FONTAMOS, I, 975. — ISAMBKRT, t. XII, p
4. Relations des ambassadeurs vénitiens. Rapport de Marino Cavalli an 1546 CoUect. Doc. inéditSy t. I, p. 257 et 259.
tent en Angleterre, en Espagne, en Italie et dans les pays barbaresques^. »
Paris est le centre d'un commerce considérable, a Le nombre des marchands y est très grand, écrit en 1546 Marino Cavalli, l'ambassadeur de Venise; Paris est comme l'entrepôt de la France. Questà città fa moite mcrcanzie perché e corne la bottega di Francia*. » Et le même Cavalli qui estime la population de Paris à cinq cent mille habitants déclare que cette ville est supérieure non seulement aux autres villes de France, inais à celles de l'Europe tout entière ; elle est le cœur de la chrétienté*. Pour être moins opulentes, Lyon, Rouen, Tours, Toulouse n*en sont pas moins, elles aussi, le siège d'un commerce considérable, et Ton peut dire qu'au seuil des guerres de religion qui devaient ruinertoute cette prospérité, la France par son industrie et par son commerce comme par sa puissance militaire se place au rang des premières nations de l'Europe.
Section II. -— Abus dans le fonctionnement de la corporation. — Exagération des frais de réception et de chef-d'œuvre. — Suppression des confréries (1539). — Réorganisation (1540>, puis suppression (1559) du guet bourgeois. — Échecs au monoi>ole de la corporation par la fondation et les franchises de l'HôpiUl de la Trinité (1545-155:$), par la multipUcation des lettres de maîtrise et la création des offices. — Les Six Corps. — Première suppression de la dignité de roi des merciers (1544). — Salaires au début du XVI« siècle.
Les splendeurs de la Renaissance, la floraison de Tart et la prospérité de l'industrie au cours de la première moitié du
1. Relations des ambassadeurs vénitiens. (Collection des Documents inédits), t. I, p. 255.
XVI* siècle ne doivent pas faire illusion sur la condition sociale des artisans de cette époque ni dissimuler les progrès d*un mal dont les graves abus qui s'introduisirent alors dans le fonctionnement des institutions corporatives attestent révolution continue. Le travail de décomposition dont les symptAmes encore à peine perceptibles étaient apparus dès le XV® siècle accélère ses ravages au XVI* et sape peu h peu les fondements de Tédifice corporatif: la justice et la bienveillance chez le maître, le respect et l'obéissance chez l'ouvrier. Cette corruption des idées et des mœurs dans la classe laborieuse se manifeste en premier lieu par les obstacles de toute soite qui rendent de plus en plus difficile l'accès de la maîtrise. On est déjà loin de l'esprit si libéral des métiers du XIII* siècle. Les communautés s'efforcent de restreindre la concurrence, de diminuer le nombre des maîtres, de réserver la maîtrise aux fils et gendres de maîtres à l'exclusion des simples compagnons ; une aristocratie de boutique mesquine et jalouse est en train de se constituer. Un rapide parallèle entre les conditions exigées pour l'obtention de la maîtrise au XIII* et au XVI* siècle montrera clairement toute la distance qui sépare la corporation du Moyen Age de celle de la Renaissance.
Rappelons en deux mots les dispositions du Livre des Métiers sur la maîtrise. Pour être reçu maître, il suffisait d'avoir fait un apprentissage dont la durée variait généralement de trois à cinq ans; au XIV* siècle seulement, vint s'ajouter à cette première condition l'obligation de servir deux ou trois ans comme compagnon. Quant aux dépenses, elles se bornaient au versement d'une somme enti'e les mains du maître de l'apprenti, lors de l'entrée en apprentissage, et au paiement d'une somme de 5 à 20 sols, lors de Tachât du métier ; le nouveau maître devait en outre quelques deniers à la confrérie.
Toutes ces obligations subsistent au XVI* siècle, mais combien elles se sont aggravées et combien de charges nouvelles sont venues s'ajouter aux anciennes !
LKS CORPORATIONS DE 1461 A 1610 237
Les règles relatives à l'apprentissage et au conipagnonnage ont, il est vrai, subi peu de iiioilifications. Le patron a toujours en effet le même intérêt à se procurer la maind'œuvre à bon marché, et par suite à ne pas restreindre le droit au travail.
Il en est tout autrement pour la maîtrise dont les abords sont comme barricadés par l'esprit de caste intéressé à en tenir éloigné l'ouvrier.
Nous rappellerons seulement pour mémoire l'ancien droit à acquitter par le récipiendaire, redevance qui se partage le plus souvent entre le roi, la confrérie elles jurés. Cette redevance, bien qu'augmentée, est encore relativement faible et ne constitue pas un obstacle sérieux.
Mais le candidat doit faire face à de plus lourdes charges. Tout d'abord, il lui faut supporter les frais croissants qu'entraîne la confection du chef-d'œuvre. La pression de l'usage et la crainte d'encourir le mépris des autres maîtres imposaient en effet au candidat à la maîtrise l'obligation de dépenser des sommes relativement considérables.
11 fallait ensuite offrir un banquet aux jurés qui avaient examiné le chef-d'œuvre et auquel on était tenu d'inviter les principaux maîtres; nombre d'autres s'invitaient^ eux-mêmes et le nouveau venu devait traiter cinquante, soixante et même <'ent convives ; ces repas coûtaient fort cher et épuisaient souvent d'un seul coup les économies du récipiendaire.
Ce n'était pas encore tout : sous prétexte que tel était l'usage, les maîtres exigeaient encore une foule de redevances que Ton n'osait refuser, et dont des lettres patentes de Charles VIII font ainsi l'énumération : a N'entendons et ne voulons que sous couleur de chef-d'œuvre, l'on puisse assu-
1. * Inhtbicion scni faite aux pattcicrs d'eux trouver vh fêtes et convis que foraient libérallcincat le» compagnons qui auront de nouvel acquis la franchise dudil mcsticr, s'ils ne sont à co exprès convoquer et appelez. » Sentence du pK'vôt de Paris, 12 oct. 1489. Lkspimassk. Les Métiers et Corporations de Paris, t. I, p. 383.
jettir, asservir ni «contraindre lesdits épiciers et apothicaires au guet de 14 deniers ou autres charges, subsides et subventions quelconques qu'ont accoutumé de faire payer les gens de plusieurs métiers en notre ville. »
Un document du fonds Lamare, cité par M. Levasseu^^ donne une idée de ce que coûtait au total la réception à la maîtrise. D'après ce document, tandis que la taxe de tous les frais imposés par les ordonnances ne s'élevait légalement qu'à 36 livres, le montant réel de ces frais, en raison des abus qui viennent d'être gigiwil^*!, Yariait de 260 à 1.200 livres, somme importante pour l'époque*. C'était fermer la maîtrise à la grande majorité des ouvriers ou les ruiner à l'avance en les forçant de s'endetter. Par une injustice non moins grande, les iils de maîtres étaient exonérés en totalité ^ ou en partie * de ces droits. Tout le poids de ces charges arbitraires retombait donc en définitive sur le compagnon peu aisé qui n'avait pas le bonheur de succéder à son père.
Les confréries, elles aussi, étaient bien déchues. Ces associations qui au XIII® et au XIV* siècle poursuivaient un bul si élevé et si vraiment chrétien n'étaient plus guère que des prétextes à ripailles et à orgies dont les fonds destinés aux pauvres faisaient les frais lorsque l'on n'avait pas sous la main quelque nouveau maître à pressurer. Elles n'étaient plus établies, dit le concile de Sens (1524 ; Lamare, Traité de h Police, t. I, p. 406), que pour favoriser les monopoles et les crapules de la débauche. Les confréries de compagnons offraient un danger d'un autre genre : elles étaient devenues autant de foyers d'agitation où s'allumait le fanatisme popu-