‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 489 sur 505 · Jean, xi · texte numérisé non relu

Jean, xi

:J. Ps. cxix, 2.

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})as comme le préfeL païen avait répondu à sainL Paul : «Tu en as appelé à César, lu iras à César.» Bernard dit : « Tu en as appelé à César, tu n'iras pas à César.» Il fit connaître au pape ce ({ui s'était passé, (;l aussilùt arrivèrent de Rome dans les Gaules des lettres portant la condamnation d'Abélard. C'est ainsi qu'est condamné le Promptuarium rationis, la Tuba fidei, V llospitiuin Trin/^aiis; il est condamné, ([uoique absent, sans avoir été entendu ni convaincu (citation poétique). On raconte aussi ([ue Bernard a écrit au [)a[)o : « Auprès du Siège de Pierre ne doit ])as trouver asile celui qui attaque la foi de Pierre. » Cela ne pouvait concerner Abélard. Sa lettre à Héloïse ^ ])rouve ([u'Abélard avait conservé la foi orthodoxe. Sans doute, Bernard avait al laqué comme fausses toute une série de propositions d'Abélard ; en réalité, plusieurs de ces propositions n'étaient pas de lui ; quant aux autres, il les a expliquées dans un sens parfaitement orthodoxe ; c'est ce ({ue Bérenger voulait prouver dans un second écrit (qu'il n'a pas composé).

Pour le moment, il va se borner à montrer que Bernard a aussi enseigné des erreurs. Ainsi il a écrit un commentaire sur le Cantique des cantiques. Comme on possède déjà d'excellents commentaires, celui-là était au moins inutile. Puis, il est tout à fait inconvenant que, dans ce commentaire du Cantique de l'amour et de la joie, il ait parlé de la mort de son frère; ce n'était certes pas le moment de le faire, ainsi qu'il ressort de onze passages de poètes avec citations d'un grand nombre d'autres autorités. Dans ce commentaire, il prétend que les âmes viennent du ciel ; c'est une erreur d'Origène, c'est du préexistentianisme, aussi insensé que le traducianisme. Bernard répond, dans une lettre à Aimery [Traciatus de diligendo Z)eo), à cette question : Que faut-il aimer ? ]nir cette sentence laconique : Il faut aimer Dieu. 11 n'y a pas de femme si ignorante, de niais si imbécile, qui ne sache cela. Mais Bernard ajoute avec beaucoup de sens que la véritable mesure de cet amour est de n'en pas avoir, sine modo diligere. C'est en opposition avec la parole du Christ, qui indique la mesure de cet amour : « De tout votre cœur, etc. » (Deux citations de poètes.) Bernard, ayant de pareilles poutres dans les yeux, ne devrait pas autant se préoccuper d'enlever le fétu

1. La lettre que nous avons donnée plus haut et que Pierre Bérenger donne également.

GIG. AUÉI.AKI) ET LE CONCILIA D K SENS /b5

do Idil Je sou prochain. Euliu. bien des l'èrcs de 1 l'église <»uL erré sur des ])oints particuliers, sans qu'on les ait comptés au nombre des hérétiques ^.

Dans un second écrit assez court, Bérenger s'attaqua aux chartreux, qui avaient pris parti pour saint Bernard contre Abélard : « ^'ous vous vantez, dit-il, d'aimer le silence, mais dans aucun liibunal on ne porte autant d'accusations que chez les chartreux. Vous ne mangez pas la chair des bêtes, mais vous dévorez la chair des hommes ^. » Dans un troisième écrit composé plus tard et adressé à l'évêque de Mende, Bérenger se défend au sujet de ses accusations contre saint Bernard. Ce n'est pas l'ascète ciu'il a attaqué, c'est le philosophe ; ce n'est pas le confesseur, mais l'écrivain; ce n'est pas l'intention, ce sont les paroles; ce n'est pas le cœur, c'est le style; ce ne sont pas les méditations, c'est le sommeil. Il n'a pas voulu donner d'autre suite à son écrit, parce que, l'âge venant, il s'est rapproché de saint Bernard et ne veut j)lus défendre les principes d' Abélard, dont la pensée peut être bonne, mais cjui sont mal exposés. Il ne peut plus d'ailleurs retirer ce premier livre, malheureusement beaucoup trop répandu ^.

Rome décida contre Abélard et, dès le 16 juillet 1140, le pape Innocent II envoya deux lettres aux archevêques Henri de Sens et Samson de Reims, à leurs sufîragants et à Bernard. Dans la première, le pape rappelle comment, dans l'antiquité, les pasteurs de l'Église s'étaient opposés aux hérétiques pour défendre la pureté de la foi. C'est ainsi qu'avaient été successivement condamnés Arius, au concile de Nicée, Mani (c'est une faute de copiste, il faut lire Macédonius) à Constantinople, Nestorius à Ephèse, à Chalcédoine, l'hérésie de Nestorius etd'Eutvchès avec Dioscore. Le zélé empereur Marcien avait déclaré, dans une lettre au pape Jean, qu'à l'avenir il serait défendu aux clercs ou à toute autre personne de discuter public[uement sur la foi, parce que l'autorité du synode (de Chalcédoine), qui avait déjà jugé la question, en pourrait être affaiblie *. Le pape a vu avec douleur que, grâce à la détestable doctrine d'Abélard, toutes ces anciennes erreurs

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