CHAPITRE II
Lorsque ma faim fut pleinement assouvie, je continuai mon voyage. En débouchant dans la vallée de Luri, je vis soudain la contrée prendre autour de moi l'aspect d'un véritable paradis. Cette vallée est la plus belle du Gap ; c'est aussi la plus grande, bien qu'elle n'ait que dix kilomètres de long sur cinq de large. Du côté de la terre, elle est entourée de superbes montagnes dont le pic le plus élevé est surmonté d'une sombre tour. C'est la tour de Sénèque, ainsi nommée parce que, d'après la tradition populaire, Sénèque y aurait passé les huit années de son exil. Du côté de la mer, la vallée s'étend en pente douce jusqu'à la marine de Luri. Elle est traversée par un gros torrent dont les eaux sont dirigées dans les jardins au moyen de canaux. Là se trouvent toutes les communes de la piève de Luri : elles respirent la richesse et la joie, avec leurs églises élancées, leurs couvents et leurs tours, qui surgissent au milieu d'une végétation luxuriante. J'ai visité en Italie plus d'une vallée splendide : aucune, ce me semble, n'offre un aspect si riant. Elle est entièrement couverte de vignes, d'orangers, de citronniers et d'arbres fruitiers de toute espèce, et produit un grand nombre de plantes potagères et de melons. Plus on s'élève vers les hauteurs, et plus les bois de châtaigniers, de noyers, de figuiers, d'amandiers et d'oliviers deviennent touffus et nombreux.