‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 43 sur 505 · Voir la noie 2 de la pâtre G1 . (Tl. L · texte numérisé non relu

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de mariage illicite. Le droit canon, à cette époque, permettait à un clerc de contracter un mariage légitime, à condition de résigner sa place dans l'Église^. Néanmoins, beaucoup gardaient la femme et les dignités ecclésiastiques ; dans bien des pays, en Lombardie par exemple, c'était la coutume générale. La plupart des hautes charges de l'Église étaient données par les princes, ou même vendues, de sorte que les plus indignes et les plus incapables parvenaient souvent aux évechés et aux abbayes. Ils restaient ensuite sous la complète dépendance du pouvoir civil, préoccupés par-dessus tout de récupérer le plus tôt possible, et avec bénéfice les sommes avancées pour l'achat des charges. Et, pour que la dépendance de l'Église à l'égard des princes fût bien avérée, l'usage s'était établi pour les princes laïques de donner aux évêques et abbés l'investiture du pouvoir ecclésiastique par la remise de la crosse et de l'anneau, symbole de leur mariage mystique avec l'Église.

Dans la lutte qui s'ouvrait, Grégoire VII attendait la victoire de la justice de sa cause. Il comptait aussi sur le courant d'idées réformatrices créé depuis un demi-siècle par Cluny et les Patares, grâce auxquels des milliers et des milliers de cœurs réclamaient la lutte contre la corruption du clergé et contre la vente des dignités ecclésiastiques. Si, avec cet appui de l'opinion publique, Grégoire rendait au clergé l'indépendance et le respect, il aurait assuré la base d'une réforme durable. Le clergé lui serait un auxiliaire d'autant plus puissant que l'empereur et les rois se trouvaient dans la nécessité de compter avec évécjues et abbés, dont le pouvoir servait à l'occasion d'utile contrepoids aux rr)qi tentatives d'indépendance des vassaux temporels.

Grégoire réalisa lui-même en grande partie ses idées; il finit sans doute par succomber devant Henri, et mourut en exil, mais son esprit passa à ses successeurs qui se montrèrent fidèles à ses traditions, jusqu'à ce qu'Innocent III posât le couronnement de l'édifice formidable commencé par son prédécesseur.

Grégoire entama la lutte par le rappel delà législation existante contre la simonie et la corruption du clergé. Ce fut l'œuvre du premier concile tenu par lui à Rome (10 mars 1074) 2. On

1. Dans le volume précédent nous avons réduit cette observation à des termes moins généraux (H. L.)

2. La plupart des lettres de convocation à ce synode romain se sont perdues, toutefois nous en possédons encore deux que va mentionner licfele. (H. L.)

possède encore les lettres de convocation adressées à Sicard patriarche d'Aquilée, et aux sufîragants de Milan ^, toutes deux du 24 janvier 1074. Dans la première, Grégoire se plaint des princes temporels cjui oppriment l'Église comme une esclave, et des prêtres qui, oublieux de leurs devoirs, infatués du monde, trompent le peuple, qui ne s'applique plus aux bonnes œuvres et oublie presque entièrement la foi chrétienne. Pour améliorer. Dieu aidant, cette situation, il liendrail un synode dans la première semaine du carême, (du î) au 15 mars) et priait Sicard de s'y rendre avec ses suffragants. — Aux évoques suffraganls de Milan, Grégoire disait : C'est une coutume déjà ancienne de l'Église romaine de tenir un synode général annuel à Rome. La situation actuelle rend cette réunion ])lus nécessaire que jamais, aussi tous, sans excepter les abbés de Lombardie, devront se trouver à Rome dans la première semaine du carême et se souvenir cju'en temps de guerre un bon soldat ne doit pas abandonner son chef.

Le 10 mars 1074, ce synode s'ouvrit à l'heure même où Henri IV, pour sauver sa couronne contre les Saxons révoltés et ses vassaux infidèles, était obligé de renouveler à Goslar, au milieu des plus grands dangers, les promesses faites le 2 février 1074, h Gerstungen, à savoir: destruction de ses châteaux-forts sous sa propre surveillance et responsabilité ; dévastation des églises et des monastères, pillage des tombes royales et profanation des ossements de son fils et de son frère. Les actes du synode sont perdus, mais les plus importantes décisions ont été transcrites dans les lettres du pape aux archevêques Siegfried de Mayence, Werner de Magdebourg et à Otton évêque [24] de Constance. Ces lettres manquent dans la correspondance du pape, c'est-à-dire dans le Registrum ; mais Jaffé a publié ^ les deux premières, trouvées par lui dans un manuscrit de Munich, et la

1. Regislium, 1. I, n. 'i^ ; Monum. Gregoiiaiia, p. GO ; .TafTé, Regesla pontif. roinauor., 2^ édil., n. 481!) ; O. Dolarc, Saint Grégoire VIL I. m, p. 52-54 ot, pour la IcIliT aux sviiïraganls de Milan : ('vôqucs de Brescia, Crémone, Bcrgamc, Lodi, Novaic, Ivréc, Turin, Alba, Asli, Acqui et Torlone : Regisrnnti. 1. T, n. 4.T; JMon. Gregoriaiia, p. Gl ; Jafié, Regesla, n. 4820. (II. L.)

2. Lettres à Werner de Magdebourg cl à Siegfried de Mayence, dans JafTé, Monuin. Gregoriana,p. 523, 524; la Icltrc à Olton de Constance, dans Paul'de P.ernried, Vila Gregorii, c. xxxvi ; Watlerich, Pnniificum romanorum vilve, t. i, p. 490 : cf. Mansi. Cour, ariipliss. coll., t. xx, col. 40'i : Maji. Gregor.. p. 525. (It. L.)

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dernière a été conservée par deux contemporains, Paul de Bernried, biographe de Grégoire \ II ^, et Bernold de Constance^, à qui nous devons xine série d'ouvrages en faveur de Grégoire, notamment une apologétique détaillée de la loi du célibat portée par le synode du carême de 1074 ^. Dans sa lettre à l'archevêque Siegfried de Mayence, Grégoire s'exprime ainsi : En vertu de mon autorité apostolique, m'appuyant sur les principes des saints Pères, soutenu par le sentiment de mon devoir, je me suis efforcé d'extirper l'hérésie des simoniaques cl de rétablir la chasteté dans le clergé : il \ ous a])paiii('iit donc à vous, archevêque à qui un clergé si important et un |>cuplc si nombreux ont été confiés et qui avez, sous votre autorité, plusieurs sulYragants, de recommander instamment à tout le clergé les décisions de l'Eglise romaine et d'en procurer soigneusement l'observation. Voici les décisions les ])lus imjiortantcs prises par le concile'* ;

1. Paul de Bernried, chanoine régulier de Ratisbonne, séjourna à Bernried en Bavière vers 1120, écrivit la biographie de Grégoire en 1128, mort en 1145 à Rome où il avait été contraint de se réfugier. Sa Vila Gregorii est l'ouvrage dun panégyriste jdIus que d'un biographe; on la trouve dans Mabillon, Actci sanct. O. S. B., sœc. vi, part. 2 ; dans Aluratori, Script, rer. Italie, t. m, P. L., t. CXI.VIII, col. 55 sq. — V. Balzani, Chronache Ital. med. evo, 1874, p. 171-176; J. Greving, Pauls von Bernried vila Gregorii VII papsc, ein Beitrag zur Kenntniss dcr Qiielleii iind Ansrhaïuingen aufi der Zeit des Gregorianischen Kirrtienstreiles, dans Kirdicngesrhiclilliche Sludien, l. ii, in-8, Munster, 1893; E. Michael, dans Zeitschrijt fiir katholische Théologie, 1895, t. xix, p. 529-531 ; M. Herrmann, Paul uiid Gebliard von Bernried und ihre Ihie/e an Mailànder Geistliche, dans Neues Archiv, 1889, t. xiv, p. 565-588 ; Histor. polit. Bldtter fur hathol. Deulschland, 1892, t. ex, p. 97-103; J. May, Leben Pauls von Bernried, lIrtis Neues Archiv, t. xii, p. 333-352 ; Zum Leben Pauls von Bernried, Xachtrag, in-4, Ofîenburg, 1896 ; W. Wattembach, Deutschlands Geschichlsquellen, 1874, t. ii, p. 158; Gicsebrccht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit, t. m, p. 1069. W. Wattembach dans Allgemeine deutsche Biographie, t. xxv, p. 244-245. (H. L.)

2. Allgemeine deutsche Biographie, t. ii, p. 469-470. Bcrnold, (f 1100) est l'auteur du Micrologue ; S. Baumer, Der Micrologus, ein ]Verk Bernold's von Konstanz, dans Neues Archiv, 1893, t. xviii, p. 429-446.' E. Strelau, Leben und Werke des Mônches Bernold von S. Bla-sien, einc Quellensludie zur Geschichte des Invesliturslreites, in-8, Leipzig, 1889 ■,\\ .Wattemhuch, Deutschlands Geschichtsfjuellen, 1874, t. ii, p. 42-44. La Clu-onique de Bernold, dans Perl/., Monum. Germ. hist.. Script., t. vi, 385, P. L., t. cxlviii, col. 1275. (H. L.)

3. L'apologie dans Mansi, op. cit., l. xx, col. 404 ; Ilardouin, op. cit., t. vi, part. 1, col. 1523 ; P. L., t. cxlviii, col. 752. (IL L.)

4. Nous (levons aussi ces renseignements à la lettre de Grégoire à Otton. (H. L).

1. Quiconque a obtenu, par simonie, une ordination ou une chartre spirituelle, ne doit plus servir dans l'Église. 2. Quiconque a obtenu à prix d'argent une église (c'est-à-dire un bénéfice ou un office ecclésiastique) perd cette église, et à l'avenir on ne devra plus ni vendre ni acheter d'église. 3. Tout clerc fornicateur ne doit plus dire la messe ni exercer à l'autel les fonctions des ordres mineurs. 4. S'il méprise cette ordon- [25] nance ({ui provient des saints Pères, le peuple ne doit pas assister à ses fonctions, afin que, si l'amour de Dieu et le souci de ses fonctions ecclésiasticjues ne parviennent pas à le faire renirer en lui-même, la crainte du peuple et de son Ijlâme l'oblige à se corriger ^. — Mêmes décisions dans les lettres à Werner de Magdebourg et à Otton de Constance. En terminant sa lettre, le pape engage Otton de Constance à le soutenir dans l'extirpation des abus ; il exhorte Siegfried de Mayence et Otton de Constance comme de bons pasteurs, à détruire ces scandales dans leurs diocèses.

Bernold, qui énumère ces quatre points dans son Apologie, cherche à montrer leur conformité" avec les ordonnances des Pères et des conciles et avec les maximes du Saint- Esprit. Il insiste surtout sur le troisième point et s'applique à réfuter l'apparente objection tirée de ces deux passages de la Bible ; « Chacun doit avoir sa femme " » et : « Que l'évoque n'ait qu'une femme ^ ». En terminant, il justifie la défense faite aux laïciues d'assister aux fonctions ecclésiasti(|ues des ])rêtres concubinaires. Nous avons vu les papes

1. Jaiïi'. nihiiolliern reriin) gennaiiirarinn, l.\j, Moniini. 6'/r/;'o;/r7//rt, p. 523, sq. ; Episl. coll., 11. .'5, ''i, ï), dans Aloiiiim. firegor., p. 523-520 ; Mariamis Scottus, Chronicon, dans Moniiin. Cerni. Jiisf., Srripf.. t. v, p. 560 sq. ; Paul Bernried, Vila Gregnrii, c xxxvi, cf. Greving, op. cil., p. 35 ; lîcriiold. Clirotiira, dans Monum. Germ. IiisL, Script., t. v, p. 430 ; Meyer von Klionau, Jahrbiïclier des deuischen Reiches unter Heinrich IV und Ileinrich V, in-8, Leipzig, 1890, t. ii, p. 348 sq. ; Meltzer, Papsfs Gregors VII Gesetzgebung und Bestrebungen in Belrefl der Bischojswahlcn, 2^ édit., Dresde, 1876, p. 63 sq. £08 sq.; W. Marteiis, Gregor VII, t. i, p. 30^1 ; E. Ecrnhcim, Quellen zur Geschichte des Invesiilurstreiles, Leipzig, 1907, 1. i, p. 40 sq.; O. Delarc, op. cit., p. 62-65 ;Co//. regia, t. xxvi> col. 520 ; Lal)be, Concilia, t. x, col. 313-343 ; Hardouin, Coll. concil., t. vi, part. 1, col. 1522 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 547 ; Mansi, Concilia, Supplem. t. ii, col. 1, Conc. ampliss. coll., t. xx. col. 401 ; Jaffé, Bcgesla. 2^ cdil.. p. 603. (H. L.)

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