CONCILE ROMAIN DU CAREME
reçoit ordre d'introduire dans sa province ecclésiastique et dans son diocèse la loi du célibat ^ ; il ne peut résoudre le conflit entre l'évêque d'Osnabrùck et l'abbé de Corvey, dont les légal s du pape lui avaient confié la solution, il enverra les deux parties à Rome pour le synode du carême ^. Guibert, archevêque de Ravenne ^, Cunibert, évêque de Turin ^, et Isembert, évêque de Poitiers ^ reçurent aussi citation à se rendre ; le premier pour assister le pape de ses conseils, les deux autres, parce qu'ils n'étaient j)as venus au synode de novembre 1074. Enfin Guillaume, évêque de Pavie, et sa sœur Mathilde, épouse du marquis Azzon, furent aussi mandés à cause du mariage dont nous avons déjà parlé ^.
Pénétré de la grandeur de sa mission, Grégoire VII n'en fut pas moins sensible à la souffrance inséparable de la lutte et aux graves inquiétudes que lui causait l'avenir. Sa lettre dvi 22 janvier 1075, à Hugues, abbé de Cluny, nous dévoile ses sentiments au sujet du synode imminent et en même temps la grandeur de son âme. « Si c'était possible, dit-il, je voudrais te faire sentir les angoisses cjui assiègent mon âme, car je suis tous les jours fatigué et bouleversé par des travaux considérables. Ton amour fraternel te pousserait alors à demander à Dieu que le tout-puissant Seigneur Jésus voulût bien me tendre la main à moi misérable, et me délivrer de mes peines. Voilà longtemps que je lui demande de m'enlever la vie ou de me rendre utile à notre mère la sainte Eglise, et cependant il ne m'a ni arraché à mes afflictions ni permis de rendre à l'Eglise les services que je voudrais. Je suis abreuvé d'une tristesse infinie et d'une douleur insondable, parce que, grâce avix embûches de l'ennemi mauvais, l'Eglise d'Orient a apostasie la foi catho-
1. Regislnim, 1. II, n. 25 ; Mon. Gregor., p. 137; Reg. pont. rom. n. 4898. Dans le débat soulevé par celte importante question, Annonse tenait pour ainsi dire entre le parti grégorien et le parti adverse. Il n'était pas l'adversaire des idées du pape, mais en pratique il hésitait à les faire exécuter. Cf. Th. Lindner, Anno II der lieilige Erzbisrliof con Kiln, Leipzig, 1869. Reusch, dans Theol. Lileraturhlatl., 18Gfi, p. 350.
2. Begistrum, 1. II, n. 25 ; Mon. Gregor., p. 137 ; Reg. pont, rom., n. 4898. (H. L.)
3. Regislrum, 1. II, n. 42 ; Mon. Gregor., p. 155; Reg. pont, rom., n. 4919. (H. L.)
4. Regislrum, 1. II, n. 33; Mon. Gregor., p. 147; Reg. pont, rom., n. 4906. (H. L.)
5. Registrum, 1. II, n. 33; Mon. Gregor., p. 13G; Reg. pont, rom., n. 4896. (H. L.)
6. Regislrum, 1. Il, n. 35; Mon. Gregor., p. 149; iîeg. pont, rom., n. 4908. (II. L.)
liqiie... Et si je considère rOccident avec l'œil de la foi, si je regarde du côté de l'Ouest, du Nord ou du Sud, je trouve à peine quelques évêques qui soient entrés en charge et se conduisent d'une manière conforme aux lois, ou qui gouvernent le peuple chrétien dans un esprit de charité et non pour un intérêt mondain. De même, il n'y a présentement aucun prince qui mette l'honneur de Dieu avant son propre honneur et qui préfère la justice à l'intérêt personnel. Quant à ceux au milieu desquels je vis, Romains, Lombards et Normands, ils sont pires que juifs et païens. Et maintenant, si je me considère moi-même, je me trouve si accablé par mes propres actions, qu'il ne me reste d'autre espoir que la miséricorde de Dieu. En effet, si je n'espérais pas arriver à une meilleure vie et être utile à la sainte Église, je ne resterais certainement j^as à Rome, oij, Dieu le sait, je n'habite depuis vingt ans que par force. Aussi, ballotté tous les jours entre ces douleurs incessantes et ces espérances qui tardent trop à se réaliser, assailli par mille tempêtes, ma vie n'est à vrai dire qu'une mort continuelle. J'attends le Christ qui m'a chargé de ses chaînes et m'a conduit à Rome contre ma volonté. Que de fois ne lui ai-je pas dit : « Viens, ne diffère pas, sauve-moi au nom de l'amour de la bienheureuse Marie et de saint Pierre. » Mais comme la prière d'un pécheur ne saurait avoir de puissance^, je te demande et je t'adjure de faire intercéder pour moi auprès 1
de Dieu ceux qui, par leurs vertus, méritent d'être exaucés i
(les moines de Cluny). Ils doivent prier pour moi, en raison de l'amour dont ils sont redevables à l'Eglise vmiverselle. » En terminant il prie Hugues de l'aider à surveiller le clergé, afin qu'il ne penche pas plus du côté des princes temporels que du côté de saint Pierre, c'était ce cju'il fallait empêcher présentement ^. Il fait allusion à la principale question à traiter au prochain