‹ Histoire des corporations de métiersChapitre 69 sur 214 · Ordon. des Rois de France, VII, 179. a. Id.f IX · texte numérisé non relu

Ordon. des Rois de France, VII, 179. a. Id.f IX

ses rhefs obéissaient à un plan et poursuivaient la réalisation d'idées parfaitement définies.

En 1411, la France était partagée en deux partis: celui du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, et celui des Armagnacs qui avaient épousé la cause des fils du duc d*Orléans assassiné sept ans plus tôt par Jean sans Peur. Diverses tentatives de conciliation avaient échoué, lorsqu'en juillet 1411 les Armagnacs se répandirent dans les environs de Paris, incendiant les villages et dévastant tout sur leur passage.

C'est alors qu'au milieu de l'épouvante générale les bouchers entrèrent pour la première fois en s(;ène. On venait de nommer capitaine de la ville le comte de Saint-Pol, ami du duc de Bourgogne. Les bouchers conduits par les Legoix et par l'écorcheur Caboche lèvent un corps de 500 valets bouchers auxquels se joignent des milliers d'artisans des industries du cuir : tanneurs, corroyeurs, pelletiers. On assassine les bourgeois suspects de sympathie pour les Armagnacs ; plus de trois cents s'expatrient (août). Enfin, on adopte pour signe de ralliement un chaperon bleu traversé par la croix blanche de Bourgogne. Les Armagnacs sont repoussés et Saint-Cloud dont ils avaient réussi à s'emparer leur est repris.

L'année 1412 se passa à Paris dans une tranquillité relative et le traité de Bourges, conclu entre les deux partis, put un instant faire espérer la paix. Mais un autre péril menaçait le royaume. Ou apprit bientôt le débarquement à La Hogue du duc de Clarence et de huit mille Anglais. 11 fallut se préparer à la guerre. Les Etats furent convoqués pour janvier 1413, mais après des discussions passionnées se séparèrent le 7 février sans rien résoudre.

Deux mois s'écoulèrent au milieu d'agitations stériles. Le duc de Guienne, croyant alors l'occasion propice, tenta un coup de force et rappelant Pierre des Essarts, l'ancien prévôt secrètement acquis aux Armagnacs, l'introduisit dans la Bastille.

A cette nouvelle éclata une émeute qui rouvrit Tère des violences et livra Paris à une faction. Sous la conduite des deux frères Legoix, des écorcheurs Denys de Chaurnont et Simon Caboche, les bouchers forcent les échevins à destituer le prévint des marchands, un de ces Gencien dont la famille remontait aux plus anciens temps de notre histoire municipale, et à le remplacer par un homme à eux, André d'Epermenil. Le lendemain une foule furieuse attaquait la Bastille et allait la prendre d*assaut quand le duc de Bourgogne s'interposa et calma les esprits en obtenant que des Essarts se constituât prisonnier.

Enhardie par ce succès, Taudace des bouchers ne connut plus de bornes. Ils s'unirent aux cités flamandes qui leur envoyèrent des ambassadeurs et répudièrent le chaperon bleu pour le chaperon blanc des Gantois. I^a haute bourgeoisie de la hanse et des métiers, suspecte à bon droit de peu de sympathie pour le nouveau gouvernement, fut durement frappée : soixante gros bourgeois furent incarcérés, l'ancien prévAt des Essarts et deux de ses amis subirent le dernier supplice, de lourdes contributions furent imposées aux riches marchands ; on ne respecta même plus le duc de Guienne qu'une bande de révoltés alla jusqu'à insulter publiquement (9 juillet).

Cependant cette tyrannie d'en bas commençait à exciter, non seulement chez les riches bourgeois, mais encore dans la classe moyenne et dans les métiers, qui n'étaient pas comme les bouchers et les tanneurs directement engagés dans le mouvement, des inquiétudes et une colère grandissantes; tout commerce était suspendu ; la misère était générale. Déjà plusieurs conciliabules avaient été tenus entre cinquanteniers et dizainiers. Enfin, à la nouvelle de la réconciliation intervenue entre les ducs de Bourgogne et d'Orléans une grande assemblée de notables décida la paix (2 août). En vain Simon Caboche et Denys de Chaumont tentèrent-ils de résister. Tous les gens de métier sous les ordres du marchand Pierre Aymeric se joignirent aux troupes du duc de Guienne, aux cris mille fois

répétés de : « Nous voulons la paix ! » Caboche et ses lieutenants durent s'enfuir de Paris ; comme toujours, les soldats obscurs payèrent pour les chefs de la rébellion et do nombreuses exécutions furent ordonnées par les vainqueurs.

Ainsi prit fin cette domination des bouchers qui, pendant deux années, avait pu, grâce à la complicité de la populace, s'imposer à la ville. Bien que déshonoré par des excès de tout genre, ce règne des bouchers avait été signalé par une ceuvre que la défaite finale de cette révolution emporta avec elle, mais qui eût mérité, à bien des égards, un meilleur sort : Tordonnance cabochienne où se trouve esquissé tout un plan de réformes dont beaucoup devaient se réaliser dans Tavenir.

L'insurrection cabochienne est, pour la période qui nous occupe, la dernière manifestation politique à laquelle les métiers de Paris aient pris une part collective ; les événements de la fin du règne de Charles VI et du règne de Charles VII relèvent exclusivement de l'histoire politique. Il nVst pas malaisé toutefois de conjecturer quels durent être les sentiments des gens de métier dans des temps si troublés. L'unanimité des artisans, toute la petite et la moyenne bourgeoisie des métiers demeurèrent passionnément attachées au pai*ti bourguignon^; la haute bourgeoisie au contraire, c'està-dire les bourgeois hanses et l'aristocratie des métiers, penchaient plus ou moins ouvertement pour les Armagnacs. Perrinet Le Clerc, lorsqu'il livra Paris, en 1418, au duc de Bourgogne, était d'accord, il n'est guère possible d'en douter, avec le sentiment de la majorité de ses concitoyens, et la haine contre les Armagnacs était telle que la masse de la population parisienne accueillit tout d'abord les Anglais en amis. Il en fut autrement des gros marchands. Tandis que les anciens Caborhiens sont comblés de faveurs par Henri VI d'Angleterre, qui accorde des rentes aux Saint- Yon et aux Legoix,

1. Lo chant pivfvrû des Parisiens avait pour rofrain ces paroles : « Dur do Bourgogne, Dieu te remaint (cons(>rve) en joyc ! » Cette chanson était encore populaire à Paris sous Louis XI.

nombre de marchands parisiens furent punis par la confiscation de leurs biens, pour avoir embrassé le parti du dauphin et avoir quitté Paris livré aux Anglais. Parmi les noms de ces

bourgeois royalistes et patriotes on relève ceux d^Ktienne de Bonpuits, pelletier et fournisseur du duc de Berry, ancien échevin, dont les biens furent donnés à TAnglais Gregory; de Regnault Pis d*Ouë, changeur, ancien échevin dont Thôtel, rue des Bourdonnais, échut à Jean de Hereford, de Pierre Le Coq, frère du prévôt des marchands, et toute cette noble famille des Gencien si inébranlable dans son loyalisme.

Les années de la domination auglaise furent dures pour Paris: la désolation causée par les guerres dans tout le royaume avait engendré la misère et la famine; le setier de blé monta en 1420 jusqu'à 16 et même 30 livres, et, dit le Bour' geoisdc Paris, « povres gens ne mangeaient point de pain que chous et iiaveaux et tels potages sans pain ni sel. Et sur les fumiers parmi Paris puissicz-vous voir cy dix, cy vingt enfants qui mouroient de faim ou de froid ; et n'estoit si dur cueur qui par nuyst les ouist crier : « hélas ! je meurs de faim ! » qui grand pitié n'eust ». C'est l'époque de la danse macabre, cet effrayant symbole de la douleur populaire.

De meilleurs jours allaient enfin luire. Comment à l'heure la plus sombre une intervention divine suscita la vierge qui devait être la libératrice et la sainte de la Patrie, comment des prodiges inexplicables pour le scepticisme furent accomplis par cette paysanne au cœur pur et à l'âme vaillante qui était la Pucelle de Domremy, c'est là une miraculeuse histoire que nul Français n'ignore et que l'un de nos plus grands écrivains, Michelet, a retracée dans un inoubliable récit. Il ne nous appartient pas de redire cette sublime épopée : qu'il nous soit cependant permis, après avoir enregistré les défaillances passagères des Parisiens aveuglés par leurs sympathies pour la cause bourguignonne, de constater que la grande ville sut se reprendre et redevenir française par le cœur bien avant que l'Anglais n'eût été chassé de ses murs. Dès 1430, nombre de

bourgeois, dont Jean de Calais, Guillaume du Loir, orfèvre. Jacquet Perdriel complotent une première fois Texpulsion de l'étranger. En 1434, Jean Trotet, boulanger, Vincent de Beaubourgeois et l'orfèvre Gossouin de Lu^t conspirent de nouveau pour Charles VU. I/évolution des esprits était complète, quand en 1436 le connétable de Richemont se présenta aux portes de la ville qui lui furent ouvertes par un ancien proscrit, le bon bourgois Michel Laillier. Ce fut le signal d'une insurrection générale. Unis dans un même sentiment, les deux partis se réconcilient; Bourguignons et Armagnacs combattent côte à côte. Assiégée dans la Bastille, la garnison anglaise capitule bient()t à condition de pouvoir se retirer librement et d'universelles acclamations saluent le retour des fleurs de lis.

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