‹ Histoire des CorsesChapitre 189 sur 408 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Et la Moresca deviciiL toujours plus sauvage, — et l'un contre l'autre les deux corps de danse roulent impétueux, — semblables aux vagues mugissantes — poussées par la tempête contre les rochers.

Brave Colonna, point de faiblesse ! — Que ce soit pour eux une danse l\nièbre ! — Aujourd'hui notre liberté — doit sortir triomphante de la danse des glaives.

Nous voulons que les montagnes mêmes — de Vescovato s'ébranlent en cadence — et roulent sur tes armées, — o Gênes, pays maudit de Dieu !

(Les figures changent encore, et l'on danse enfin la dernière ée la RESA : c'est alors que le Sarrasin met bas les armes).

Lorsque, le 9 mai 1852, je vis la Moresca à Gênes, on la dansait en l'honneur de la constitution sarde, dont on célébrait l'anniversaire. Cette belle danse a une signification révolutionnaire en Italie : aussi est-elle défendue dans les États de la péninsule qui ne sont pas libres. Le spectacle était magnifique ; le peuple, avec ses costumes pittoresques, les femmes surtout, dans leurs longs voiles blancs, couvraient la place qui donne sur le port. Trente jeunes gars environ, portant des vestes blanches serrées à la taille, avec des écharpes vertes et rouges en sautoir, dansaient la Moresca au son des cors et des trompettes. Ils tenaient un drapeau dans chaque main, et sur des airs variés ils entrechoquaient leurs glaives en cadence. Cette Moresca semblait ne rappeler aucun fait historique.

Comme les Espagnols, les Bavarois et les Tyroliens, les Corses ont conservé les drames de la Passion, qui cependant sont devenus très rares. En 1808 un pareil spectacle fut donné entre autres à Orezza devant plus de dix mille personnes. Des tentes représentaient les maisons de Pilate, d'Hérode et

de Caïphe. Il y avait des anges et des diables qui sortaient par une trappe, La femme de Pilate était un jeune homme de 23 ans avec une barbe noire comme le jais. Le premier chef des gardes portait l'uniforme français à épaulettes d'or et d'argent, le second avait une tunique d'infanterie, et tous deux étaient décorés de la légion d'honneur. Le curé de Garcheto représentait Judas. Au commencement du spectacle, les assistants en vinrent aux mains, on ne sait trop pourquoi : ils se lancèrent des fragments de roches qu'ils détachèrent de leur amphithéâtre naturel. Alors Jésus, qui venait de faire son entrée, ne voulut plus jouer du tout et, plein de dépit, il se disposait à fuir cette terrestre vallée de larmes. Mais, empoigné par deux gendarmes, il fut reconduit de force sur la scène, et dut jouer malgré lui. C'est Robiquet qui, dans ses recherches historiques et statistiques sur la Corse, nous raconte cette plaisante histoire.

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