Ordonnance de 1734. Coll. Rondonnbau, AD. XI
3. Délibérations des Six Corps. Discours do M. Grimault, gardo de la draperie, 18 m«r» t7Mt ÀrchiHs NationaUt, KK, 1343, p. 102.
apparence. Il n'en est pas moins vrai que Tinterdiction des ventes à prix fixe constituait un véritable attentat à la liberté du commerce et nuisait gravement à la corporation elle-même en la montrant rebelle à toute combinaison favorable à l'intérêt général et toujours prête à invoquer son monopole comme un titre de rente perpétuelle dont le public paierait les arrérages.
L'organisation intérieure des corporations au XVIII* siècle prêtait également à de sérieuses critiques. Sans doute on maintient encore le principe que la maîtrise est accessible à tous les artisans et Ton verra même les communautés protester contre uu projet érigeant les maîtrises en offices héréditaires. Mais pour qui considère le fond des choses, il est bien difiicile à Partisan sans fortune de se frayer un chemin jusqu'à cette maîtrise, but naturel, autrefois la récompense ordinaire de ses efforts. Les droits de réception sont en effet considérables : 1,800 livres chez les charpentiers, 1,700 chez les maçons, 1,500 chez les bouchers, les charrons, les paumiers, les selliers. Certains métiers s'interdisent pendant une période déterminée de dix ou vingt années de recevoir de nouveaux maîtres, afin d'éviter le développement de la concurrence. D'autres décident de ne plus admettre à la maîtrise que les fils de maîtres^ La charité et la solidarité professionnelles d'autrefois font place à un égoïsme réfléchi et à un exclusivisme méthodique. L'édifice corporatif qui aux XIII* et XIV* siècles évoquait l'image d'une de ces belles cathédrales gothiques dont le portail large ouvert et les vastes nefs semblent appeler sans distinction de rang ni de fortune tous les fidèles à la prière et à l'action de grâces, n'apparaît plus au XVIII* siècle que sous la forme d'une Bastille où se retranche une oligarchie jalouse et avare qui ne voit pas grossir autour d'elle le flot des assiégeants.
1. Par contre, les jurés accordent parfois, aum épris des statuts, des dispenses de chef^'œuvre sans doute obtenues à prix d'argent. Bibl. Nat., Mss. (Fonds Lamare) 91559, f- 80 V.
Section H. — ControYerte économique. — École du laisser-fiaire (Queanay, Dupont de Nemours , Diderot.) — École restrictlonniste (Graliani, Necker.)- Questions des grains, de la toile peinte, de la liberté du commerce de g^os.
Il ne semble pas, bien que ropinîon contraire ait été admise par certains auteurs, que. le mouvement d'idées favorable à Tabolition des corporations ait pris naissance dès les premières années du XVIII* siècle. Yauban songeait si peu à réclamer Tabolition des jurandes qu'il propose de confier aux jurés et gardes de chaque art et métier le soin de répartir la dîme proportionnelle dont il demande la création * . Bois- Guillebert, son disciple et son continuateur, poursuit après lui la suppression de toutes les entraves, douanières et fiscales qui paralysent le commerce et leur remplacement par un impôt direct sur le revenu ; il demande la liberté du commerce des grains; mais, pas plus que Vauban, il ne pense à battre en brèche le régime corporatif. Ei\ 1734, il est vrai, l'économiste Melon, dans sou Essai, politique sur le commerce y blâme les abus qui s'étaient introduits dans les communautés, a La plupart des maîtrises, comme, celles d'oiseliers, de perruquiers, de vendeurs de vinaigre^ leurs apprentissages, .leurs statuts ridicules, tout cela n'est que perte et d'Kopnmes et d'argent. > Mais il explique aussitôt qu'il ^e 3'attaque pa^ «aux maîtrises elles-mêmes, qui peuvent «.êtrie i^tileç et même nécessaires; il ne s'agit que de l'abus ». ^
Pendant la première moitié 4u XYIII*^ aiècle, les institutions corporatives ne sont donc pas directement et ouvertement attaquées. Mais déjà cependant l'évolution des idées peut faire prévoir l'assaut qui sera donné à ces institutions par Turgot et les economistes.de son école. La corporation, telle que