‹ Histoire des corporations de métiersChapitre 123 sur 214 · Ibid., p. 165 (5 décembre · texte numérisé non relu

Ibid., p. 165 (5 décembre

«. Ibid.y p. 170.

sîstance. Quelques années plus tôt, on eut sans doute envoyé les gardes au Fort-l'Evêque; mais l'heure était favorable à l'indulgence et à la conciliation. Après une guerre désastreuse, dans laquelle avait failli sombrer la fortune de Louis XIV, de meilleurs jours paraissaient enfin se lever pour la France. A la suite de longues négociations, habilement conduites par le ministre Torcy, la reine Anne venait de déclarer aux Etats de Hollande qu'elle était désormais déridée à faire ses affaires à part et une suspension d'armes signée le 26 mai 1712 entre la France et l'Angleterre permettait d'espérer la con<?lusîon prochaine d'une paix générale \ Or, pour la cour de Versailles, qui s'était vue un moment acculée aux plus graves résolutions, la paix, c'était le salut inespéré, c'était la terre subitement apparue au naufragé. Les gens de métier bénéficièrent de la détente générale que ces heureuses nouvelles avaient amenée dans les esprits. M. d'Argenson, le lieutenant général de police, avait mandé chez lui, le 16 juillet 1712, les gardes des Six Corps qui s'étaient rendus tout tremblants à cette convocation de mauvais augure ; ils furent étonnés de voir le lieutenant général venir à eux la main tendue et le visage riant. « Vous n'en mourrez pas, Messieurs, leur dit-il, j'ai représenté à M. le Contrôleur général que les Six Corps étaient le plus important commerce du royaume et ce qu'il y a a de plus illustre dans la bourgeoisie de cette ville ; qu'il ne serait pas juste qu'on leur fit des poursuites violentes, comme leur font faire les traitants à la veille d'une paix générale que nous espérons que Dieu va nous donner*. » Il ne fut plus question de la taxe.

Si les grandes et riches communautés des drapiers et des merciers ne pouvaient faire face à de semblables charges, il était encore bien plus difficile d'obtenir de Targent des com-

1. Un mois plus tard, lo 2i juillet 1713, la victoire do Villars à Dcnain brisait IVfTort do la coalition ot amenait l'ouverture des négociations qui allaient aboutir l'année suivante aux traités d'Utrecht, de Bade et de Itastadt.

2. liogistru des délibérations dos Six Corps, Archives NatwnaUs, KK, 1341, p. 311.

munautés d'artisans. Les syndics et les gardes montrèrent le plus mauvais vouloir, affectant de refuser aux financiers chargés du recouvrement des offices l'état de leurs communautés, el la communication de leurs comptes. Il fallut en venir à des mesures de rigueur et un édit de 1711 permit aux officiers royaux de recevoir des maîtres sans qualité tant que les communautés ne se seraient pas acquittées. On interdisait en même temps à ces communautés insoumises de recevoir des maîtres par chef-d'œuvre*.

Grâce à l'énergie déployée par le contrôleur général les créations d'offices produisirent finalement des sommes élevées. Les Six Corps à eux seuls acquittèrent au total près de 2 millions, et le montant des taxes prélevées sur les communautés de Paris (Six Corps compris) dut s'élever à 5 à G millions'. Les finances des communautés furent obérées pour longtemps. On dut emprunter, et les prêteurs de bonne volonté faisant défaut, on contracta des emprunts forcés. Les cordonniers par exemple, avaient décidé que nul ne pourrait devenir juré ni prendre part aux élections, s'il n'avait prêté au moins 500 livres ou s'il n'en avait donné au moins 250. Tout maître qui prêtait 3,000 livres obtenait le titre d'ancien ou de bachelier comme s'il avait été juré. On pouvait encore en consentant des prêts à la communauté parvenir à la grande jurande sans avoir passé par la petite. Les droits de réception furent aussi relevés et l'abus déplorable des lettres sans qualité se généralisa.

En résumé, les créations d'offices furent une lourde épreuve pour les corporations qu'elles réduisirent à des expédients contraires à leurs traditions et à leurs règlements. Ces mesures fiscales développèrent en outre dans les tuétiers cette vénalité corruptrice qui altéra si profondément le caractère de l'institution et l'achemina peu à peu vers un type d'organisation nouvelle où les titres et le pouvoir étaient l'apanage de la for-

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