainte, en particulier pour assurer la sécurité des routes et des chemins et procurer aux pieux ])èle- [401] rins des escortes ])(>ur traverser les pays dangereux. iiC roi Baudouin II et Garnuiud. patriarche de Jérusalem, approuvèrent grandement rcutreprise; Baudouin donna même aux chevaliers une partie de son palais, non loin de l'emplacement où se trouvait le Temple ^ ; de là leur vint le nom de Templiers. Avec les trois vœux ordinaires de la vie monastique, ils émirent celui de former une pieuse militia et adoptèrent la règle de saint Augustin.^. Toutefois, ils n'obtinrent pas d'abord un costume particulier et une règle spéciale ; la fondation sembla même peu viable et personne ne voulait en faire partie. Au surplus, ces templiers étaient si pauvres que Hugues de Payens, qui en fut le premier maître, et Godefroy de Saint-Omer n'avaient à eux deux qu'un cheval de bataille. Aussi, jusque dans les derniers temps, le sceau de l'ordre repré-

1. F. Wilcke, Geschichte des Ordens der Tempelherren, 2 vol., Leipzig, 182G- 1827 ; 2e cdit., Halle, 1860 ; Maillardède de Chambure, Règles et statuts secrets des Templiers, Paris, 1840 ; Curzon, La règle du Temple, Paris, 1866; A. Knôpfler, Die Ordensregel der Tempelherren, dans Historisches Jahrbuch, 1887, t. viii, p. 666- 695; de la Ville le Roulx, Un nouveau manuscrit de la règle du Temple, Paris, 1890 ; Gnielin, Die Regel des Tempelordens, in-8, léna, 1902 ; Schnûrer, Die ursprûngliche Templerregel, kritisch untersucht und herausgegeben, dans Studieii und DarsteUungen auf dem Gehicte der Geschichte, dans Auftrdge der Gôrres' Gesellschaft, Freiburg, 1904, t. m, part. 12. {H. L.)

2. Cuillaiimc de Tyr. 1. XII, c. vu, semble rapporter l'origine des templiers a^/ uiin. 7775. Mais plus loin il ajoute, à propos du concile de Troyes : Cumquc jam anuis uuvpiii iii eo fuissent proposita, nonnisi no\'em erant. Si l'ordre n'avait que neuf ans en 1128, nono aiino, dit encore Guillaume, il faut placer son début en 1110. C'est bien le sentiment de Jean Michel, secrétaire du concile de Troyes : Anno 1128 ah incarnalo Dei Filio, ah inchoalione prœdictie militiœ nono. Je ne sais trop sur quoi se fonde M. de Curzon, La règle du Temple, 1886, p. 13, note, pour avancer la date de la fondation de l'ordre du Temple jusqu'en 1118. (H. L.)

3. L'emplacement que, dans la topographie si discutée de Jérusalem, on attribuait alors au temple de Salomon. (II. L.)

4. Guillaume de Tyr, Ilisl., 1. XII, c. vu ; Schùrer, op. cU., p. 95 sij. ; Gualt. Mni>cs, De nugis curialium, IS"-" édit., Wright, 1850, p. 29. (H. L.)

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scnta-t-il les deux fondateurs sur un même cheval. Malheureusement pour les Templiers, leur protecteur, le roi Baudouin II, fut fait prisonnier par les Turcs en 1123 ; après sa délivrance, il chercha à obtenir l'approbation du pape pour le nouvel ordre et, dans ce biit, il envoya en Occident, en 1127, les deux chevaliers André et Gundcmar, avec une lettre à saint Bernard, neveu du chevalier André, afin qu'il composât une règle pour les nouveaux chevaliers ^. Quelque temps après, le grand maître Hugues de Payens vint en France et assista avec quelques chevaliers au concile de Troyes, «{ui se tint le 13 janvier 1128, sous la présidence du cardinal-cvcque d'Albano, Matthieu, légat du pape '^. On remarqua, dans cette assemblée, Renaud II, archevêque de Reims, et Henri, archevêque de Sens, leurs sulîragants et beaucoup d'abbés, entre autres ceux de Cîteaux, de Clairvaux, de Pontigny, de Fontaines (principaux monastères cisterciens). Quelques grands seigneurs s'y trouvèrent également. Guillaume de Tyr, historien des croisades et contemporain du synode de Troyes, raconte que, dans cette assemblée ^, sur la demande du pape et du patriarche de Jérusalem, on donna aux Templiers un habit blanc et vme règle, et que le pape Eugène (III) y ajouta une croix rouge, placée sur leur habit (pour montrer qu'ils étaient prêts à verser leur sang pour la TerreS ainte). Le prologue de la règle des Templiers, trouvée à Saint-Victor et plusieurs fois réimprimée, s'accorde avec ces données. On y lit que maître Hugues ayant raconté les humbles commencements de l'ordre, le con- [402] cile délibéra sur les constitutions, prescrivit une rédaction écrite

1. Schûier, op. cit., p. o, p. 32, a montré que le texte latin de la règle est bien ' le texte primitif; la rédaction française ne remonte qu'aux environs de l'an 1180,

après l'exemption accordée en 1163, par Alexandre III. Jafïé, Regesta, n. 1087, 1013 ; Wilckc, Geschichte (1er Tempelherren, 2^ cdit., t. i, p. 4il sq. La règle fut revisée en 1130, par le patriarche Etienne. Schûrer, op. cit., p. 112. Le roi Baudoin II protégeait efficacement l'ordre naissant. Fontes rer. Austrise, t. xii, n. 41, p. 94; cf. Vrntz, Entwicklung und Untergang des TempeUierrenordens, in-8, Berlin, 1888, p. 4. Quoique l'association date de 1119, en 1223, Hugues de Payens signe encore comme laïque. Delaborde, Diplômes de N.-D. de Josaphat, p. 37, n. 12. (H. L.)

2. Coll. regia, t. xxvii, col. Gl ; Labbe, Concilia, t. x, col. 922-936; Hardouin, Conc. coll., t. VI, port. 2, col. 1131 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1373 ; Di.puy, Histoire des Templiers, 1751, p. 86-102 ; Bouquet, Recueil des historiens de la France, t. xiv, p. 231-233 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 357 ; de Curzon, La règle du Temple, in-8, Paris, 1886, p. 11-20. (H. L.)

3. Guillaume de Tyr, Hisl.,\. XII, c. vu, dans Ilist. crois. Occid., p. 536 sq. (H. L.)

de ces délibéra lions et eliaigea de ce soin l'abbé de Clairvaux. Saint Bernard eut recours à Jean Michel, l'auteur du prologue; puis le tout fut soumis à l'approbation du pape, du patriarche de Jérusalem et du chapitre « des pauvres compagnons d'armes du Temple ^. » Nous ne savons pas quelles autres affaires traita le concile de Troyes.

Le 10 mai 1128, un concile célébré à Arras ^, sous la présidence de Renaud II, archevêque de Reims, prescrivit (juc l'église de la Sainte- Vierge et de Saint- Jean à Laon, jusqu'alors |h)ssession des chaiioinesses, leur fût enlevée, à cause de leur conduite peu édifiante, et transférée à des moines ^. Le roi Louis \'I confirma cette décision (celte fondation était, en effet, une fondation royale) et le légat, le cardinal Matthieu d'Albano, approuva à son tour la décision d'Arras. dans un concile

1. Mabillon avait déjà remarqué, dans son édition des Œuvres de saint Bernard,t. I, p. 547, que le manuscrit de Saint-Victor renfermant la règle des templiers (en 72 paragraphes) ne contenait plus le texte primitif rédigé à Troyes, mais offrait des traces évidentes d'additions ultérieures. Ainsi, dans les § 3 et 4, il y est question des chapelains de Tordre, qui ne datent cependant que de 1172 ; le § 4G parle également des dîmes, que les templiers n'obtinrent que dans cette même année 1172, sous le pontificat d'Alexandre III. Cf. Wilken, Gesc/î. der Kreuzzûge, t. ii, p. 546 sq. , 557 sq. Saint Bernard assista au concile de Troyes; à ce moment « il avait déjà acquis une célébrité qui le plaçait au premier rang parmi les abbés de sa province ou même des provinces avoisinantes. Bientôt nous le verrons mêlé à toutes les questions politicc-religieuses qui agitèrent la France et la chrétienté ; et rien dans l'Église ne se fera sans lui. Il s'en faut cependant que ces occupations extérieures aient été de son goût. Outre son amour de la solitude, l'état chancelant d'une santé toujours fragile lui commandait le repos et le recueillement dans le cloître. » Vacandard, Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux, in-8, Paris, 1895, t. i, p. 227. Sa santé était fort ébranlée quand s'ouvrit le concile de Troyes. Dans i'épître xxxvii, écrite peu de temps i près le concile, Bernard fait encore allusion à sa santé chancelante : De noslra infirmitate vos solliciluni. Sur la nouveauté de cette règle du Temple au xii*^ siècle, cf. Vacandard, op. cit., p. 234-248. (H. L.)

2. Coleti, Concilia, t. xii, col. 1387; Mansi, Conc. umpliss. coll., t. xxi, col. 371; Gousset, Actes de la prov. de Reims, t. ir, p. GO'i; GoUia christiana, 1. x, instrum. 192; Marlot, Ilist. Eccl. Remensis, t. ii,p. 309; A. Luchaire, Louis VI le Gros, Annales de sa vie et de son règne, 1890, p. 190, n. 410. (H. L.)

3. Louis VI, dans la charte in conventu quem fidelis nosler Rainaldus, vencrabilis Remorum archiepiecopus, Atrebalicum universis suffraganeis suis cpiscopis et abbalihus sexto idus maiitenuil, ubi et nos présentes aderamus, décide que le transfert aura lieu, tout en réservant le droit royal et le douaire de la reine Adélaïde. L'abbaye réformée sera placée sous l'obéissance de l'évèque de Laon. (H. L.)

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tenu à Reims, sur lecincl nous n'avons pas d'autres détails ^.

Un concile célébré à Pavie dans l'été de 1128 présente un intérêt plus général ^. On a vu qu'en 1127, Conrad de Ilohenstaufen s'était fait proclamer roi contre Lothaire III ; il avait été excommunié par plusieurs évoques allemands (Noël 1127) et par le pape, le 22 avril 1128. Conrad, n'ayant pu se soutenir en Allemagne^, gagna l'Italie, où il trouva un solide appui à Milan, dans Anselme, archevêque de cette ville depuis 1126, Le 29 juin 1128, ce dernier lui plaça sur la tête la couronne de fer, à Monza, d'après l'aiilienne tradition, et renouvela cette cérémonie dans l'église Saint - Ambroise à Milan *. Plusieurs villes et seigneurs de la Lombardie se soumirent aux Hohenstaufen; d'autres, comme Brescia, Plaisance, Crémone, Pavie et Novare, restèrent fidèles à Lothaire, et le pape Ilonorius II envoya aussitôt le cardinal Jean de Crémone refouler la révolution. Le légat convoqua en concile, à Pavie, les évêques de la province ecclésiastique de Milan, afin de délibérer sur la conduite tenue par l'archevêque; celui-ci protesta, mais les évêques de Pavie, de Crémone, de Novare et des autres villes n'enprononcèrent pas moins contre lui l'excommunication 5. Ce fut probablement aussi pour avoir pris le parti de Conrad III que les deux patriarches d'Aquilée et de Venise(Grado) furent déposés dans un synode célébré à Ravenne, sous le cardinal Pierre ^.

En octobre 1128, le cardinal-légat, Matthieu d'Albano, présida, à Rouen, un concile convoqué avec l'assentiment d'Henri I^'", roi d'Angleterre, pour remettre enfin en honneur dans la Normandie la loi du célibat et d'autres réformes ''. L'arche-

1. Coleli, Concilia, t. xii, col. 1387 ; Mansi, Coiic. ampliss. coll., t. xxi, col. 378. On y trouve aussi le bref de confirmation d'Innocent II, daté du 4 nov. 1130 et adressé à Drogo, abbé de ce monastère.

2. Coleti, Concilia, t. xii, col. 1389 ; Mansi, Cour, ampliss. coll., t. xxi, col. 373. (11. L.)

3. Giesebrecht, op. ril.^ i. tv, p. 31, 423, croiL i}uc la tentative de Conrad en Italie ne fut pas provoquée par le mauvais état de ses affaires en Allemagne, mais eut pour but de s'assurer la possession de l'héritage de Mathildc. Cf. aussi Bernhardi, op. cit., p. 197 sq.

4. Gervais, op. cit., t. ii, p. 85-89; Landolphc le jeune, dans Monuiii. Gerin. Iiist., Script., t. XX, p. 45.

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