Cullcrt. ROiNDONNKAU, AD. XI, 10.—- LK»PinAS8K. I
fendre, il est utile de revenir sur une institution dont Tiraportance s'est considérablement accrue au XVII* siècle : nous faisons allusion à cette fédération des Six Corps devenue rame des corporations parisiennes.
On sait que les Six Corps se composaient des drapiers, épiciers-apothicaires, merciers, pelletiers, bonnetiers et orfèvres auxquels un septième corps, celui des marchands de vin, tenta vainement de s'agréger sans obtenir d'autre résultat que le droit purement honorifique de marcher à la suite des Six Corps dans les cérémonies publiques. Celte obstination des marchands de vin à revendiquer un honneur dont les autres corps les jugeaient indignes donna même lieu à d'interminables procès jusqu'en 1724, époque à laquelle un arrêt du Conseil les débouta solennellement de leurs prétentions\
L'ambition malheureuse des marchands de vin ne s'explique pas seulement par des convoitises d'amour-propre. L'influence dont jouissaient les Six Corps au XVII* siècle était en effet considérable ; il n'était pas une affaire un peu grave intéres-
1. Il pnniît intt'rcsHnQt de citer ici quelques pasMigos du Mémoire rédtgi: en faveur des SixCorp<ii,àrocca.sion de ceprocù»; ce mémoire est un sp€'*cimen curieux de 1m phraséologie alors en usage dnns ces sortes d'écrits. Après un pompeux exordc à la Bossuet: « L'autorité souveraine de nos rois a toujours été sontcniK* par les caractères d'une justice attentive à conser>'er les lois et à maintenir Tordre le plus exact dans le commerce...* l'auteur du Mémoire constate que c'est une faute de « vouloir toucher à la distinction que cette autorité a jugé à propos de faire parmi les membres qui composent le commerce », et il poursuit en cc5 termes :
« Les marchands de vin sont tombés dans cet écart. Ils se sont oubliés euxmêmes ; ils ont cédé à la démangeaison qu'ils ont depuis longtemps de satisfairi' IcMir ambition démesurée... et sortant du fond de leurs antres avec les marqni*!* et parures qui composent un Corps, ils ont voulu augmenter le nombre des Six Corps en voulant se faire admettre au nombi^e de septième Corps des marchands. Toutes ces idées ont dégénéré en chimères... » Plus loin l'auteur du Mémoire se fait ironique et méprisant : « ÏMrsqu'exhaussés sur une futaille qui leur sert de piédestal, on les entend publier qu'ils ont conservé une égalité entre les membres de leur communauté et les maîtres des S^ix Corps , c'est une erreur dont il est nécessaire de les guérir. • Archives yationales, KK, 13iO, p. 69f et 708.
Les marchands de vin avaient beau jeu à répliquer, on en conviendra, .si l'on songe que ceux qui les raillaient ainsi et plaisantaient leurs futailles avec cette aristocratique impertinence, n'avaient pour touto noblesse que celle qui s'acquiert dans la vonto des bonnets de coton ou dans le débit du sucre et do h cannelle.
sant les corporations ou le commerce de Paris en général sur laquelle ils ne fussent appelés à donner leur avis en qualité de chefs et d'interprètes naturels de la collectivité des marchands. S'ils ne jouissaient à cet égard d'aucune autorité positive sur les autres métiers, les traditions corporatives jointes à leur situation de notables commerçants leur assuraient une prépondérance qui ne fut jamais contestée.
Les Six Corps étaient en outre les représentants de la bourgeoisie commerçante dans toutes les grandes circonstances de la vie publique. Leurs gardes vêtus de robes d'apparat^ assistent aux entrées solennelles des rois et des reines, des légats et autres personnages illustres ; ce sont eux qui portent le dais sur la tête du roi dans ces cérémonies ; ils adressent leurs félicitations au souverain à son avènement, à sa majorité, à son mariage * ; ils complimentent les hauts fonctionnaires de l'Etat à leur entrée en charge. Souvent ils se font les avocats de la bourgeoisie et du peuple : le 29 avril 1652 par exemple, ils vont à Pontoise supplier le roi de venir honorer Paris de sa présence, l'assurant que tout y est en bon état et respect pour l'y bien recevoir'. Leur loyalisme s'affirme par des manifestations publiques: le 2 mai 1711, après la mort du Dauphin, ils font célébrer pour le repos de son âme un service auquel assiste, ainsi que le constate fièrement leur journal, M. d'Argenson, le lieutenant général de police, avec plusieurs seigneurs et dames de distinction ^
S'ils sont exacts à accomplir leurs devoirs, les Six Corps sont encore bien plus vigilants dans la défense de leurs droits. Leur organisation maintient entre eux une solidarité qui fait leur force. Tous les trois mois, les gardes des Six Corps se réunissent dans les bureaux de la draperie et délibèrent sur les affaires communes, parfois aussi sur celles qui, bien que ne
1. Registre dos d<ilibérations des Six Corps aux Archives Nationales ^ KK, 1340. Délibération du aa août ie56.
a. Archives Nationales, KK, 1340, p. 43, année 1643 (aYÔnement) ; p. 79, annéa 1851 (majorité du roi).