‹ Histoire des CorsesChapitre 176 sur 408 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

belle fleur pour l'ofl^rir à Campo en présent. — Soyez donc les bienvenus, mes chers hôtes, entrez clans ma maison, et prenez part à la fête. »

Ainsi parle le vieillard, et faisant descendre de cheval la jeune fille, il l'embrasse et la conduit dans sa demeure ; et l'heureux fiancé la serre aussi dans ses bras, pendant que la cetera à seize cordes et la cornemuse font entendre leurs accords joyeux.

Puis on se dirige vers l'église étincelante de cierges et parsemée de myrte odorant ; et lorsque le couple, solennellement uni, revient enfin à la maison nuptiale, il trouve dans la salle de fête deux sièges merveilleux. Les époux fortunés vont y prendre place, et une femme, souriant d'un air malin, s'avance vers eux en tenant dans ses bras une poupée en maillots et toute couverte de rubans. Elle dépose le poupon entre les bras de la mariée ; Benvenuta ne rougit nullement, mais elle prend l'enfant, l'embrasse de tout cœur, et lui met sur la tête un charmant petit bonnet phrygien orné de rubans bariolés. Après quoi, les parents embrassent lejenne couple et chacun d'eux lui répète le vieux dicton :

Dio vi dia buona fortuna, Tre di maschi e femmiii' una !

c'est-à-dire : que Dieu vous accorde la bonne chance d'avoir trois garçons et une fille ! Alors la mariée distribue de petits cadeaux à la famille de son époux, et le plus proche parent reçoit d'elle une petite pièce de monnaie. Puis viennent le banquet et le bal, où l'on danse la Cerca, la Marsiliana, et la Tarantella.

Suivront-ils des usages plus anciens, que l'on trouve cités dans les vieilles chroniques ? C'est ce que j'ignore. Autrefois un jeune parent de l'épousée la précédait dans la chambre

nuptiale. Il sautait sur le lit et s'y roulait à diverses reprises ; puis, il y faisait asseoir la jeune femme, lui dénouant avec la plus grande décence les rubans de sa chaussure. C'est ainsi qu'Anchise dénoua jadis les sandales de Vénus assise sur sa couche, comme nous le montrent d'antiques images. La- fiancée secouait alors gracieusement son pied mignon, et faisait rouler à terre ses petits souliers, puis elle offrait un petit cadeau en argent au jeune homme qui en avait délié les cordons. Bref, on s'amusera joliment à la noce de Benvenuta et l'on en parlera longtemps dans la vallée de Gampo. Telles sont les choses dont nous devisâmes gravement dans la petite chambre du batelier de Luri, et je connais même la berceuse avec laquelle Maria Benvenuta endormira son joli poupon.

NÂNNÂ

BERCEUSE CORSE (Dialecte du delà des monts) (i)

Ninninà, la mia diletta ; Ninninà, la mia speraiiza.

Sieti voi la mia barchella Che cammina cun baldanza, Quilla chi non terni venti, Ni tempesti di lu mari,

Addurmentati par pena;

Fate voi la ninninani.

Carica d'oru e di perli, Carica di merci e panni ;

(1) Dûdodô, ma chérie, — dododô, mon espérance, — vous êtes ma nacelle, — qui vogue à pleines voiles, — sans craindre ni les vents, — ni les tempêtes de la mer. — Endors-toi un tantinet, — faites, faites dodô.

Chargée d'or et de perles, — chargée d'étoffes et d'objets précieux, —

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