ABÉLARD ET LE CONCILE DE SENS
des. remarque saint Bernard, pourquoi Dieu a fait par le sang ce qu'il pouvait faire par la parole ? demande-le-hii à lui-même. Il m'est donné de savoir qu'il en est ainsi, mais pourquoi en est-il ainsi, je ne puis le scruter. Le vase peut-il dire au potier : Pourquoi m'as-tu formé ^ ? »
6) La seconde objection d'Abélard était ainsi conçue : « Le péché de ceux qui ont mis le Christ à mort est autrement ofrave que la morsure d'Adam dans une pomme. Comment donc la faute la plus grave aurait-elle pu eiïacer la plus petite ? VA\e ne pouvait qu'augmenter l'irritation de Dieu contre les hommes. » Saint Bernard répond : « Est-ce que, dans une seule et même action, il ne peut pas y avoir deux parties : la malice de ceux qui la commettent, par où l'action déplaît à Dieu, et la patience de ceux qui la supportent, par où l'action devient agréable à Dieu ? »
[475] ï) Abélard disait ^ : « Si le péché d'Adam était si grave qu'il a fallu, ])our l'expier, la mort du Christ, par quoi sera expiée la mort du Christ ? » « Précisément par le sang divin qui a coulé alors et par l'intercession du Christ, » répondait saint Bernard.
c) « Mais Dieu, continuait Abélard, voyait donc avec complaisance la mort de son Fils, puisqu'il n'a pardonné à des fautes beaucoup plus légères (le péché d'Adam, etc.) qu'après la perpétration de ce crime (la mort du Christ) ? » Bernard répond : « Ce n'est pas la mort du Christ qui a plu à Dieu, c'est la volonté de celui qui a souffert de plein gré et qui a vaincu la mort par sa propre mort, etc., et comme cette mort précieuse devait être acceptée de plein gré. elle supposait nécessairement un péché chez les autres. Dieu ne s'est pas complu en leur malice, mais il l'a utilisée. Plus cette malice a été grande, plus la volonté du Christ a été sainte, et plus aussi elle a eu une force rédemptrice. »
s) A cette question d'Abélard : « N'est-il pas cruel et injuste de demander comme prix d'une rédemption le sang d'un innocent et de voir avec complaisance le sang de cet innocent ? » saint Bernard répond : « Le Père ne demandait pas le sang de son Fils, mais il l'a accepté lorsque celui-ci le lui a offert volontairement ; ce n'était pas le sang qu'il voulait, c'était le salut de l'humanité. Or, ce salut reposait sur le sang. La rédemp-