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ils pourraient y conserver encore leur puissance pendant plusieurs siècles.
Les revenus que perçoit la Compagnie dans les provinces du Bengale, de Behar et d'Orissa, ont été estimés, en 1765, à plus de trois millions six cent mille livres sterling par an, et il serait aisé, en réformant les abus, de les porter à six millions sterling.
Ces riches conlrées offrent d'ailleurs a l'Angleterre toutes sortes d'avantages pour son commerce; mais pendant que la nation fonde de grands projets chimériques sur cette opulence, elle souffre que la Compagnie et ses substituts en tarissent la source.
Les différents intérêts de la Compagnie, comme souveraine du Bengale, et comme faisant en même temps tout le commerce de ce pays, sont directement opposés les uns aux autres et se détruisent mutuellement ; de sorte que, si Ton n'adopte pas un nouveau
système, le mal doit faire sans cesse des progrès. Si l'on permet k la Compagnie de suivre le cours de ses opérations, elle se ruinera bientôt, et la Grande-Bretagne perdra ces possessions, qui auraient pu l'enrichir et l'élever a un degré de prospérité et de puissance dont l'histoire fournit h peine
des exemples.
Une autorité sans bornes ne peut guère subsister sans oppression. L'administration de la justice doit naturellement se corrompre dans les gouvernements qui sont fort éloignés de la métropole ; mais personne n'a mieux prouvé celte triste vérité que les pachas d'Europe qui gouvernent dans l'Inde.
Il n'est pas possible d'espérer que la Compagnie prenne les mesures nécessaires pour gouverner sagement le Bengale, tant qu'elle aura une constitution si défectueuse et si incapable de rétablir le dérangement de ses affaires.
C est k la sagesse et a l'autorité de la législature d'Angleterre qu'il appartient de pré- . venir la ruine entière ou la perte des provinces du Bengale. Il n'y a qu'un moyen d'en venir à bout : il faut faire des lois équitables pour l'exercice de la justice ; arrêter les oppressions et les abus , en punir efficacement les auteurs et réparer les pertes qu'ils ont occasionnées. On regagnerait par là l'attachement des naturels du pays, qui désirent trouver de la protection et du bonheur, sous la souveraineté des Anglais ; et ceux-ci pourraient alors maintenir leur domination contre les efforts combinés de leurs
ennemis de l'Inde et des rivaux qu'ils ont en Europe.
Si ces objets ne sont pas indignes de l'attention du gouvernement de la Grande- Bretagne, l'ouvrage que nous donnons ici méritera d'élre lu par tous les membres du
parlement. On a lieu d'espérer qu'ils n'auront aucun égard aux raisons qui pourraient être fondées sur des chartes contraires aux lois fondamentales de ce royaume, et qu'ils regarderont comme très-abusives les prétendues défenses qu'on voudrait alléguer pour empêcher l'examen des affaires de l'Inde et l'intervention du parlement, qui est le seul juge compétent de ces grands intérêts de la politique nationale; enfin, on a lieu d'espérer encore que le parlement saura mettre le Bengale à l'abri de l'influence du pouvoir militaire, si redouté par les Anglais, et contre lequel ils cherchent tant à se prémunir.
L'auteur, qui a été plusieurs années au service de la Compagnie dans le Bengale , et qui a exercé l'emploi d'alderman ou de juge de la cour du maire à Calcutta, n'écrit point dans des vues d'intérêt. Il a senti la verge de fer dont la Compagnie opprime ses su-