CHAPITRE V
Luttes des nobles entre eux et contre le i^euple. — Première assemblée populaire ; institutions démocratiques de Sambucuccio au commencement du XP siècle.
Pendant longtemps l'histoire de la Corse n'offre plus que le sanglant spectacle de la tyrannie des barons et de leurs luttes intestines. Les côtes deviennent désertes, les antiques villes d'Aleria et de Mariana sont peu à peu abandonnées ; les habitants du littoral fuient, par crainte des Sarrasins, plus haut dans les montagnes, où ils bâtissent des villages fortifiés par l'art et par la nature, et destinés à les protéger contre les corsaires et contre les barons.
Il est peu de contrées où la noblesse ait pu être aussi barbare et aussi cruelle qu'en Corse. Au milieu d'une population misérable et à moitié sauvage ; dans un pays inculte et montueux ; privés du contre-poids des vertus civiques, d'une vie active, du frein de la religion ; séparés du monde et de sa douce influence...., qu'on se figure ces seigneurs, campés sur leurs rocs inaccessibles, et laissant leur nature une fois déchaînée se vautrer dans les voluptés grossi^.res et dans le sang ! Ailleurs, les villes réunirent tout ce qu'elles contenaient de forces matérielles, légales, expansives, formèrent un faisceau de classes, de droits, de communautés, et opposèrent à la noblesse la ligue de la bourgeoisie. La tâche était infiniment plus difficile en Corse, où il n'y avait ni commerce, ni industrie, ni villes, ni bourgeoisie, et il n'en est que plus surprenant de voir ce peuple inculte et grossier arriver, d'une manière pour