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CHAPITRE IX

comptant en quelque sorte que sur lui-nmôme, paraît alors de nouveau sur la scène (1302) et, à son arrivée, le peuple accourt de tous côtés sous sa bannière.

Lionello Lomellino et Aluigi Tortorino étaient à cette époque gouverneurs de l'ile ; dans ces temps critiques un seul gouverneur ne suffisait plus. Lomellino et son collègue convoquent à Corte une assemblée populaire, qu'ils soutiennent de leurs conseils et de leurs encouragements. Mais Arrigo marche rapidement sur Cinarca, bat les troupes génoises partout où il les rencontre, se présente devant Biguglia, résidence du gouverneur, la prend d'assaut, assemble le peuple et se fait proclamer comte de Corse. Les gouverneurs, stupéfaits, s'enfuient à Gênes, abandonnant tout le pays, à l'exception de Calvi, de Bonifacio et de San Colomb ano.

Pendant quatre ans Arrigo resta le maître incontesté de l'île. Son administration fut rigoureuse et juste, mais cruelle. Il fit trancher la tète à un grand nombre de personnes, n'épargnant pas môme ses parents. C'est peut-être son inflexible dureté (ou bien encore l'esprit turbulent des indigènes) qui détacha de lui une partie du peuple. Les seigneurs du Cap-Corse se soulevèrent les premiers, de concert avec les Génois ; mais Arrigo les vainquit et, de son bras de fer, il étouffa la révolte. 11 portait sur sa bannière les armes d'Aragon surmontées d'un griffon, pour montrer qu'il avait placé file sous la protection de l'Espagne.

Après avoir longtemps combattu pour la possession de la Corse, Gênes se trouvait n'avoir rien gagné. Son embarras était extrême ; les événements de f époque lui liaient les mains. KWe semblait vouloir renoncer à sa conquête. C'est alors que cinq Nohili, les seigneurs Magnera, Tortorino, Fiscone, Maruffo et Lomellino, (*) fondèrent une

H) D'après la copie du traité de cession de laC'orse à la Maona, publiée dans le 2' fascicule de notre Bulletin, ces seigneurs n'étaient (^ue quatre

société par actions et proposèrent au Sénat de leur abandonner l'ile, en réservant la haute souveraineté de la SS. République. Le Sénat ayant accédé à leur demande, ils constituèrent, en 1378, une société sous le nom de Maona, et chacun d'eux prit le titre de gouverneur de la Corse (*).

A la tête de mille soldats, ils débarquèrent dans l'ile, où les attendait déjà un parti de mécontents. Ils ne firent pas grand'chose, ou plutôt ils furent réduits par le brave Arrigo à une telle extrémité, qu'ils songèrent bien vite à traiter avec leur ennemi. Arrigo accepta leurs ouvertures, mais bientôt après, se voyant trompé par eux, il prit de nouveau les armes et les battit dans un combat sanglant, à la suite duquel la Maoïia fut chassée du pays (1379).

Une expédition que Gênes fit plus tard fut plus heureuse. Arrigo, obligé de s'expatrier pour la seconde fois, se rendit de nouveau en Espagne pour demander l'appui du roi Jean d'Aragon, qui s'empressa de lui donner deux galères et quelques troupes.

Après deux années d'absence, le Corse opiniâtre reparut dans- son pays ; il battit le gouverneur génois, Zoaglia, qu'il fit prisonnier, et soumit l'ile entière, à l'exception de Calvi et de Bonifacio (1394). La République envoya contre lui de nouveaux lieutenants et de nouvelles troupes ; mais sans résultat. Enfin ce que n'avait pu faire le glaive, le poison l'accomplit. Arrigo délia Rocca mourut subitement en 1401.

Gênes succombait à cette époque sous les coups du roi de France, Charles VL Les événements semblèrent alors vouloir prendre une autre direction. Mais ce moment fut

et s'appelaient Lodovico Tortorino, Andreolo Frugone, Belgodere Impériale et Leonello Lomellino.

(I) Voici la date que porte la copie précitée :

Fatlo in Genova nel Palazzo Ducale, cioè dote facevano consiglio, l'anno délia natività di Noslro Signore 1378, indUione 15, seconda il corso di Genova, giorno di Venerc, alli 27 di agoslo, hora di nona.

CHAIUTRE IX, 37

passager : le roi de France nomma comte suzerain de la Corse, Lionello Lomellino, ancien membre de la Maona. C'est ce même Lomellino qui, après avoir fondé Bastia, la ville la plus considérable de l'ile, y transféra du château de Biguglia le siège du gouvernement.

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