‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 148 sur 403 · Le concile de Sardique est-il œcuménique · texte numérisé non relu

Le concile de Sardique est-il œcuménique

Cette question a été plusieurs fois agitée, et nous avons essayé ailleurs de la traiter en détail ^. Nous avons conclu que l'œcuménicité

1. Hefele, Controversen in Betr, der Synode von Sardika, dans Tûhing. tkeoL Quartals. y {S^2, t. xxxiv, p. 359 sq. L'auteur ne donne aucune raison de l'intérêt qu'on aUache à savoir si le concile est œcuménique ou non. Le Kond de cet iûlérèt se trouve dans la grave question disciplinaire aboidéo par les décrets relativement au droit d'appel et à la jui'idiction du pape (canons 3, 4, 5, dont Ona lu le texte plus haut). M. J. Turmel, La papauté à Sardique, dans la Hcvue catholique des Eglises, juin 1906, t. m, p. 356, dit avec toute raison que c*est uniquement à ces trois canons « que le concile de Sardique doit l'énorme célébrité dont il jouit ». En visant la législation établie par le concile d'Anlioche, ils creusent profondément la séparation entre l'Occident et TO rient réduit à subir l'expeclative delà sanction romaine pour toutes les décisions disciplinaires relatives aux dépositions d'évêques. S oh m, Kirckenrecht, p. 416, reconuaît que les canons de Sardique ont pratiquement attribué au pape un droit de confirmation sur les sentences conciliaires d'ordre pénal. Ce droit était-il une nooTeaulé ? Nombre de théologiens enseignent qu'Osius n'a (ait que régulariser et formuler une règle depuis longtemps en vigueur. Les historiens estiment au contraire qu'il s'agit d'innovation. Les exemples invoqués de part et d'autres sont loin d'être tous probants. Cf. Bellarrnin, De romano pontifice^ II, XXI ; cardinal du Perron, Réplique à la réponse du sérénissime roy de la Grande-Bretagneyl, xlv; Lupus, De appellationibus, dissert. I, 6 sq.; Ballerioi, Observationes in dissertât. V. Quesnelli, pars I, c. v ; A. Zaccarîa, Anti- Febroniusy trad. franc,, t. m, p. 488 ; Phillips, Lehrbuch des Kirchenrecht, t. V, p. 230. Au ne siècle, Marcion ; au ni*» siècle, Privat de Lambèse,Fortunat deCarthage, Basilide et Martial, évêques espagnols, Paul de Samosate. Ces

du concile était indémontrable. Il est vrai que le pape Jules, et 1« empereurs Constance et Constant, avaient voulu réunir à Sardi(pit un concile œcuménique, mais leur projet a échoué» On rencontn dans l'Histoire de l'I^glise quelques autres exemples analogues; m concile œcuménique est convoqué, et cependant l'assemblée quisf réunit n'obtient pas pour divers motifs le caractère d'œcuraénicité | Dans le cas présent, les évêques d'Orient et d'Occident ont été,iu est vrai, convoqués, mais presque tous les orientaux qui ont répondu à l'appel étaient eusébiens, c'est-à-dire semi-ariens orthodoxusj Mis en présence des évêques, au lieu d'entrer dans de meilleurs scu- 1 timents, ils se sont séparés complètement de l'assemblée et ontfomj f un conciliabule à Philippopolis. |

Nous ne pensons pas que le concile de Sardique ait perdu le carat j

exemples sont mal choisis, car ils ne prouvent pas ce qu'on veut leur faiiedirts Marcîon est débouté de sa demande ; on lui répond ; « Nous ne pouvons faîti; ce que tu demandes sans Tautorisation de ton vénérable père » qui est précisa meut l*évêque de Sinope, auteur de l'excommunication. Privai de Lambèsek-j trigua à Rome, sans résultat (voir plus haut, p, 162, 171), ce qui ne permet pj;; d'induire rien de son cas. Kortunat s'adressa à Rome, mais Cyp rien de Carthapi revendique contre le pape, pour les seuls évêques d'Afrique, le droit de corniailn de son affaire. Quant à Basilide et Martial, s'ils s'adressaient à Uoine, leur! collègues espaguols s'adressaient à Carthage, ce que faisait de son côtérépiscopat gallo-romain à propos de l'évêque d'Arles. Saint Gyprien dénie formel* : lernen t au pape de Rome le droit de recevoir les appels de tel évèque africaii et casse la sentence papale relative aux évêques espagnols parce qu'elle esli ses yeux sans valeur juridique. Quanta Paul de Samosate, il n'est pas question d'appel dans son cas ; ce sont les évêques ses adversaires qui s'adresseE à l'empereur et nous donnent le premier exemple trop peu remarqué del'to vention du pouvoir civil dans les conflits ecclésiastiques, intervention provoqoii par le clergé lui-même. Ainsi donc, il reste que Marcion^ Basilide et Mardi- Fortunal; Privat ont recherché par eux-mêmes ou par leurs chargés d'affair« l'appui moral et la communion du siège apostolique. Ces démarches prouTCt le prestige dont jouissait généralement l'Église romaine dans les commuDaé même éloignées, ils ne prouvent ni l'existence ni l'exercice d'un droit d'app^« « Si l'on prétend démêler dans lesactesdeces hommes un caractère juridiqit^ on devra conclure, observe excellemment M. Turmel, que les Espagnols «^ mis Carthage au-dessus de Rome, puisque, en réponse à Basilide et à Martin qui avaient appelé au pape Etienne, ils ont de leur côté appelé à saint CyprH^ Ou devra conclure que saint Cyprien lui-même s'est considéré commeuneii^; tance supérieure à celle du pape, puisqu'il n'a pas craint de recevoir IV des Espagnols et de reviser une sentence pontificale. » On s'explique QÎ^^ de la sorte le tournoi livré autour de la question de l'œcuménicité de Sardif qui innovait en matière juridique sur une matière éminemment délicate. CfJ'^ appels en cour de Rome jusqu'au concile de Sardique^ en 547, dans la R(^ de VÉcole des Chartes^ 1853, t. iv, p. 105-125. (H. L.)

Goégle

Page 1