Histoire des Corses
Les plus anciens documents sur la Corse nous sont fournis par les historiens et les géographes grecs et latins. Ils ne nous font pas connaître, d'une manière précise, quels peuples ont, les premiers, colonisé l'ile, si ce furent les Phéniciens, les Etrusques, les Espagnols, ou les Liguriens. Toutes ces antiques peuplades étaient en Corse, avant même que les Carthaginois, les Grecs de la Phocide et les PiOmains fussent venus s'y établir.
Par leur position dans le grand bassin occidental de la Méditerranée, la Corse et la Sardaigne étaient comme le rendez-vous de tous les peuples des continents circonvoisins, qui se livraient au commerce et fondaient des colonies. Au nord, à une journée de voyage, se trouve la Gaule; à l'ouest, à trois journées, l'Espagne; à l'est, à fort peu de distance, l'Etrurie; enfin au sud, à quelques journées de voyage, la côte d'Afrique. Aussi, les peuples continentaux durent nécessairement se heurter les uns les autres dans ces iles, et simultanément ou à tour de rôle les marquer au coin de leur génie.
La Sardaigne, surtout, est un des pays les plus curieux de l'Europe : les éléments étrangers l'ont de toutes parts envahie, sans faire pourtant disparaître le caractère national, et les nombreux vestiges laissés par des peuples si divers dans l'architecture, la sculpture, les langues et les mœurs, forment, pour ainsi dire, des couches superposées, qui constituent l'ethnographie de l'ile.
La Corse et la Sardaigne sont situées sur la ligne qui divise le bassin occidental de la Méditerranée en bassin espagnol et en bassin italien. Aussi, lorsque l'influence des immigrations orientales et grecques cessa de se faire sentir politiquement, sinon physiquement, l'Espagne et l'Italie exercèrent sur les deux iles toute leur force d'attraction. En Sardaigne domina l'élément espagnol, en Corse l'élément italien ; la langue actuelle peut en fournir la preuve évidente.
Il s'est ajouté de nos jours en Corse un autre élément, l'élément français ; mais ce dernier n'est que pohtique. Déjà, aux premiers temps de son histoire, l'ile avait été visitée par les Gallo-Celtes ou Liguriens, ainsi que par les Espagnols. Les traits du caractère espagnol, qui semblaient encore si frappants au philosophe Sénèque chez les Corses de son temps, ont disi)aru sous d'autres influences ; aujourd'hui, on n'en voit guère la trace que dans le naturel sombre et mélancoliquement colérique des indigènes.
La Corse s'appela d'abord Corsica, puis Cymos. Le premier de ces noms dériverait, d'après les uns, de Corsus, fils d'Hercule et frère de Sarclas, et les deux frères auraient fondé des colonies dans le?, iles auxquelles ils auraient donné leurs noms. Suivant d'autres, Corsus serait Troyen et aurait enlevé Sica, nièce de Didon ; d'oi^i le nom de Corsica. Telle est la fable lu plus ancien chroniqueur corse, Giovanni délia Grossa.
Le nom de Cyrnos était e;' usage chez les Grecs. Pausanias dit dans sa géograpiiie phocéenne : « L'ile qui se