‹ Histoire des CorsesChapitre 175 sur 408 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

corsage à fleurs et le mandile élégamment noué autour des cheveux, un mandile blanc comme la neige et strié de fines bandes rouges qui se croisaient par trois. Maria Benvenuta me confia son secret, qui n'était d'ailleurs ignoré de personne, et babilla de tout, du vent et des vagues, et de la jolie musique que l'on entendrait au bal donné là-haut dans la vallée de Luri pour fêter son mariage. « Quelques mois encore et la noce aura lieu, la plus belle que la Corse ait jamais vue ! »

Voici le jour où Benvenuta doit quitter la maison maternelle ! Dès le matin on voit surgir à l'entrée de la plage une charmante travata, arc de triomphe verdoyant, orné de rubans bariolés. Les amis, les voisins, les parents sont tous là réunis sur la piazzetta pour former le corteo, ou cortège nuptial. Benvenuta est revêtue de ses plus beaux atours ; un jeune gars se présente à elle et lui reproche de vouloir quitter le lieu où enfant elle a grandi sous bonne garde, où elle n'a jamais manqué de corail, de fleurs et d'amis. « Mais puisque, dit-il, vous êtes décidée à partir, je viens au nom de ceux qui vous aiment former les vœux les plus sincères pour votre bonheur et vous dire adieu. » Benvenuta éclate en sanglots et offre au jeune homme un présent ; c'est un petit souvenir pour la commune. On mène alors devant la maison de Benvenuta un cheval richement caparaçonné ; elle y prend place, à côté d'elle se rangent de jeunes cavaliers en armes et couronnés de fleurs et de rubans, et le corteo passe sous l'arc de triomphe. Un jeune homme porte le freno^ symbole de fécondité : c'est une quenouille dont l'extrémité supérieure est entourée d'un grand nombre de fuseaux ; elle est ornée de rubans de diverses couleurs et surmontée d'une écharpe flottante en guise de bannière. Ce freno à la main, le frinero, joyeux et fier, précède le cortège.

On approche de Campo, où habite le fiancé ; c'est chez lui qu'on va conduire Benvenuta. A l'entrée du village s'élève

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aussi une magnifique travata. Un jeune homme se présente; il tient haut clans sa main une branche d'olivier enrubannée qu'il offre à Benvenuta en lui adressant un discours plein de belles maximes. Cependant de l'escorte de la jeune fille se détachent deux fringants cavaliers ; ils s'élancent au galop vers la demeure du fiancé pour se disputer l'un à l'autre le vanto, c'est-k-dire l'honneur d'être le: premier à apporter à la future la clef de cette maison. La clef, symbolisée par une fleur, a été conquise par le cavalier le plus agile, qui revient au galop avec la fleur symbolique, et la remet à l'épousée. Le cortège poursuit sa marche. Les femmes et les jeunes filles se penchent à tous les balcons pour répandre sur la fiancée du riz, du blé et des fleurs ; elles jettent aussi des fruits de la saison parmi les passants, et tous ces dons gracieux elles les accompagnent de cris d'allégresse et de souhaits (c'est ce qu'on appelle les grazie). Et les mousquets tonnent de toutes parts et les cythares et les cornemuses ne cessent de se faire entendre. Gampo est en fête : partout les accords des violons au milieu des détonations, des cris et des carillons joyeux ; partout des fleurs, des grains de blé et de poussière brillante qui volent, et comme un bruit assourdissant d'hirondelles printanières et de gaies alouettes . qui traversent les airs en chantant ; et cela pour la petite Maria Benvenuta qui, assise là à la fenêtre, brode sur son fazzoletto toute cette poétique histoire.

Le vieux beau-père sort aussi de sa demeure, et dit d'un air grave au corteo étranger : « Étrangers, pourquoi ces armes ? Êtes-vous des amis ou des ennemis ? Accompagnezvous cette gentille dame, ou bien l'avez-vous enlevée ? Mais vous avez l'air de nobles et vaillants chevaliers. » Et le garçon d'honneur lui répond : « Nous sommes des hôtes amis et vous amenons cette charmante vierge, comme gage de notre amitié. Sur le rivage de Luri nous avons cueilli la plus

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