nf}t'ra, ('(lit. Cousin, t. ii
tion était le l)ut voulu par Jésus Christ; celui-ci n'est donc pas venu en ce monde uniquement pour nous instruire, comme le veut Abélard, il n'est pas niori uniquement pour susciter l'amour dans nos âmes. »
IX. Saint Bernard s'attaque, dans le dernier chapitre, à la conception rationaliste que se fait Abélard de l'œuvre de Jésus- Christ. « A quoi servirait, dit-il, que le Christ nous instruisît, s'il ne nous avait pas relevés ? Ne serait-ce pas en vain que cette instruction nous serait donnée, si auparavant le corps du péché n'était détruit en nous, afin que nous ne soyons plus les esclaves du péché ? Si tout ce que le Christ a fait pour nous consistait uniquement dans le spectacle des vertus, il faudrait dire qu'Adam ne nous a nui que par le seul spectacle de son péché, car la chute et la rédemption doivent être, comme chacun sait, de même nature. Mais cela est absolument pélagien et détruit l'idée d'une rédemption ... Et si l'œuvre du Christ ne peut être utile qu'à ceux qui règlent leur vie d'après son exemple et répondent à son amour par leur amour, comment cette œuvre pourrat-elle être utile aux enfants ?... Si la redemptio est uniquement la summa dilectio que fait naître en nous le souvenir des souffrances du Christ, il n'y a povir les enfants (même baptisés) aucune rédemption possible. Mais peut-être Abélard croit-il, avec Pelage, que la regeneratio des enfants n'est pas nécessaire, parce que leur generatio, en tant que fils d'Adam, n'a pas pu leur nuire ? ... Dans l'œuvre de notre salut, je reconnais trois points principaux : la forme humble sous laquelle Dieu lui-même s'est manifesté, la [^t76] profondeur de l'amour qui l'a conduit jusqu'à la mort, et le sacrement de la rédemption par lequel il a lui-même racheté la mort qu'il a soufferte. Les deux premiers points n'ont plus de raison d'être, si on fait abstraction du dernier. » — Saint Bernard dit en terminant : « On trouve dans les écrits d' Abélard beaucoup d'autres propositions malsonnantes : mais la brièveté du temps et la longueur de cette lettre ne me permettent pas de répondre à tout. Au reste, cela n'est pas nécessaire, car chaque fidèle se convaincra aisément qu'elles sont fausses ; néanmoins, j'en ai réuni quelques-unes et les ai placées ci-après. «
On croit généralement que saint Bernard fait ici allusion aux quatorze capitula hseresum Pétri Ahœldrdi ^, découverts à Rome par
1. D'Argentré, CoUeclio judiciorum, Parisiis, 1728, l. i, p. 21 ; Mansi, Coiic.