CHAPITRE II
DÉCADENCE DE LA CORPORATION AU XYIIl' SIÈCLE.
ÉTAT DE l'opinion
SeoUon I. — Esprit exclusif .dfi» oommunantéa. —
Leur rteisianoo auproiprte;
Les partisans comme les adversaires du régime corporatif sont d'accord pour reconnaître que la décadence dé la corj[>o« ration, déjà commencée au XVII* siècle, s'accélère et devient irrémédiable 'au XVII*. Ses règlements, ses principes et ses' tendances sont en contradiction manifeste avec le mouvement général des idées et des faits. Elle demeure figée dans ses statuts d'un autre âge, sans paraître même soupçonner qu'il lui faut compter avec le progrès et sans apercevoir qu'en s'immobilisant, elle se condamne. Cette immobilité dé la coi^-^ poration est d'autant plus sensible qu'autour d'elle tout évolue et se transforme; quelques exemples mettront en lumière l'esprit tracassier et routinier tout à la fois des communautés d'alors.
Pour remédier aux inconvénients qui résultaient de la cheHé de la soie, les merciers s'étaient avisés de substituer aux boutons faits à la main et recouverts de soie, qu'ils étaient tenus d'acheter aux boutonniers, des boutons de drap faits au métier.. L'innovation fut accueillie avec grande faveur par lé public dont elle ménageait la bourse. Mais les passemehtier^-boutonniers intervinrent et firent interdire cette fabrication aux merciers. Ces derniers essayèrent en vain d'éluder cette prohibition en vendant des boutons fait» au métier et. dont les.
moules étaient recouverts d'une étoffe de crin en forme de ruban tissu qu'ils prétendaient avoir le droit de vendre romme ne les façonnant pas eux-mêmes et les achetant à l'étranger. Leurs adversaires triomphèrent, et une déclaration du roi, du 15 mai 1736, défendit à tous de porter sur les habits des boutons de drap, de tissu, de rubans de soie, fil ou crin faits au métier, et aux marchands merciers d'en fabriquer ou introduire dans le royaume, à peine de 500 livres d'amende ^ Des règlements somptuaires, tels que celui-ci, n'étaient guère faits pour rendre populaires des communautés dont le monopole était déjà, comme on le verra bientôt, très vivement attaqué. Un autre exemple dés tendances rétrogrades des communautés se trouve daus leur obstination à considérer comme un délit le fait par un commerçant de recourir à une publicité un peu étendue, et spécialement dans l'interdiction provoquée par elles de toute distribution de prospectus annonçant la vente de marchandises à prix fixe*. On tentait, il est vrai, de justifier ces prohibitions en invoquant l'intérêt des acheteurs, a Le public, disait-on, séduit par un prix fixe qu'il n'ose contredire et qu'on lui offre comme la valeur réelle de l'objet en vente, se détermine sans aucune connaissance pour un magasin dans lequel il regarde son incapacité comme à l'abri de toute surprise. A la faveur de ce prix fixe, on évacue des marchandises inférieures et défectueuses que le public saisit avec enthousiasme parce que les nuances dans les qualités sont au-dessus de ses connaissances'. » Ces observations renferment sans doute une part de vérité en ce qu'elles dénoncent certains inconvénients inhérents aux ventes faites au rabais et à un prix uniforme pour des objets disparates : l'appât grossier d'un bon marché trompeur, auquel le public se laisse prendre, la camelotte à bas prix préférée au produit loyal et marchand plus avantageux au fond, mais plus cher en
i. Bibliothèque Nationale, Mss. 6099, f* 257.