‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 5 sur 403 · CONSÉQUENCES IMMÉDtÀTËS J)Ü CONCILE DE NICÉE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES IMMÉDtÀTËS J)Ü CONCILE DE NICÉE

donne pas le nom qui Tenlrelint d'Arius et lui démontra son innocence ». Nous reviendrons bientôt sur cette question.

Si on admet l'authenticité de la lettre adressée par Eusèbe de Nicomédie et Théognis aux autres évêques, il faut en conclure qu'Arius revint de son exil peu après le concile de Nicée^; il se serait toutefois abstenu provisoirement de se montrer à Alexandrie. Eusèbe et Théognis auraient écrit cette lettre pour solliciter la même faveur, assurer leurs collègues de leur orthodoxie, et surtout pour tirer parti du précédent créé par l'amnistie d'Arius. Mais Tauthenlicité de cette lettre est mise en doute par un grand nombre d'historiens ; Tillemont la récuse absolument ^. Quoi qu'il en soit, on sait qu'Eusèbe et Théognis regagnèrent leurs diocèses en 328 ^, après trois années

Constantin ne pouvait manquer de faire de l'avortement de sa pacification de 325 et le désir de s'essayer de nouveau sur le terrain de la politique religieuse. L'inconsislance et le vague de sa foi chrétienne ne pouvaient soulever en lui aucune répugnance à utiliser les ariens comine il avait utilisé les orthodoxes. Ceux-ci n'avaient pas répondu à son attente, avaient laissé compromettre la forte position où les mesures coercitives prises contre les hérétiques le» avaient pLicés. Vers la fin de 325, il se détournait d'eux et s'adressait au parti qui, vaincu, n'avait pas été accablé et dont la vitalité lui semblait de bon augure pour l'avenir. Quant à la conviction peisonnelle de Constantin sur la consubstautiahté du Verbe, quelle était-elle ? Et d'abord eut-il jamais une conviction, ni même une simple opinion sur cette matière ? (H. L.)

1. Quand et de quelle manière Arius fut-il gracié, c'est un point obscur. Eusèbe et Théognis, revenus de l'exil, reprirent possession de leurs sièges. Philos torge, Hist^ eccles.j 1. II) c. vu, P. O., t, lxv, col. 470 ; Socrate, ffist. eccles,y 1. i, c. xv, P, G , i, lxvii» col. 110 ; Sozomène, ilisi. eccles., 1. II, c. xvi, P. G., t. Lxvii, Cul. 974. D'après Socrate et Sozomène, la grâce d'Arius précéda celle de ses deux compagnons d'exil, qui, afin de n'être pas oubliés, rédigèrent et adressèrent aux évêques d'Orient une apologie, jxetavoiaç ßfeXfov. Cet écrit, tel que nous le possédons, est fort sujet à caution, car il contient plusieurs assertions difficiles à concilier avec les données historiques définitivement acquises. Ce qui est aujourd'hui plus généralement admis, c'est qu'Eusèbe et Théognis, moins compromis et moins accablés qu 'Arius dont le nom retentissant était presque un cri de guerre, furent d'abord graciés. Ils s'employèrent à partir de ce moment à obtenir la même faveur pour Arius et furent assez vite satisfaits. Cf. A. de Broglie, L'Église et l'empire romain au IV siècle, Ire partie, c. V. (H. L.)

2. Tillemont, Mém. pour servir à l'hist. eccles^y édit. Bruxelles, t. vi, p. 357, note 8 sur le concile de Nicée.

3. Dès 327, on pouvait prévoir le retour des exilés. Dans l'automne de cette aivnée eut lieu la consécration de la nouvelle Hélénopolis (Drepanuum de Bithynie) à l'occasion die laquelle ou célébra de grandes fêtes en l'honneur de Lucien d'Antioche, qualifié de martyr. Un tel événement constituait un avantage solide dont les ariens surent tirer bon parti. La souche de l'arianisme

de bannissement ; îls furent rétablis dans leurs charges et ceux qui avaient été élus à leurs places furent dépossédés.

En négligeant cette prétendue lettre d'Eusèbe et de Théognis et en considérant comme dénué de tout fondement le retour d*Arius, on est porté à croire que les deux évéques, qui n'avaient été accusés que de favoriser Tarianisme, revinrent de l'exil avant Arius lui-même et qu'ils s'employèrent ensuite, eux et leurs amis, à obtenir la grâce du grand hérésiarque ^. Dès qu'Eusèbe de Nicomédie eut retrouvé sa liberté et son influence, il commença une rude guerre contre les partisans fidèles de Vb\Looù(TiO(; de Nicée. Eusèbe était arien [449] dans l'âme, mais en fin diplomate, il comprit la nécessité de dissi- i

muler ses sentiments. L'empereur voulait avant tout l'unité de doctrine, il avait pour l'établir convoqué le concile de Nicée, et il ne souffrirait pas qu'on agît ouvertement contre les décrets portés dans ce concile. L'évêque de Nicomédie et ses amis firent donc grand éclat de leur apparente soumission au concile — ils lui durent leur retour de l'exil — tandis qu'ils cherchaient en secret et par tous les moyens en leur pouvoir, à ruiner l'ofxooujtoç, qui contrariait si radicalement leurs opinions théologiques, et à faire prévaloir leurs sentiments ariens et subordinatiens. Eusèbe n'avait pas seulement apaisé Constantin par son semblant de conversion, il l'avait grandement

recevant Jes honneurs réservés aux saints, il n'en falUît pas plus à Constantin pour mettre sur le même rang catholiques et ariens également nantis de protecteurs qu'en sa qualité de païen superficiellement converti il tenait à ne pas s'aliéner. L'exploitation de leur hagiographie par les ariens est un fait aujourd'hui constaté, cf, Gwatkin, Siudies of arianism^ 3« édit., London, 1900, p. 138, note 3 ; P. Batîfibl, Etude d'hagiographie arienne. La passion de saint Lucien d'Antioche, dans le Compte rendu da congrès scientifique international des cathoîiqueSy 1891, 2* section, p. 181-186. C'est à cet ensemble de circonstances que vint s'ajouter l'influence de Constantia, laquelle pourrait bien avoir combiné une petite mise en scène afin dMmpressionner plus vivement l'empereur. Lorsqu'elle fut au lit de mort, son frère la vînt visiter; ce fut le moment choisi par la princesse pour recommander son chapelain et avertir Constantin qu'il s'exposait à la colère divine en frappant des hommes justes et pieux. On savait l'empereur impressionnable, le scénario était habilement ménagé et il est possible que ce fut à la suite des émotions de cette scène que Cnostantin écrivît à Arius sa lettre datée du 27 novembre. (H. L.)

1. Rufin, Hist, eccles., 1. I, c xi, P, Z., t. xxi, col. 482-483, et Sozomène, Hist. eccles.f 1. Il, c. xxvn, P. Z., t. lxvii, col» 1012, s'accordent à retarder le retour d'Arius jusque vers l'année 335, date du concile de Jérusalem dont il sera question plus loin. Tillemonl, Mém, p, serv. à l'hist, ecclés,^ édit, Bruxelles, t. VI, p. 357, note 9 sur les ariens.

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