‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 428 sur 505 · Cf. Watterich, Vitœ pontif. rom., t. ii, p · texte numérisé non relu

Cf. Watterich, Vitœ pontif. rom., t. ii, p

4. Ce furent le chancelier Aymery et quinze cardinaux qui firent cette élection. Boson, Vita Innocentii, dans Watterich, Vitœ pontif. rom., t. ii, p. 174 : Innocentius natione Romanus, de regione Transtiberina; il aurait appartenu à la famille Papareschi; cf. W. Bernhardi, Lothar won Supplinburg, p. 304, n. 67. On l'a identifié avec ce cardinal, du nom de Grégoire, qui ménagea le concordat de Worms avec Lambert d'Ostie et Saxo; cf. Jafïé, Monitm. Bambergensia, p. 335 ; Gregorovius, Gesch. d. Sladt Rom, t. iv, p. 401 ; Giesebrecht, Geschichle der

événement, s'assemblèrent aussitôt à Saint-Marc, où ils convoquèrent tous les cardinaux pour élire un pape. Vingt d'entre eux, partisans de Pierleone ^, se réunirent dans l'après-midi du même jour, 14 février, et choisirent pour pape le cardinalprêtre Pierleone, qui prit le nom d'Anaclet II. Le peuple, gagné à prix d'argent ^, et la noblesse romaine, en grande partie favorable à Pierleone^, à l'exception des Frangipani et des Corsi*, [408] reconnurent immédiatement Anaclet comme pape légitime, si bien qu'Innocent, dès le jour même de son élection, dut se réfugier dans le monastère de Palladi\im 5, protégé par les Fran-

deutschen Kaiserzeil, i. iv, p. 57; Liverani, Opère, t. m, p. 165 ; Zôpffel, op. cil., p. .325 ; Mûhlbacher, op. cit., p. 90; Magnus, Annales Reichersperg., ad ann. 1119, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. xviii, p. ''i5.3. (H. L.)

\. Parmi les vingt-neuf cardinaux cités dans la lettre sur l'élection d'Anaclet au roi Lothaire (cl. Watlerich, op. cit., t. ii, p. 185) on trouve les noms de neuf cardinaux créés le 21 février par Anaclet (Zôpffel, Die Papstwahlen, p. 384); s'ils assistèrent aux délibérations, ils ne pouvaient cependant pas régulièrement participer à l'élection.

2. La Vita Bernardi, dans Watterich, op. cil., l. ii, p. 191, parle de cet argent distribué au peuple. Au sujet du vol des biens des églises opéré dans le même but, cf. Boson, Vita Innoc, dans Watterich, op. cil., p. 175. Falcon de Bénévent s'exprime ainsi : Inde Léo, Germanus prœfati Anacleti, serario aperto totum fere populum romanum rognvit, ut juxta vires fratris clectionem tueretur, quod factum est. Muratori, Script, rer. Italie, t. v, p. %2; Monum. Germ. hist., Script., t. vi, p. 489, le qualifie : Inirusus per seditionem populi furentis.

3. D'après Hubert de Lucques, Epist. ad Norhertum Magdeburgensem, dans Codex Udalrici, édit. Jaffé, n. 246, p. 425, et dans Watterich, Vitie pontif. rom., t. II, p. 179 sq., et Epist. ad Didocum Compostellanum, dans Watterich , op. cit., t. II, p. 187. Parmi ces vingt cardinaux votant pour Anaclet, il s'en serait trouvé quatre qui avaient voté pour Innocent II. Cf. Gautier de Ravenne, Epist. ad Norhertum, dans Codex Udalrici, édit. Jafïé, n. 245, p. 423, et Epist. ad Conrad. Scdzburg. archiep., dans Forschungen, t. viii, p. 165. D'après Boson, Vita Innocenta II, dans Watterich, Vitx pontif. rom., t. ii, p. 174, Innocent fut élu par seize voix. Bernhardi, Lotliar von Supplinhurg, 1879, p. 299, note 9. Dans la lettre des électeurs d'Anaclet au roi Lothaire, on trouve bien vingt-neuf noms, dont neuf seraient de création postérieure à l'élection; mais à ce propos, Bernhardi, op. cit., p. 302, n. 66, avance qu'on ne peut affirmer cette création postérieure que pour un seul nom : Germain, cardinal-diacre de Saint-Ange. On ne s'entend suère sur l'heure de ces élections et le nombre des électeurs.

4. Vulgus etiam ita sibi astrinxit (Anacletus) , ut prœter Fraiepanum et Cursorum munitioncs papœ Innocent io nullum in urbe subsidium remaneret. Watterich, op. cit., p. 175.

5. Jafïé, op. cit., t. v, p. 430. Les deux lettres du 18 février (Jaffé, loc. cit., n. 241, 242) ont été écrites apud Palladium. Les sources qui parlent de cette

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gipani. Le 23 février, Innocent fut sacré dans l'église de Sainte- Marie-Nouvelle, tandis que, le même jour, Anaclet recevait

élection schisniatique ont été recueillies par Watterich, op. cit., t. ii, p. 179-199 Les lettres insérées dans Jaffé, op. cit., t. v, n. 240-249, ainsi que la lettre d'Innocent aux Anglais, dans Giesobreoht, op. cit., t. iv,p. 50-'i, fournissent des renseignements précieux. Quant à la littérature publiée sur ce même sujet, il faut citer en première ligne : Zôplîel, Die Papslwahlen, Gôttingen, 1872; puis: Mûhlbachcr, Die streitige Papstwahl des Jahres 1130, Innsbrùck, 1876; Bernhardi, op. cit., p. 282 sq. Les documents relatifs à ces événements sont nombreux mois de valeur assez inégale. La lettre d'Hubert de Lucqucs, P. L., t. clxxix, col. 60, et la lettre du clergé anaclétiste à l'évêque de Compostelle, //is<. Compostcllas., t. m, 23 ; Watterich, Fi'te rom. poutif., t. ii, p. 187-188. Surl'autorité du premier documents tous les critiques sont à peu près d'accord ; sur celle du second, les auteurs se divisent. En l'attribuant à Pierre dePise, l'un des électeurs les plus éminents d'Anaclet et des canonistes les plus savants de ce temps, Watterich, 1. 1, p. lxx, i.xxi, note 4; t. ii, p. 187, note 2, et Mûhlbacher, op. cit., p. 9-20, le plaçaient, pour ainsi dire, hors de pair. Mais leurs raisons, tirées surtout du style de l'auteur, ne tiennent pas. Il paraît avéré que l'auteur des Vitae pontificum de la fin du xi^ ou du commencement du xii^ siècle, dont le style, à leurs yeux, inimitable, ressemble au style de l'épître à Diego, n'est pas Pierre de Pise, mais Pandulfe de Pise. Liber pontif., t. ii, p. xxxiii-xxxvii. S'il en est ainsi, l'épître à Diego n'est pas l'œuvre d'un homme indépendant et droit, mais celle d'un ennemi acharné d'Innocent II, l'un des anaclétistes les plus violents; cf. Liber pontif., VitaGelasii, t. II, p. 311, 318, note 3. Son autorité se trouve de la sorte très amoindrie. Dans tous les cas, sa partialité en faveur d'Anaclet est incontestable ; elle passe sous silence tous les faits compromettants qui sont à sa charge. Mûhlbacher, op. cit., p. 13. Est-elle l'œuvre d'un témoin oculaire ? C'est douteux. Noter les mots : Sicut vidimus et audivimus. Faut-il l'attribuer à un cardinal ? Les mots fratres nostri ne le prouvent pas, puisqu'elle est faite au nom du Sacré-Collège et même, comme le montrent les mois: nos coadunato... coiii'entu plenario... promulgayii7ms, au nom d'Anaclet II lui-même. En mèm.e temps que le style, les mots episcopi, quibus nulla vel minima est in electione potestas, font songer à Pandulfe, dont ils expriment la théorie électorale; cf. Vita Gelasii II: Ab episcopis, quorum nulla prorsus alia in electione praesulis romani potestas, nisi approbandi vel contra. Bref, l'épître à Diego, sans perdre sa valeur qui est grande, est fort sujette à caution. Viennent ensuite les manifestes des deux papes et de leurs électeurs. Jafïé, Regest. pont, rom., n. 7403-7404, 7407, 7411, 7413, 8370-8371, 8374, 8376-8390 ; Watterich, op. cit., t. ii, p. 182-185. L'épître de Pierre de Porto, P. L., t. clxxix, col. 1397 ; les lettres de Gautier de Ravenne, Dùmmler, Forschungen zur deulschen Geschichte, 1. viii, p. 164, et Codex Udalrici, n. 245; puis les récits de Suger, dans Bouquet, Hisl. de la France, t. xii, p. 57 ; du Chroniqueur de Mosigny, dans A. du Chesne, Script, rer. Franc, t. iv, p. 362 ; du biographe de saint Bernard, Vita, 1. II, c. I ; en dernier lieu, les pamphlets de l'évêque de Mantoue, dans Neugart; Spicil., Codex diplomaticus Alemanniœ, t. ii, p. 63 ; et ceux d'Arnulphe de Séez, dans d'Achery, t. i, p. 153 ; Monumenta Germanicse hist., Scriptures, t. xn, p. 707-720. (II. L.)

la consécration à Saint-Pierre ^. La défection de ses défenseurs, les Frangipani, qui se rangèrent du côté de l'antipape ^, obligea Innocent à se retirer dans la forteresse de sa famille, au Transtévère, mais ne s'y croyant pas en sûreté, il se rendit en France, en passant par Pise et Gênes ; arrivé dans ce pays (à Saint-Gilles, le 11 septembre), il demanda asile au roi Louis VI, de qui il sollicita d'être reconnu comme pape légitime ^.

Les deux prétendants avaient déjà écrit aux princes et aux évoques de la chrétienté, chacun soutenant la légitimité de ses prétentions *. A l'arrivée des lettres et des messagers d'Innocent

1. Sur tous ces préparatifs et débuts du schisme d'Anaclet II, cf. Vacandard, Vie de saint Bernard, in-8, Paris, 1895, t. i, p. 278-301. Les hostilités ouvertes commencèrent dès le lendemain de la double élection, 15 février. Les Pierleoni, grâce à leur fortune, pouvaient rapidement constituer une armée dans la populace de Rome ; ils n'y manquèrent pas et, dès le 16 février, poussèrent leurs bandes à l'assaut de Saint-Pierre, qui fut pris ; le Latran tomba également en leur pouvoir et on commit dans tous les quartiers de grands excès. Mis en goût par ces succès, lantipapc fit assiéger le cloître du Palladium (aujourd'hui S. Maria in Pallara sur le Palatin, à 100 mètres de l'arc de Titus, Liber pontif., édit. Duchesne, t. ii, p. 319, note 14 ; Armellini, Le Chiese di Roma, 1891, p. 524), mais il fut repoussé avec de grosses pertes et dut renoncer à s'emparer du pape légitime. Boson, Vita Innocenta, dans Watterich, op. cit., t. ii, p. 174-195 ; Episl. elect. Innocentii, dans Codex Udalrici, n. 252 ; Watterich, op. cit., t. ii, p. 182-183 ; P. L., t. ci.xxix, col. 37-38.

Le sacre d'Innocent III eut lieu à Sainte-Marie-Nouvelle, dont le cardinal Aimery était titulaire. Jafîé, Reg. pont, roni., p. 912, n. 8376. (H. L.)

2. Dès le mois de mai 1130, les Frangipani étaient passés à Anaclet II. Boson, Vita Innocentii, dans Watterich, Vitse pontificum, t. ii, p. 175 ; Episl. aclDidacum; Jalîé, Reg. pont, roni., n. 8379 ; cf. Bernhardi, Lothar von Snpplii^hurg, p. 311, n. 76. (H. L.)

3. « Abandonné par les Romains, Innocent II ne désespéra pas de son droil. En cette extrémité, la lumière ne pouvait plus venir des partis qui divisaient la Ville éternelle. La parole était à l'Eglise universelle, à l'Italie, à l'Espagne, à l'Angleterre, et surtout à lAllemagne et à la France.» Vacandard, op. cit., t. 1, p. 288. (H. L.)

4. Le 18 février, Innocent. II envoya en Allemagne le cardinal Gérard, porteur de deux lettres pour le roi Lothaire et pour ses sujets. P. L., t. clxxix, col. 53-54 ; Jart'é, Reg. pont, roin., n. 7403, 7404. Le 24 février, l'antipape écrit à son tour au roi Lothaire, à la reine, aux archevêques, évèques, abbés, j)révôts, clercs et fidèles établis en Allemagne. P. L., t. clxxix, col. 689-692; Jalîé, Reg. pont, roni., n. 8370, 8371. Ni l'un ni l'autre ne font allusion à leur adversaire. Lothaire ne répondit à personne ; alors ils revinrent à la charge, envoyant tous deux, cette fois, un rapport de leur élection signé de leurs électeurs, mai 1130. Jafîé, Reg. pont, rorn., n. 7411, 8388-8389; Codex Udalrici, n. 352 ; Watterich, Vitie pontif. rom., t. n, p. 182-183 ; P. L., t. clxxix, col. 37. La lettre des électeurs d'Anaclet, dans

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en France, le roi Louis VI convoqua pour le printemps,^ à Étampes, un concile qui déciderait quel était le pape légitime. Dans sa Vie de Louis le Gros, Suger, abbé de Saint-Denis, dit

Watterich, op. cit., t. ii, p. 185-187. Lothaire, conseillé par Norbert de Magdebourg, ne répondit pas à Anaclet, qui se tourna vers Roger, duc de Fouille, à qui il olTrit une alliance et la main de sa sœur. F. Chalandon, Histoire de la domi nation normande en Italie et Sicile, 1907, t. ii; Jaiïé, Regesta, n. 8411; l'aloon de Bonévent, dans Muratori, Rer. Italie, script., t. v, p. 106; Watterich, op. cit., t. II, p. 193-195 ; Ordéric Vital, Hist. eccles., t. xiii, 5. Par un singulier revirement, la France, si peu considérée comme appoint pendant la crise des investitures, grâce au sage gouvernement de Louis le Gros, est devenue l'arbitre dont la décision entraînerait l'adhésion des autres pays à la cause d'Innocent ou à celle d'Anaclet; cf. Jaffé, Beg. pont, rom., n. 8376-8386; P. L., t. clxxix, col. 696 sq. Comme Anaclet II, Innocent II en avait appelé à la décision du roi de France, mais les lettres de celui-ci sont perdues; cf. Vita Bernardi, 1. II. c. i, n. 3 ; Jaiïé. Reg., n. 7406-7407; Boson, ^'ita Iniwc, dans Watterich.op. n7., t. ni, n. 175 ; Jaffé, n. 7413-7423. (H. L.)

1. Coll. regia, t. xxvii, col. 102 ; Labbe, Concilia, t. ix, col. 972-973; Hardouin, Cane, coll., t. vi, part. 2, col. 1181 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1449; Mansi, Concilia, Supplem., t. ii, p. 405 ; Concil. ampliss. coll., t. xxi, col. 441; Bayle, Dictionn. crit., t. n, p. 409 ; Vacandard, dans Rev. des quest. hist., 1888, t. xliii, p. 124-126 ; Le même, Vie de saint Bernard, 1895, t. i, p. 291-301 ; Mùhlbacher, Doppelwahl, p. 127 sq., 173-179 ; Histor. Mauriniac, dans A. du Chesne, Script, hist. Franc, t. iv, p. 376 ; Suger, Vita Ludovici, édit. Lecoy de la Marche, 1867, p. 135 ; Bouquet, Historiens de la France, t. xii, p. 79 ; Ernand, Vita S. Bernardi, t. I, p. 3, dans P. L., t. clxxxv, col. 270; Arnoul àQ'L\?,\e:\i's.,Tractatus de schismate , dans P. L., t. cci, col. 187 ; Raoul, Vita Pétri Venerabilis, dans Histor. de la France, t. xiv, p. 376, et P. L., t. clxxxix, col. 26; A. Luchaire, Loi/is F7 ?e Gros, 1890, p. 214, n. 460. La date de ce concile a été controversée et a fait l'objet d'un examen très approfondi d'E. Vacandard, Saint Bernard et le schisme d'Anaclet II en France, dans Revue des questions historiques, janvier 1888, p. 124, note complémentaire. Sa conclusion est « qu'en fixant le concile d'Ètampes au mois d'août ou septembre, on ne risquerait guère de s'écarter de la vérité, ce qui est aussi le sentiment de Giesebrecht, op. cit., t. iv, p. 60, et de Bernhardi, Lothar, p. 327.» Si l'on en croyait le biographe de Pierre le Vénérable, Vita Pétri, c. iv, dans P. L., t. CLXxxix, col. 20, le concile serait postérieur au séjour d'Innocent II à Cluny; cela est manifestement faux. L'assemblée d'Etampes a été réunie avant l'arrivée d'Innocent II en France, par conséquent vers août-septembre 1130 ; c'est ce dont ne laissent guère douter la Chronique de Morigny : Dum hœc in Italia aguntur, rex Ludovicus archiepiscopos..., et le récit du biographe de saint Bernard : Interea dominus papa multis in Pisis et in Tuscia, M. Luchaire, op. cit., p. 215, répond : Nous accordons que le concile n'a pu être réuni antérieurement au l^"" mai 1 130, date des lettres adressées au roi et au clergé français par Anaclet, mais nous pensons aussi que M. Vacandard fait trop bon marché des témoignages formels de Suger, d'Ordéric Vital, de Raoul, qui affirment qu'Innocent II envoya des ambassadeurs au roi, après son débarquement en France, 11 septembre,

que ce prince voulait qu'on délibérât magis de persona quam de electione^, c'est-à-dire bien plutôt sur la dignité des deux prétendants que sur la légitimité des élections, parce que les troubles qui agitaient Rome n'avaient pas permis de procéder aux élections d'une manière entièrement canonique ^. Le roi et plusieurs évêques avaient demandé instamment à saint [409] Bernard de se rendre au synode ; le saint abbé accéda à regret à ce désir et se prépara par la prière et par le jeûne au rôle qui l'attendait; en effet, toute l'assemblée décida qu'il serait établi juge de la grande question. Après avoir examiné la manière dont les élections avaient eu lieu, ainsi que les mérites des deux candidats, il prononça à la fin qu'Innocent était le pape légitime ^, et tous les assistants adhérèrent à ce jugement.

M. Vacandard proteste, il est vrai, confie les sources clunisiennes, d'après lesquelles Louis VI et les évêques français auraient été déterminés en faveur d'Innocent II par l'empressement que Pierre le Vénérable et les clunistes mirent à accueillir ce pontife, dès son débarquement. Mais cette influence des clunistes ne peut pas plus être niée que celle de saint Bernard, exagérée aussi, en sens contraire, par les sources cisterciennes. D'autre part, nous ne voyons rien d'extraordinaire à ce que Louis le Gros ait attendu trois et même quatre mois, avant de prendre une résolution définitive. M. Vacandard reconnaît que Lothaire et les Allemands en iirent autant. Si le roi de France n'était pas arrêté par les raisons politiques qui ont empêché Lothaire de se déclarer sans délai en faveur d'Innocent II, il avait ses motifs particuliers pour ne point repousser Anaclet II, à la personne et à la famille de qui il était personnellement attaché. Le texte d'Arnoul de Lisievix ne laisse aucun doute à cet égard. Le roi n'était nullement pressé de reconnaître Innocent II. Somme toute, on peut, aux témoignages d'Ernaud et du chroniqueur de Morigny, opposer ceux de Suger, du biographe de Pierre le Vénérable et d'Ordéric Vital, et croire avec Muhlbacher, Die streitige Papstwahl des Jahres 1130, que le concile d'Étampes a été tenu après le 2 septembre.

1. Lecoy de la Marche, Œuvres complètes de Suger, Paris, 1867 p. 135 ; Bouquet, Hist. de la France, t. xii, p. 57 ; Watterich, op. cit., t. ii, p. 199, sq.

2. La chronique de Morigny (Bouquet, t. xii, p. 79) rapporte que le roi avait fait approuver l'élection d'Innocent II p;.r le concile convoqué par son ordre à Étampes, quia et vita sanctior et fama rnelior el electione superior apparebal. Arnulf de Séez, dans A/on. Germ. hist., Script., t. xii, 713, dépeint Innocent comme un homme pieux, intelligent, prudent, doux et bienveillant. Arnulf nous fait encore connaître qu'à Etampes comparurent des personnes venues de Rome et témoins oculaires des événements lors de l'élection, qui rapportèrent les témoignages les plus dignes de foi. Peut-être ces personnes étaient-elles les ambassadeurs d'Innocent dont parle la Vita Bernardi ?

3. Saint Bernard expose, dans son ep. cxxiv les motifs qui l'ont porté à se

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décider en faveur d'Innocent : 1) Si personas compares,... neminein nrhiiror diffileri, quia videlicet Innocenta nostri vita vel fama nec œmulum iimet, cuiii alterius nec ab amico titta sil. 2) Deinde si electiones discutias, nostri itidem mo.v ocvurrit et promolione purior et ratione probnbilior et prior tempère. Porro delempore [eleclionis) constat, reliqua duo mérita probant et dignitas eligentium. Jlanc enim, ni faUor, partem saniorem im'cnies... et quorum maxime interest de electione summi pontificis... 3) Quid et in consecratione ? Nonne Ostiensem, ad quem specialiter spectat, habemus? Trois motifs militaient en faveur d'Innocent : 1) l'élu était dignior ; 2) l'élection sanior et 3) Vactio ordinabilior. Ilildebert deLavardin, archevêque de Tours, avait été convoqué au concile, mais il était alors en lutte ouverte avec le roi de France; cf. Luchaire, Instit. monarchiques, l^'^ édit., t. ii, p. 79-80. La lettre cxxiv de saint Bernard contient un résumé de l'argumentation développée au concile; d'après cela, on peut induire qu'Hildebert n'y assistait pas, puisqu'il aurait entendu le déAeloppement de la question. A défaut de l'archevèque de Tours, il y avait ceux de Reims, de Sens et de Bourges et l'abbé de Saint-Denis, Suger. L'influence de saint Bernard semble avoir été réelle parmi des évêques fort embarrassés parla question." Le cas était, en effet, fort embarrassant, il n'avait pas été prévu par le droit canon et, de mémoire d'homme, ne s'était pas présenté. Jusque-là, les élections pontificales s'étaient accomplies avec le suffrage unanime des cardinaux-évêques et l'approbation. . à peu près sans réserve des autres membres du Sacré-Collège. Or, ni Pierleone ni le cardinal Grégoire de Saint-Ange ne pouvaient se flatter d'avoir obtenu cette unanimité même approximative. C'est pourtant ce qu'ils affirment l'un et l'autre dans le manifeste qu'ils adressèrent, chacun de son côté, au roi Lothaire (mai 1130). Innocent II, Epist., P. L., t. clxxix, col. 55; Anaclet II, Epist., P. L., t. clxxix, col. 690-691; Epist. ad Didacum et Anacletielectores adLotharium, dansWatterich, ^'itœ pontij. roman., t. ii, p. 185, 189. Mais ils furent bientôt contraints de renoncer à ces formules oflicielles, pour parler le langage des chiffres, qui était celui de la vérité. Eu égard au nombre des cardinaux, on ne pouvait nier que Pierleone n'eût réuni la majorité des suffrages. Mais une discussion s'engagea sur le caractère et la valeur de cette majorité. Chacun des deux candidats prétendit avoir été élu par la partie la plus nombreuse et la plus saine du Sacré-Collège, pars major et sanior. En quel sens Anaclet et Innocent pouvaient-ils soutenir, avec quelque apparence de raison, des prétentions si évidemment contradictoires ?

« Par suite de l'interprétation donnée alors du mot cardinales, le décret falsifié de Nicolas II pouvait devenir, entre les mains des cardinaux-clercs, une arme fatale au privilège des cardinaux-évêques. Le moindre désaccord entre les deux ordres devait provoquer un conflit sans issue. La formation d'une commission électorale, nommée dans la journée du 12 février, semblait avoir conjuré ce péril. Mais après la rupture qui éclata au sein du Sacré-Collège, à l'occasion de la prise de possession de l'église Saint-Adrien, toute chance d'élection pacifique s'évanouit. Les cardinaux-clercs invoquèrent leur prétendu privilège et, considérant comme illégale l'élection du cardinal Grégoire, où leur ordre n'avait été représenté que par dix membres, ils n'hésitèrent pas à lui opposer une élection qui obtint, selon leur calcul, une majorité de vingt-quatre voix. Dans leur manifeste à Lothaire comme dans leurs autres écrits, ils se gardèrent bien de faire entrer en ligne de compte les suffrages des cardinaux-évêques. Leurs principes étaient si bien

arrêtés à cet égard que les cardinaux-évêques de leur parti, Pierre de Porto et Gilles de Tusculum, ne prennent rang pour leurs signatures qu'après les prêtres et les diacres, leurs collègues.

« A la supériorité du nombre, les électeurs d'Anaclet se faisaient gloire de joindre encore la qualité, satiior pars. Mais il faut savoir que, par qualité, ils entendaient la maturité de l'âge ou plutôt l'ancienneté, qui chez quelques-uns touchait à la sénilité. Ces vétérans du Sacré-Collège regardaient de haut leni's adversaires plus jeunes d'âge et n'éprouvaient aucun scrupule à les traiter de « novices ». P. L., t. cLXXix, col. 1398. Mais un tel procédé n'avait rien de canonitpie : il n'était évidemment même pas l'expression d'un droit. Nulle pari il n'était écrit que l'âge conférait aux cardinaux une supériorité quelconque, encore moins qu'il les investissait d'un droit particulier en matière d'élection. Pareillement, les prérogatives que s'arrogeait le corps des cardinaux-prêtres, au détriment du droit des évêques, étaient absolument inconciliables avec le décret de Nicolas II. Les deux fondements sur lesquels les électeurs d'Anaclet appuyaient leurs prétentions étaient donc ruineux.

« Innocent II pourra-t-il avec plus de raison se réclamer du droit et des principes invoqués par ses adversaires ? A quel titre ses électeurs qui, eu égard au nombre total des cardinaux, étaient sans contredit en minorité, vont-ils se proclamer la majorité ? Ce parti comprenait, on se le rappelle, la majorité des membres (lu comité d'élection, cinq sur huit ; il comprenait, en outre, la majorité des cardinaux-évêques, quatre sur six. C'est en vertu de ce double avantage qu'il s'intitule hardiment « la partie à la fois la plus nombreuse et la plus saine » du Sacré-Collège, pars mojor ac sanior. Si l'on tient compte de la convention du 12 février et du décret de Nicolas II, cette qualification est évidemment exacte et renverse la théorie des partisans d'Anaclet II. Ce fut du moins le sentiment de saint Bernard.

« Toutefois, la majorité ainsi composée, fût-elle incontestable, ne suffirait pas pour légitimer l'élection d'Innocent II. Il était inouï, depuis l'année 1059, qu'un pape eût été reconnu, s'il n'avait réuni l'unanimité des suffrages au moins des cardinaux-évêques; et, de l'avis de tous, cet usage, cette tradition faisait loi. L'opposition que le chancelier avait rencontrée non seulement chez les cardinauxclercs, mais encore chez les évêques de Porto et de Tusculum, frappait donc de nullité, ce semble, une élection obtenue à l'aide d'une simple majorité convcotionnelle et, do plus, contestée.

« Les deux élections du 14 février péchaient encore par un autre endroit. Ni l'une ni l'autre n'était totalement conforme aux règles consacrées parl'usage ou tracées et adoptées à l'unanimité par l'assemblée des cardinaux dans la séance du 12. Manifestement et avec intention, le cardinal Aimery avait transgressé ces lois. De leur côté, malgré certains dehors de régularité qu'ils avaient affichés, les électeurs d'Anaclet n'avaient pas rempli toutes les formalités légales. Soit oubli involontaire, soit parti pris, ils négligèrent de casser l'élection d'Innocent II. Considérer l'acte du chancelier comme non avenu était chose trop facile: selon •es canons, ils étaient au moins tenus de le déclarer tel par un jugement, avant de procéder à une élection nouvelle. Leur négligence n'échappa point à l'œil exercé de saint Bernard, qui, de ce seul chef , déclara leur œuvre nulle et de nul effet. Epis/., cxxvi. Au regard de la stricte légalité, les deux élections étaient donc sujettes à revision. Cependant les vices de forme qui les entachaient les alté-

C]'i. C.O.NOIMiS SOUS LK PAl'K INNOCKNT II 685

raiciil-t'llrs à un ('gai degré ? Saint Bernard ne le erut pas; el, au lieu de les faire casser toutes deux, ce qui eût été une mesure extrêmement dangereuse, il chercha à fixer son choix, non plus seulement d'après la majorité des suffrages, mais surtout d'après l'ordre des élections et les mérites personnels de chacun des élus. Un tel examen devait enfin faire prévaloir la cause d'Innocent II.

« Innocent, en effet, avait été le premier élu : le premier il avait revêtu le manteau de pourpre et pris possession de son siège. Cette priorité, d'après les canons, lui assurait le droit à la succession d'Honorius jusqu'à preuve d'usurpation, et cette preuve n'était i>as faite. Son élection était sans doute irrégulière : aucun de ses partisans n'en disconvenait : nuiis la responsabilité de cette irrégularité ne retombait-elle pas sur Anaelet lui-même ? Le péril que l'ambitieux prélat avait fait courir à l'Église et que le Sacré-Collège avait implicitement reconnu en nommant la commission des huit, n'autorisait-il pas le chancelier à préparer secrètement l'éleetion du successeur d'Honorius et à prendre au besoin, pour atteindre son but, des mesures extraordinaires ? L'attitude hostile de Pierleone dans la journée du 13 n'avait-elle pas rendu impossible l'entente ou même la convocation des cardinaux-électeurs ? Les moyens de corruption qu'il avait employés auprès de plusieurs collègues pour capter leurs suffrages ne rendaient-ils pas son élection, sinon plus illégale, du moins plus immorale que celle d'Innocent II ? C'est celte considération qui amena l'abbé de Clairvaux à comparer les mœurs, les qualités et les mérites des deux prétendants. Une règle de droit canon empruntée à saint Léon le Grand, et tracée en vue des élections épiscopales, portait qu'en cas de conflit le candidat qui réunirait le plus de partisans et de mérites devait être préféré à tout autre parle métropolitain : is alteri prseponatur qui majorihus studiis juvaiur et meritis. Saint Bernard estima que ce principe pouvait rigoureusement être applique aux élections papales et il l'adopta comme règle dans l'examen de la cause soumise à son arbitrage. Arnoul de Séez, Im'ectiva, dans Watterich, op. cit., t. ii, p. 269.

« Si la question de majorité des sufTrages prêtait à la chicane, la comparaison

entre les mérites personnels des deux pontifes et la supériorité morale de l'un

sur l'autre étaient aisées à établir. Les bruits les plus odieux circulaient en France

et en Italie sur Pierleone. Arnoul de Séez, Iiwectiv.a, n. 3, dansWatterich, o/j. cit.,

t. II, p. 262, dans Lihelli de lite, t. m, p. 93 ; Innocent II, Epist. ad Teutojiicos,

29 juin 1130, dans Jafîé, Reg. pont, rom., n. 7413; Codex Udalrici, dans Jafîé,

Bibl. ver. Germ., t. v, n. 246, p. 426; Annales Patherbrunnenses, édit. Schefîer-

Boichorst, ad ann. 1 130 ; IManfred de Mantoue, Epist., dans Neugart, Code.v

diplomat. Alenianiiiœ, t. n, p. 63. Dès sa jeunesse, il s'était fait une réputation

de précurseur de l'Antéchrist, Chronic. M auriniac, dans Watterich, t. n, p. 18'i.

S'il avait rempli en France et en Angleterre les fonctions de légat d'une façon

à peu près irréprochable (Bernhardi, Lotliar, p. 284-285, n. 46), son ambition

s'était déclarée assez ouvertement pendant les dernières années d'Honorius.

Sa vie privée était encore plus décriée que sa vie publique. 11 n'est pas de fautes

contre la morale que plusieurs de ses contemporains ne lui aient imputées; à cet

égard, l'imagination des satiriques s'est donné carrière. Sans ajouter une foi entière

à de telles calomnies, l'abbé de Clairvaux ne pouvait s'empêcher de mettre en

regard la réputation inattaquable d'Innocent IL Jamais le moindre soupçon

d'ambition n'avait effleuré, ni en Allemagne, ni en France, ni à Rome, la carrière

jMibliiinc (lu cardinal Grégoii'('. La jnireté de ses uKCurs, sa piété sincère étaient

G8i> LIVRE XXXIII

A la même époque (printemps de 1130), Hugues, évoque de Grenoble, obtint qu'un synode de la province ecclésiastique de Bourges célébré au Puy en Velay se prononçât pour Innocent ^.

pareillcincnt ù l'abii de loiiLc médisance. Pour Bernard, entre deux hommes de réputations si diverses, le choix ne pouvait être un instant douteux. Innocent II possédait seul toutes les qualités qui promettaient à l'Église la sécurité dans riioiuu'ur. C'est à son obédience que devaient se ranger la France et la chrétienté tout entière, malgré les irrégularités de forme qu'on pouvait signaler dans son élection.

« La préférence de l'abbé de Clairvaux est-elle suffisamment justifiée ? On l'a nié expressément. Il est certain que la supériorité morale d'un prétendant ne constitue pas un droit à son profit et au détriment de son adversaire, en matière d'élection. Il n'en est pas moins vrai que l'abbé de Clairvaux se déroba toujours lorsque les partisans d'Anaclet voulurent porter le débat uniquement sur le terrain de la légalité. Mais il faut convenir que sur ce terrain la question était alors inextricable. C'est de nos jours seulement, c'est d'hier que la critique historique, en établissant avec autorité le texte authentique du décret de Nicolas II, a pu démontrer d'une façon péremptoirc l'inanité des prétentions des cardinaux-clercs et des canonistes qui mettaient leur science au service d'Anaclet II. Sous peine d'éterniser le conflit par des chicanes infinies, il fallait donc trouver un biais poiu" en sortir. En appeler de la légalité contestée de l'élection à la moralité des élus, facile à établir, n'était-ce pas un sûr moyen de satisfaire à peu près toute la chrétienté ? Quand on voit un politique tel que Suger se rallier à cette mesure, on n'est pas éloigné d'y voir un trait de génie. Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. xii, p. 57 ; Watterich, Vitse pontif. rom., t. II, p. 199-200. En tous cas, ce fut d'après ce principe que la question du schisme fut résolue à Etampes. L'abbé de Clairvaux fit A-aloir au roi la supériorité morale du cardinal Grégoire, la priorité de sa nomination, l'autorité de ses électeurs et de son consécrateur, et finalement il conclut à la validité de son élection. Louis le Gros, malgré ses attaches personnelles à Pierleone, ratifia cet arrêt si sage et promit solennellement de soutenir Innocent II. Sa déclaration trouva un écho dans toute l'assistance. Évêques, abbés et seigneurs y répondirent par une puissante acclamation et jurèrent, avant de se séparer, obéissance au nouveau pape. Pour beaucoup d'esprits incertains, la décision de concile d'Etampes fut un trait de lumière. Elle arrivait juste à temps pour arrêter les progrès du mal qui menaçait de dévorer la France. Il s'en faut qu'elle ait été acceptée partout; cf. Ordéric Vital, Hist. eccl., 1. XIII, c. m, t. clxxxviii, col. 932-933; Chron. S. Andrex, dans Mon. Germ. hist., Script., t. vu, p. 549 ; Raimbaud de Liège, Epist., dans Bouquet, Recueil des historiens de la France, t. xv, p. 366-368. » Vacandard, Vie de saint Bernard, t. i. p. 292-300. (H. L.)

1. Labbe, Concilia, t. x, col. 971-972 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1181 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1443 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 436. Coleti invoque la phrase suivante : Bealus honio in tali negotio... nec amicilia flectebatur nec potentia terrebalur, pour soutenir que le concile du Puy excommunia et déposa l'ancien légat pontifical Gérard d'Angoulême. qu'il tint pour partisan d'Anaclet IL (H, L.)

Gl'j. CONCILES SOUS LE l'Al'E liNNOCENT II 087

A la suite du synode d'Etauipes ^, Pierre le Vénérable envoya au pape soixante chevaux et mulets, pour le conduire à Cluny, où il résida onze jours (24 octobre-3 novembre). Le roi de France envoya à Cluny Suger pour saluer le pape et lui faire connaître la décision prise en sa faveur par le concile d'Ktampes 2. Innocent gagna ensuite Clermont en Auvergne ^, où, le 18 novembre 1130, il présida un concile auquel prirent part les archevêques de Lyon, de Bourges, de Vienne, de Narbonne, d'Arles, de Tar- [410] ragone (en Espagne), d'Auch, d'Aix et de Tarentaise, avec leurs sulîragants et un grand nombre d'abbés '*. Tous les membres de l'assemblée jurèrent au pape obéissance éternelle, et, après une longue délibération sur la foi, l'amélioration des mœurs, l'extirpation des abus dominants, on décréta ces treize canons.

1. Les simoniaques seront déposés et réputés infâmes. 2. Les évêques et tous les clercs doivent être habillés modestement.

3. L'ordonnance du concile de Chalcédoine interdisant de s'approprier l'héritage d'un évêque défunt est remise en vigueur et étendue à l'héritage laissé par tous les clercs sans distinction.

4. Les sous-diacres et tous les clercs des ordres svipérieurs qui ont des femmes ou des concubines seront dépouillés de leurs charges et bénéfices. 5. Les moines et les chanoines réguliers ne pourront plus, après avoir pris l'habit et émis leurs vœux, étudier ensuite la jurisprudence et la médecine dans un esprit de lucre et exercer

1. Radulfe dans sa 1 (7a b. Pétri Venerab., dans Martène et Durand, Coll. (iiiipl., t. VI, 1187, rapporte ce qui suit : Contra spem omnium Innocentio per mare venienti {estive occurrit [Petrus) et sine consilio gallicanse Ecclesise datis suffi cienter equitaturis Cluniacum secum adduxit.

2. A Cluny, Innocent II consacra la basilique ; il accorda à Suger, ambassadeur de bonnes nouvelles, un privilège en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, cf. Ordéric Vital, Ilist. eccles., 1. XIII, c. m, P. L., t. clxxxviii, col. 932-933; Suger, dans Recueil des hist. de la France, t. xii, p. 57 ; Radulfe, Vita Pétri Verierabilis, P. L., t. clxxxix, col. 20 ; Jafîé, Reg. pont, rom., t. i, p. 844, notes, n. 742G ; Bernhardi, Lothar, p. 326, note 99. (H. L.)

3. Séjour à Cluny, 24 oct.-3 nov. ; Roanne, 4 novembre. Jalïé, -Reg. pont. rom. t. I, p. 844. (II. L.)

4. Coll. regia, t. xxvii, col. 102 ; Baluze, Miscellanea, t. vu, p. 74; 2^ édit., t. H, p. 119-121 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 792; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1181 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1445 ; Mansi, Conc. arnplias. coll., t. XXI, col. 437 ; Jafté, Reg. pont, rom., 1. 1, p. 845. La date du concile se trouve dans une lettre du pape à l'archevêque Diego de Compostelle, dans Florez, EspafLa sagrada, t. xx, p. 521 ; P. L., t. clxxix, col. 76.

LlVliE XXMII

les fondions d'avocat ou de médecin. G. Les laïques possédant des églises doivent les rendre aux évêques sous peine d'excommunication. 7. Nul ne doit être installé archidiacre s'il n'est diacre. Nul ne doit être doyen ou prévôt s'il n'est prêtre. 8. Clercs, moines, étrangers et marchands doivent jouir en tous temps d'une sécurité absolue ; la trêve de Dieu doit, du reste, être en vigueur du mercredi soir au lundi matin, de l'Avent à l'octave de l'Epiphanie et du dimanche de la Quinquagésime à l'octave de la Pentecôte. Les évêques doivent s'entr'aider povir qu'elle soit respectée. 9. Les tournois sont défendus, parce qu'ils sont souvent homicides. A celui qui est blessé à mort dans un jeu de cette nature, on ne refusera pas la pénitence et le viatique, mais il ne pourra avoir la sépulture ecclésiastique. 10. Quiconque bat un clerc ou un moine est anathème. 11. Nul ne doit, sous prétexte d'héritage, émettre des prétentions sur les églises, prébendes, prévôtés, chapellenies ou autres biens et charges de l'Église. 12. Les mariages entre parents sont défendus. 13. L'incendiaire ou celui qui l'a commandé, ou aidé, sera excommunié et ne pourra être absous ({u'après réparation du dommage, dans la mesure de ses moyens. [^iH] Comme pénitence, il ira à Jérusalem ou à Saint- Jacques de Compostelle et y servira le Seigneur une année entière. Si l'évêque adoucit ces prescriptions, il acquittera lui-même les dommages et sera suspendu pendant un an ; quant aux princes, qu'ils exercent la justice avec le conseil des évêques, c'est-à-dire qu'ils punissent de peines temporelles les incendiaires.

Pendant que le pape Innocent présidait le concile de Clermont, des envoyés du roi Lothaire, Conrad, archevêque de Salzbourg et Egbert, évêque de Munster, se rendirent à cette assemblée pour exposer au pape les heurevix résultats du concile de Wûrzbourg, Aussitôt après la double élection pontificale, chacun des deux élus avait notifié son élection au roi et aux princes d'Allemagne par ambassadeurs et par lettres, dans l'espoir de les gagner à leur cause. Les légats d'Innocent étaient le cardiaalprêtrc Gérard, Walter, archevêque de Ravenne, et Jacob, évêque de Faënza ^ ; le roi Lothaire leur fit bon accueil,

1. Cf. les lettres d Innocent et de ses électeurs, datées des 18 février, 11 mai et 20 juin, dans Jaiïé, Biblioth.,t. v, p. 419, 420, 427, et dans Watterich, op. cit., t. II, p. 1S2, 192; colles d'Anaclet et de ses partisans datées des 24 février, 15 et

Gl'i. CONCILES SOUS LE PAPE INNOCENT II Gb U

il ne voulut pas prendre mais de décision déliuilive sans avoir consulté ses princes. 11 convoqua donc à Wûrzbourg une réunion, à laquelle seize évéques prirent part ^. Nous possédons encore une lettre de l'archevêque de Ravenne à Olton de Bamberg, le ])riant instamment de se rendre à l'assemblée pour lui apporter son concours. Le roi Lothaire insista de son côté auprès d'Otton, lui disant que, si la maladie lui faisait redouter les heurts de la voiture, il pouvait venir en bateau '^. Une autre lettre de l'archevêque de Ravenne nous apprend que ce légat arriva à Wûrzbourg quelque temps avant Lothaire et craignit un instant que la réunion projetée ne pût avoir lieu, parce que le roi assiégeait Nuremberg, dont les sympathies étaient pour Conrad de Hohenstaufen. Enfin, un quatrième document témoigne combien l'archevêque de Salzbourg et l'évêque de Munster regrettèrent l'absence d'Otton de Bamberg ^. Nuremberg s'étant rendue en oc- [412' tobre 1130, la réunion de Wûrzbourg put avoir lieu. Tout comme saint Bernard en France ^, saint Norbert de Magdebourg et Conrad de Salzbourg furent en Allemagne les plus vaillants défenseurs de la cause d'Innocent II ^, tandis qu'Adelbert, archevêque de Brome, se rendit à Wûrzbourg comme légat de l'antipape. On fit valoir en faveur d'Innocent ses vertus personnelles, sa réputation sans tache et son élection canonique; quoique, en effet, l'élection de ce pape eût été irrégulière, elle

18 mai, dans Jafïé, op. cit., p. 'i21, 422; dans Watterich, op. cit., p. 185, et dans Baronius, Annales, ad ann. 1130, n. 19, 22, 24.

1. Coleti, Concilia, t. xiii, col. 1449 ; Hartzheim, Conc. Cerm., t. m, p. 312; Mansi, Concilia, Supplem., t. ii, col. 402 ; Conc. ampliss. coll., l. xxi, col. 443 ; Binterim, Deutsche Concilien, t. iv, p. 42 sq. ; Bernhardi, Lothar von Siipplinhurg, in-8, Leipzig, 1879, p. 341, note 10; E. Vacandard, Vie de saint Bernard,. 1895, t. I, p. 303-304. (H. L.)

2. Jafïé, Geschichte des deutschen Reiclis unter Lothar, p. 93.

3. Lettres de Gautier de Ravenne, P. L., t. clxxix, col. 38-39 ; Hubert de Lucqucs, P. L., t. clxxix, col. 40-42 ; Lmocent II, Jafïé, Re<j^., n. 7411, 7413 ; lettre des électeurs d'Innocent, Codex Udalrici, n. 352 ; Wallerich, Vilœ pontij. rom., L H. p. 182-183. (H. L.)

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