‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 469 sur 505 · ABÉLARD ET LE CONCILE DE SENS · texte numérisé non relu

ABÉLARD ET LE CONCILE DE SENS

I. La première accusation de Bernard porte sur le sentiment d'Abélard concernant la foi et la science. « Le nescio, dit-il, est la seule chose qu'il ne veuille pas savoir. Il prétend tout expliquer et tout comprendre avec sa raison, voire même ce qui surpasse l'intelligence humaine. Cela est également contraire à la raison et à la foi ; car qu'y a-t-il de plus opposé à la raison ([uc de vouloir avec la seule raison comprendre ce qui est au-dessus d'elle ?

fol. 97, (le Muniih ; 998, fol. ITo, de Vienne. Il faut réduire, ce semble, la liste des Capitula à dix-huit. Le capitulum 3 : Quod Spirilus Sanclus sil anima mundi, est une inler|iolalion. Abélard, en effet, l'ignore dans la réfutation qu'il entreprit des Capitula. Cf. Confessio fidei, P. L., t. clxxviii, col. 106. Elle est, en effet, trop grave pour qu'il l'eût passée sous silence, s'il l'eût rencontrée dans le texte qu'il avait sous les yeux. Au sujet de ces Capitula, on peut se demander quel en est l'auteur, quelles en sont les sources et la légitimité et d'où vient le capitulum interpolé sur le Saint-Esprit, âme du monde. L'auteur principal des Capitula est l'abbé de Clairvaux; c'est lui qui avait dressé pour le concile les propositions à examiner. Il se peut que la discussion des textes ait amené quelques légères modifications de détail. Vraisemblablement, certaines propositions incriminées ont été écartées, comme étant susceptibles d'une bonne interprétation. Mais Bernard est, en somme, responsable des dix-huit chefs d'accusation qui sont restés à la charge d'Abélard. D'où les avait-il tirés ? Si l'on en croyait le texte lu par Abélard, Confessio fidei, et certains manuscrits (Paris 15139, Valenoiennes 40, Munich 22299) les Capitula auraient été extraits, partie de la Theologia, partie du Livre des sentences de maître Pierre, partie du livre qui a pour titre Scilo teipsum. Cette allégation est contestable. Guillaume de Saint-Thierry dit qu'il a puisé les propositions à condamner dans la Theologia; et les Excerpta, cpii comprennent quatorze Capitula, avouent la même origine. Restent les n. 10, 14, 16, 17. Faut-il croire que ceux-ci proviennent du Liber sentenliarum et du Liber Scito teipsum? M. Wilh. Meyer n'a pas trouvé de formules qui leur correspondent dans les ouvrages édités par Rheinwcld. par Gietl et par le P. Denifle . Epitome theologiœ cJiristiaiix, in-8, Berlin, 1835 ; Die Sentenzen Rolaïuls, 1891; Abselards Sentenzen und die Bearbeitungen seiner Théologie, dans Archiv fur Literatur und Kirchengesdiichte des Mittelalters, 1885, t. i. Le Scito teipsum ne les contient pas davantage. Il semble donc qu'il faille s'en tenir au témoignage de l'évêque de Sens, qui, dans sa lettre à Innocent II, P. L., t. clxxxii, col. 542, déclare expressément que l'abbé de Clairvaux a extrait les Capitula de la Theologia de maître Pierre : Cum dominas abbas librum Tlieologiiv magistri Pciri proferrel in médium et... Capitula de libro eodem proponeret. Mais si tous les Capitula sont tirés de la Theologia, pourejuoi Bernard affirme-t-il qu'ils se trouvent en partie dans le Liber sentenliarum et dans le Scilo teipsum ? Il est vraisemblable qu'à ses yeux ces ouvrages n'étaient pas exempts d'erreurs. C'est ce qu'il écrit aux cardinaux. Episl., clxxxviii, P. L., t. clxxxi, col. 353 : « Lisez le livre de ses Sentences et celui tjui a i)our titre Scito teipsum ; a'ous verrez quelle moisson d'erreurs et de sacrilèges y fleurit, vous verrez ce qu'il pense de la Trinité, du Christ, de la grâce, du péché, etc. » Il dénonce donc tous ces ouvrages

Et qu'y a-l-il de plus contraire à la foi que de ne vouloir pas croire ce à quoi la raison ne saurait atteindre ? Afin de prouver sa thèse, que la raison doit précéder la foi, Abélard cite ce passage de Sirach ^ : Celui qui croit promptement fait preuve de légèreté ; mais ce passage parle de la foi aux hommes ; aussi, dans la sainte Ecri- [464] ture, voyons-nous diverses personnes blâmées parce qu'elles n'ont pas voulu croire immédiatement ^ et d'autres (Marie et Abraham) loués parce qu'elles ont cru immédiatement ^,

Ritter est donc dans l'erreur * lorsqu'il prétend que Bernard reproche à Al)clard de se placer, pour juger les rapports de la science et de la foi, au même point de vue qu'Anselme de Cantorbéry ; Bernard lui reproche exactement le contraire. Comme, dans les écrits d'Abélard, on trouve des phrases qui rappellent à s'y méprendre les principes d'Anselme, celles-ci par exemple : Credimus ut cognoscamus, et Nisi credideritis, non intelligetis, et Rationem prœcedat auctoritas ^, il est important d'examiner ici en détail ce point capital dans le système d'Abélard. Il sera facile de voir ensuite si le reproche fait par saint Bernard est ou n'est pas fondé.

A cette question : Comment l'homme parvient-il à la foi ? les disciples de saint Anselme répondent comme les anciens docteurs : « Par l'autorité, et en particulier on arrive à la foi chré-

cn ])lor, afin d'obtenir leur condamnation. Les dix-huit chefs d'accusation sont ils au moins exacts ? M. Meyer, qui les a contrôlés de près, déclare que la plupart des Capitula sont des extraits tout à fait fidèles ; quelques-uns seulement ne sont pas les formules mêmes employées par Abélard. Cependant, il ne faudrait pas s'en rapporter à celui-ci, lorsqu'il crie à la calomnie dans sa Confessio. Il est visible que la Confessio fidei répondait à la pensée présente d'Abélard et non à son enseio:nemcnt passé. Cet ouvrage n'offre donc aucune garantie pour juger l'exactitude des Capitula. — D'où provient l'interpolation : Quod Spiritus Sanctus sil anima mundi entre le 2'' et le 3^ capituluni? Vraisemblablement, de l'épître cxc de saint Bernard. P. L., t. clxxxii, col. 1062. La phrase s'y trouve, en effet, sous forme de prétention. Omitto... dicit Spiritum Sanctum esse animani mundi. Dans le ms. 40 de Valenciennes, le texte des Capitula suit l'épître cxc. Et ce manuscrit insère la formule : Quod Spiritus Sanctus, etc., après le 2*5 capitulum. M. W. Meyer pense que rinterpolation aura passé de là dans les manuscrits de Munich, où l'aura rencontrée Otton de Freisingen, qui la signale dans les Gesta Frideriri, I. i, 'i9. » Vacandard, dans Dicl. de Ihéol. calhol., t. ii, col. 759-760. (H. L.)

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