DE L^OUVRIER EN
Le nombre des corporations régulièrement organisées en jurandes était resté, jusqu^en 1673, et malgré les édits do 1581 et de 1597, très inférieur au nombre total des métiers : à Paris, on ne comptait guère qu'une soixantaine de corporations constituées ^ L'édit de 1673, en renouvelant des prescriptions depuis longtemps oubliées, eut pour résultat dVlever à soixante-treize le nombre des corps d'état officiellemenl reconnus : nombre d'artisans se refusaient encore à se grouper en communautés, redoutant que l'organisation corporative ne favorisât les desseins du fisc ; l'édit de 1691* ne leur permit plus de se dérober. Cet édit qui, à Paris tout au moins, fut fidèlement exécuté, fixa le nombre des corporations à 127, et les répartit en quatre classes, d'après leur importance; il détermina en même temps, pour chacune de ces classes et eu égard à l'importance de la ville, le droit dû au roi lors de chaque réception. Ainsi dans les villes où siégeait un Parlelement ou un Conseil supérieur, les maîtres reçus dans les communautés de la première classe payaient au roi 30 livres, ceux de la seconde classe 20 livres, ceux de la troisième 12 livres, ceux de la quatrième 6 livres. Les droits de réception étaient, pour les communautés des villes où il y avait
1. Ce nombre est très inférieur à celui dos corporations du temps de MÎnt Louis. Plusieurs métiers avaient disparu et d'autres communautés autrefois séparées s'étaient réunies en une seule.
2. CoUcct. Lamoionon, t. XVIII, f* C.-^ Lebpi.na.ssr, T, 1S3.
un présidial, un bailliage ou une sénéchaussée, de 20, 12, 8 et 4 livres, selon les classes; pour les communautés de petites villes et bourgades, de 15, 10, 6 et 3 livres. L*édit de 1691 divise ainsi les communautés : Première classe. — Les Six Corps (apothicaires-épiciers, bonnetiers, drapiers, merciers, orfèvres, pelletiers) et dixneuf autres corporations : affineurs d*oret d*argent ; bouchers ; batteurs d'or; barbiers-perruquiers; brasseurs; chirurgiens ; chapeliers ; charpentiers ; libraires ; marchands de vin ; maçons ; maîtres en fait d'armes ; paveurs ; peintres ; sculpteurs; tireurs d'or; tapissiers; teinturiers; tanneurs.
Deuxième classe. — 40 communautés : Armuriers-heaumiers ; boulangers des faubourgs ; bourreliers ; cartiers-papetiers ; corroyeurs ; ceinturiers ; charcutiers ; charrons ; chandeliers ; chaudronniers ; couvreurs ; écrivains ; fourbisseurs ; fondeurs ; fripiers ; gantiers parfumeurs ; horlogers ; lingères ; lapidaires; limonadiers; maréchaux; menuisiers; ouvriers en draps d'or et de soie ; ouvriers en bas de soie; plumassiers; pâtissiers; potiers d'étain; peaussiers; parcheminiers; paumiers; plombiers; poissonniers d'eau douce; rôtisseurs; selliers; serruriers ; teinturiers en laine, fil et soie; tonneliers; verriers-faïenciers; vinaigriers ; vitriers.
Troisième classe . — 32 communautés : Arquebusiers balanciers ; boisseliers; boursiers gibeciers; crieurs de vieux fer ; cordonniers ; couteliers ; couturiers ; coffretiers ; cuisiniers; doreurs; éventaillistes; éperonniers ; faiseurs d'instruments de mathématiques ; fruitiers orangers ; foulons ; graveurs; gainiers ; grainiers ; joueurs d'instruments et maîtres à danser ; jardiniers ; miroitiers; mégissiers; potiers de terre ; peigniers tabletiers ; sages-femmes ; tailleurs ; taillandiers; teinturiers du petit teint; tondeurs; tourneurs; vanniers.
Quatrième classe. — 30 communautés : Aiguiliiers ; bateliers; boutonnicrs; bouquetières; brodeurs; bonnetiers ouvriers; chaînetiers; cloutiers ; cardeurs ; cordiers ; décou-
peurs ; émailleurs ; épingliers féraouleurs de grandes forces ; filassiers ; ferreurs d'aiguillettes ; faiseurs de cordes à boyaux; layetiers; nalliers ; oiseliers ; paten(Mriers en bois et corne; palenôtriers en jais, ambre et corail ; pêcheurs à verges; pêcheursa engins; papetiers ; savetiers ; tisserands; lissuliers rubaniers ; vergeliersbrossiers; vidangeurs (ou maîtres lifi)'.
Sans entrer dans Texaraen détaillé des coutumes et des règles particulières à chacune de ces communautés, travail encyclopédique qu'il ne saurait être question d'entreprendre ici, passons en revue rapidement, comme nous l'avons déjà fait pour les métiers du XI II® siècle, les diverses communautés de Paris et indiquons leurs traits essentiels.
Métiers relatifs à l'habillement, à l'équipement, ii C armement. — Ces métiers sont toujours à la tête du commerce parisien. Sur les Six Corps privilégiés, trois rentrent dans cette catégorie : les merciers, les pelletiers, les bonnetiers. Les merciers (statuts de 1407, février 1567, juillet 1601, janvier 1613 et août 1645)*, qui formaient le second des Six Corps étaient si nombreux qu'au XVI* siècle, Henri II les passant en revue trouva, dit-on, 3,000 hommes sous les armes et en si bon équipage qu'il les fit mettre en bataille par le prince de la Roche-sur-Yon *. Ils se'divisent en près de vingt spécialités ; les grossiers qui vendent en gros, en balle et sous corde tout ce que les autres vendent en détail, les marchands de draps d'or et d'argent, les joailliers qui trafiquent des pierres précieuses, les marchands de toiles et de linge de table, etc. Vendant un peu de tout, les merciers plaident continuellement contre d'autres communautés. Ils savent d'ailleurs se ménager de puissantes protections par de petits cadeaux offerts à propos. C'est ainsi qu'ils allèrent un jour faire visite à Fouquet, alors procureur général, qui daigna accepter
1. Il faut ajouter à cctto liste les relieurs séparés des Ubratn^s dcpais 1M5 et les pain-d'épiciers et les imprimeurs en taille-douce érigés en métier juré enl6f2.
2. Statuts, Ordonnances et Règlements du corps des marchands merciers, grossiers, joailliers de cette ville, 1727, in-4».