ABÉLARD ET LE CONCILE DE SENS
tienne par l'autorité du Christ et de l'Église. Si cette autorité propose à l'homme une vérité à croire, il l'accepte avec humilité, sans examiner auparavant an recipienc^a sint.n Cette réponse était loin de satisfaire Abélard ; elle lui semblait fanatique et dangereuse, car, disait-il, s'il faut ainsi croire sans hésiter les affirmations d'un autre, les païens étaient fondés en droit de se livrer au culte des faux dieux et on ne pouvait leur reprocher d'écrire toutes sortes de fables. La sainte Ecriture est la première à dire : « Quiconque croit trop rapidement fait preuve de légèreté ^. » Comment donc Abélard répondra-t-il à la question posée plus haut ? Faisant totalement abstraction de l'autorité de l'Eglise enseignante? semblant n'en avoir jamais entendu parler, il réduit la question à ceci : « Que faut-il faire si quelqu'un (!) te propose de croire une proposition ? » - — Réponse : Tu dois avant tovit examiner si cette proposition est acceptable: Si aliquid persuadetur, ni credatur, ratione discutiendum est, utrum ita scilicet credi oporteal, i>el non ^. Il traite de fanatique celui qui recommande de s'en rapporter à la foi, qui ea, quœ dicantur, crédit ...et prius recipit, quam... an recipienda sint cognoscat^. Il appelle superficiel celui qui improcide prius acquiescit, quam hoc, ei quod persuadetur, discutiat, an L"* J adhiberi ei fidem com^eniat'^. Raisonner ainsi, c'est rendre impossible la foi du peuple, qui croit simplement à l'autorité de l'Église sans faire les recherches demandées par Abélard
Celui-ci attribue encore à la raison une deuxième fonction dans les choses de la foi. Non seulement la raison doit examiner pour voir si ce qui est présenté comme article de foi est acceptable, mais encore elle doit pénétrer dans le sens de la doctrine proposée. Il n'y a que les obscurantistes à louer la ferpor fidei, qui ea, quœ. dicantur, antequam intelligat crédit, et prius his assentit quam quœ ipsa sint i>ideat^. Les disciples d' Abélard soutiennent au contraire : Non credi posse aliquid nisi primitus intellectum ^; Abélard dit lui-même : « Une phrase, quelque excellente qu'elle soit, est pour moi, si je ne la comprends pas, une clef d'or si l'on veut, mais