CHAPITRE X
au nom de Gênes la Terre de Commune, luttait sans résultats contre ses nombreux ennemis.
Vincentello débarque inopinément à Sagona ; comme son oncle, il marche aussitôt sur Cinarca, s'empare de Biguglia, réunit une assemblée populaire et s'y fait élire comte de Corse.
iTançois délia Rocca tombe tout d'un coup victime d'un assassinat. Sa sœur Violanta, une femme virile, prend les armes ; mais elle est vaincue par Vincentello. Bastia se soumet. Gênes envoie alors des troupes en toute hâte et, après une lutte de deux années, Vincentello est forcé de s'expatrier ; une partie des égoïstes seigneurs avaient fait cause commune avec les Génois.
Peu de temps après, Vincentello revient encore avec des troupes aragonaises et, pour la seconde fois, il arrache à Gênes l'ile entière, à l'exception des places fortes de Calvi et de Bonifacio.
A la suite de ces succès, le jeune roi Alphonse V d'Aragon, plus entreprenant que ses prédécesseurs, se décide à aller en personne, avec une flotte bien équipée, soutenir par les armes ses prétendus droits sur la Corse. Partant de Sardaigne (1420), il va mettre le siège devant Calvi ; cette ville génoise est forcée de capituler. Puis il fait voile pour Bonifacio et, pendant que les Corses de son parti assaillent du côté de la terre cette forteresse inexpugnable, il l'attaque avec sa flotte du côté de la mer.
Le siège de Bonifacio forme un brillant épisode au milieu de ces longues luttes. Il n'est pas moins remarquable par la bravoure des assiégeants que par l'héroïsme des assiégés. Ceux-ci, dévoués corps et àme à la République de Gènes, et d'origine génoise pour la plupart, restèrent inébranlables comme leurs rochers ; ni la faim, ni la peste, ni le feu, ni le glaive, ni leurs longues souffrances ne purent les faire plier. Tous les assauts furent victorieusement repoussés. Femmes, en-
fants, moines, prêtres, tous se tenaient en armes sur les remparts et combattaient à côté des citoyens. Pendant des mois ils luttèrent avec l'espoir d'un secours ; ils humilièrent profondément l'orgueil espagnol. Enfin, pris de lassitude, Alphonse s'en alla tout honteux, laissant à Vincentello le soin de continuer le siège. Mais les secours des Génois délivrèrent la ville épuisée et déjà à la veille de se rendre.
Vincentello revint alors sur ses pas ; mais comme, dans l'intervalle, Calvi était retombé au pouvoir des Génois, ces derniers pouvaient encore s'appuyer sur leurs deux places fortes. C'est pourquoi le roi Alphonse renonça à ses projets de conquête, et Vincentello, réduit à ses propres forces, perdit peu à peu du terrain. La République obtenait par la ruse beaucoup plus que par les armes, et les querelles des seigneurs empêchaient un soulèvement général.
Le parti génois était surtout considérable au Cap-Corse, où les da Mare étaient les seigneurs les plus puissants. Grâce à ce parti et aux Caporali, qui de tribuns du peuple étaient insensiblement devenus des tyranneaux, et avaient formé une nouvelle noblesse de race, Gênes battit son vaillant adversaire et le rejeta dans son fief de Cinarca. Vincentello tomba en partie par sa faute. Entrainé par sa nature voluptueuse, il avait enlevé une jeune fille de Bigugha. Cet acte de violence mit les armes aux mains des parents de la jeune fille et fit tomber la place au pouvoir de Simon da Mare. C'est alors que l'infortuné se décida à aller demander de nouveaux subsides à la cour d'Aragon. Mais Spinola, Zacharie, s'empara de la galère qui devait le conduire en Sicile et emmena le terrible ennemi de Gênes prisonnier devant le Sénat. Vincentello d'Istria eut la tête tranchée sur le grand escalier du palais ducal (1434). Le Chroniqueur dit de lui : « Ce fut un homme glorieux. »