‹ Histoire des CorsesChapitre 2 sur 408 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

» trouve à peu de distance de la Sardaigne (IchnusaJ est » appelée Corsica par les Libyens indigènes et Gyrnos » par les Grecs. » Le nom de Libyens s'applique aux Phéniciens en général, et il est difficile d'admettre que Pausanias ait désigné par là les premiers habitants de la Corse ; il n'a voulu parler que des colons qui s'y étaient établis, comme en Sardaigne. En effet, dans le même livre, il dit que les Libyens passèrent en Sardaigne, mais qu'ils trouvèrent cette île habitée, et qu'après eux vinrent des Grecs et des Espagnols. Le mot Gyrnos lui-môme dériverait du phénicien Kir, corne, cap, promontoire. Mais ce sont là des légendes, des hypothèses, des questions que l'on ne saurait éclaircir.

Autant qu'il est permis d'en juger par les traditions auxquelles Pausanias a emprunté ses renseignements, il parait certain que les Phéniciens établirent très anciennement des colonies en Sardaigne et en Corse, où ils trouvèrent une population ligurienne ou étrusco-pélasgique et que, plus tard, les Espagnols passèrent dans ces deux îles.

Sénèque vécut huit années en Corse, dans l'exil. De sa prison il adressa à sa mère Helvia le livre De coyisolatione, où nous lisons, au chapitre huitième, le passage suivant : « La Corse même a souvent changé de colons. Laissant » les temps anciens enveloppés de leurs ténèbres, je dirai » seulement que les Grecs qui aujourd'hui habitent » Massilia (Marseille), après avoir quitté la Phocide, » s'arrêtèrent d'abord dans cette île : on ignore ce qui » les en éloigna ; ce fut peut-être l'insalubrité de l'air, ou » bien le voisinage de la trop puissante Italie, peut-être » aussi la vue des côtes, absolument dépourvues de ports. « La preuve que ce ne fut point la férocité des habitants, » c'est que d'ici ils se rendirent chez les peuples extrê- » mement grossiers et barbares delà Gaule. Les Liguriens » parurent ensuite dans l'ile ; puis vinrent des Espagnols, » ce que Ton peut inférer de la ressemblance des mœurs :

» on trouve, en effet, dans ce pays, les mêmes coiffures, » les mêmes chaussures et souvent les mêmes mots que » chez les Can labres ; mais l'ensemble de la langue a » perdu son caractère primitif par le contact des insulaires » avec les Grecs et les Liguriens. » 11 est regrettable que Sénèque n'ait pas jugé à propos d'examiner de plus près la condition de l'ile. Si pour lui les premiers temps de l'histoire de la Corse étaient déjà si obscurs, combien plus ne doivent-ils pas l'être pour nous !

Toutefois, Sénèque se trompe fort en ne plaçant les immigrations ligurienne et espagnole qu'après l'immigration phocéenne. Je ne doute pas que les Celtes n'aient été les premiers habitants de l'iie ; le type même des Corses d'aujourd'hui me semble celtico-ligurien.

Page 1