‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 96 sur 505 · CONCILE ROMAIN DU CAREME DE · texte numérisé non relu

CONCILE ROMAIN DU CAREME DE

de Worms ^. Parmi ces ambassadeurs se distingua en particulier un certain Roland, clerc de Parme, dont le nom nous a été L -I conservé par Donizo. Plusieurs de nos documents présentent les divers incidents du synode comme s'étant passés le même jour ; d'autres les répartissent eu deux jours, et nous adoptons cette chronologie, qui est celle de Bruno, tout en puisant largement parmi les détails fournis par Paul de Bernried, par Bonitho, Donizo, Lambert de Hersfeld, Berthold et Bernold.

Comme on l'a vu, Tedald de Milan avait été cité à Rome pour la première semaine de carême (14-22 février). Paul de Bernried et Bonitho prétendent qu'à l'ouverture du synode, qui comptait cent dix cvô(jues, ou junnlia uu ti-uf Irais pondu, sur l'écaillc duquel (111 voyait la miraculeuse image d'un scrpeul ([ui, sur le l)oint de s'élancer, élail subitement rcduil à l'iuipuissance '.

1. Hozemann de Spire et Burchard de Bâle ne semblent pas avoir paru au concile ; vinrent-ils même à Rome, on en peut douter. Le concile comptait centdix évêques et se tenait au Latran, du 14 au 22 février. Paul de Bernried, Vita Gregorii, c. lxviii. dans Watterich, Vitae pont, rom., t. i, p. 511 sq. ; J. Greving, op. cit., p. 64 sq. ; Bonitho, dans Mon. Gregor., p. 666; Donizo, 1. I, c. xix, ibid., ]i. 378, vers 1314 sq. ; Berthold, Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 282 sq. ; Hugues de Flavigny, Chronicon, 1. II, p. 435, cf. Watterich, op. cit., t. i, p. 381 ; Jalïé, Reg. pontif. rom., 2^ édit., t. i, p. 616-617. Nous avons déjà cité les lettres pontificales portant convocation au synode de 1076, Registruin, 1. III, 8 et Epist. coll., n. 8, 9 ; Jafïé, Regesta pont, rom., n. 4968, 4970, 4971 ; Mon. Gregor., p. 214, 528, 529. La convocation indiquait : pri'ma hehdomada quadragesimœ, dans Régistrum,\. III, 8, etc. Cependant Lambert de Hersfeld écrit: aderant prseterea H ildcbrandi papae legati denunciantes régi, ut secunda feria secundse hebdomadae in quadragesima ad sinodum Roniœ occurreret, Annales, ad ann. 1076, dans Mon. Germ. liisl.. Script., t. v, p. 241 ; Giesebrecht, op. cit., t. m, p. 1134, a suivi cette dernière date qui est rectifiée par Meltzer, Gregor VII und die Bisclwf^vahlen, p. 205, suivi par Jafïé, Reg. pont, rom., p. 616-617 ; O. Dclarc, op. cit., t. m, p. 204; W. Martens, op. cit., t. i, p. 97 ; Coll. regia, t. xxvi, col. 573 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 355-358 ; Hardouin, Conc. coll.. t. vi, col. 1565 ; Coleti, Concilia, t. II, col. 597 ; Mansi, Concilia, Supplem.. t. ii, col. 17 ; Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 467; Jafïé, Reg. pont, rom., 1^^ édit., p. 420-421; 2^ édit., p. 616-

2. Kl Ion occupait un pape et cent dix évêques avec une pareille mystification ! Donizo, à l 'affût de tous les ragots, n'a pas manqué de cuisiner des vers sur un si rare sujet :

Incipiens sijnodum pastor Gregorius, ovum Gallinœ sculptum, gestans in cortice scutum, Et colubrum nigritm qui tendehal caput ; iclu Quippe repercussus quudam pertingere sursum

160 LIVllK XXXI

On appliquail nalurellement ce présage aux ennemis de Grégoire. Tandis qu'on se passait l'œuf de main en main, les gens d'Henri entrèrent. L'hymne chantée, le pape voulut ouvrir le synode par un discours, mais le clerc Roland se dressa et lui cria : « Le roi, mon maître, et tous les évoques allemands et italiens t'ordonnent de quitter le siège de Pierre dont tu t'es emparé, » Paul de Bernried donne le discours de Roland aux clercs de Rome, mais il est plus naturel qu'après cet éclat, l'ambassadeur royal ait lu immédiatement les lettres de son maître à Hildebrand, « le faux moine, « et la lettre des évêques de Worms. Ensuite, pour remplir la seconde partie de sa mission, Roland aura mandé les clercs de Rome de se rendre en Allemagne. Paul de Bernried dit que Roland cria : « Sachez, mes frères, que vous devez vous rendre auprès du roi pour la prochaine fête de la Pentecôte, afin de recevoir de sa main un pape et un père ; car celui-ci n'est pas un pape, mais un loup ravisseur. » C'en était trop : les partisans de Grégoire perdirent patience, et Jean évoque de Porto hurla : « Empoignez-le ! » Aussitôt, les laïques présents à l'assemblée^ se jetèrent sur Roland, et l'auraient massacré si le pape ne l'avait couvert de sa personne ^ et n'eût calmé les esprits

Non poterat, clinum sed centre tenus caput ipsum Torseral et caiidam triplicando dabat sinuatam — Aon eral liœc plaida, sed erat sculplura levata — Ad sinodum fertur, nunquam par anlc rcpriinin. Quod duin miralur

Donizo, Vila Mathildis, vs. 299 sq., dans Mon. C,cr?n. Iiist., Script., t. xii,

p. 377 sq. (H. L.)

1. Le préfet de Rome, Cencius et des juges, des nobles, le service d'ordre. (H. L.)

2. C'est toujours l'histoire des gendarmes chargés de protéger la vie des assassins. Grégoire VII avait une belle occasion de laisser déblayer la scène d'un agitateur dangereux, il l'a manquée. Cette mansuétude est peut-être admirable, mais elle est singulièrement nuisible aux honnêtes gens qu'on laisse exposés a de nouveaux troubles et à de nouvelles alarmes. Quant il aura Henri IV à discrétion, Grégoire usera encore de cette fatale indulgence et laissera vivre, régner et travailler le roi, au plus grand détriment de la portion pacifique de la société contemporaine. Aussi, malgré tout ce qu'on a pu dire de ce tempérament combatif de Grégoire VII, l'avons-nous classé parmi les utopistes et l'y maintiendrons-nous. La politique est chose concrète et, faute d'avoir poussé à bout sa victoire, Grégoire VII a perdu la situation conquise à Canossa. Certaines situations sont engagées de telle façon qu'on ne peut les résoudre qu'en les supprimant. Faire grâce de la vie à un agitateur comme Roland, laisser le trône à un ennemi tel que Henri IV, sont des fautes de lèse-société. Un chef d'État, sur le

Page 1