‹ Histoire des CorsesChapitre 12 sur 408 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mort de Sambucuccio. — Nouvelles luttes des nobles; Vile retombe dans la confusion. — Les Malaspina et les papes. — Domination pisane. — Rivalité de Pise et de Gênes ; les Génois occupent Bonifacio (1187).

Il en fut de Sambucuccio comme de la plupart des législateurs. Sa mort porta soudain un coup funeste à ses institutions. Les seigneurs, sortant de leurs châteaux, semèrent partout la guerre et la discorde, et le peuple chercha son salut dans la protection de l'étranger. Il implora l'appui de Malaspina, marquis de Toscane, Q) qui vint à son secours avec un corps de troupes, vainquit les barons et rétablit la tranquillité. Gela se passait vers 1020, et jusqu'en l'année 1070 les Malaspina semblent avoir continué à régir la Terre de Commune, pendant que les barons dominaient le reste du pays. Le pape, (-) qui faisait remonter aux rois francs ses droits sur la Corse, se mêla à son tour aux affaires de l'ile. Traitant même, paraitil, le pays comme un fief, il fit de Malaspina un comte de Corse. Ce furent les six évêchés que l'on avait fondés successivement à Aleria, Ajaccio, Accia, Mariana, dans le Nebbio et à Sagona qui lui fournirent le premier prétexte de conquête.

(1) Malaspina était marquis de Massa et de la Luriigiana.

(2) îi'après Anastase, qui écrivait au IX" siècle, la Corse avait été comprise dans la donation que Charlemaj^ne tit au pape Adrien (774). Antérieurement, en 7.53, Pépin avait donné la Corse au Saint-Siège.

Grégoire VII envoya en Corse Landolphe, évêque de Pise (1077), pour décider les habitants à se soumettre au Saint- Siège. Ce but atteint, Grégoire (1091), et ensuite Urbain II (1098) placèrent l'ile, à titre de fief perpétuel, sous la dépendance de l'ôvêché de Pise, qui fut alors érigé en archevêché. C'est ainsi que les Pisans se rendirent maîtres de la Corse. Ils la gardèrent environ cent ans, au prix de combats continuels, et toujours inquiétés dans leur possession.

Leur domination fut sage, juste et bienfaisante ; tous les historiens de la Corse en font le plus grand éloge. Ils s'occupèrent du défrichement et de la culture du sol, rebâtirent les villes, construisirent des ponts et des routes, élevèrent des tours aur les côtes ; ils introduisirent même leur architecture dans l'ile, ou du moins dans la construction de ses égUses. En Corse, les plus belles églises anciennes sont d'origine pisane ; on le reconnaît bien vite à l'élégance de leur style. Tous les deux ans, Pise envoyait un fonctionnaire qui, sous le titre de Juge (giucUce), rendait la justice au nom de la Piépublique. La constitution des communes fut maintenue telle qu'elle avait été établie par Sambucuccio.

Cependant Gènes s'opposait avec une ardeur jalouse à la domination pisane dans une île si voisine de ses côtes ; elle ne pouvait consentir à laisser à sa rivale une station si avantageuse dans la Méditerranée, à ses portes. Déjà, lorsque Urbain II avait placé les évêchés corses sous l'autorité de la métropole de Pise, les Génois avaient protesté; plus d'une fois, ils forcèrent même les papes à retirer l'investiture. Enfin Innocent II, cédant à leurs réclamations pressantes, la partagea ; il fit dépendre de Gênes, qu'il érigea en archevêché, les évêques de Mariana, d'Accia et de Nebbio, et laissa à Pise les évêchés d'Aleria, d'Ajaccio et de Sagona. Mais les Génois ne se contentèrent pas de cette concession : ils visaient à la domination temporelle de l'île entière. Toujours en guerre avec les Pisans, ils pro-

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