CHAPITRE XI
Partis cor>ies et génois ; le Pape et le Roi d'Aragon ; le peuple, réduit au désespoir, se livre à la Banque de Saint-Georges (14531 ; mauvaise administration de la Banque ; nouvelle révolte ; élévation et chute du génois Tomasino Fregoso, du lieutenant de François Sforza et du seigneur de Piomhino.
A la mort de Vincentello, les seigneurs se disputèrent le pouvoir, et l'on vit Simon da Mare, Giudice d'Istria, Rinaccio de Leca, Paolo délia Rocca prendre tour à tour le titre de comte de Coi. c. Les Adorno et les Fregoso, dont les rivalités avaient déchiré la république de Gènes, cherchèrent à l'envi à faire de la Corse un tief de leur famille, ce qui engendra de nouvelles guerres, de nouvelles calamités. Le peuple n'eut plus une année de trêve. Tous se tenaient constamment en armes pour l'attaque ou pour la défeii.-:e ; l'ile entière sans cesse ravagée par l'incendie, en proie à la révolte, à la guerre, saignait de tous côtés.
En l'année 1443 une partie du peuple, espérant que l'Eglise ferait taire les partis et rétablirait la tranquillité, offrit au pape Eugène IV la souveraineté de l'ile. Le pape envoya aussitôt des plénipotentiaires avec des troupes ; mais ils ne firent qu'augmenter la confusion.
Les Corses s'assemblèrent à Morosaglia et nommèrent le courageux et magnanime Mariano da Gaggio lieutenant-général. Mariano vainquit les féroces Caporali, les précipitade leurs tours escarpées qu'il détruisit en grand nombre, et proclama l'abolition de leur charge. Les Caporali appelé-
rent alors le génois Adorno, et le peuple se remit sous la protection du Saint-Siège.
Cependant, à Gênes, la famille Fregoso était arrivée au pouvoir ; Nicolas V, Génois lui-même et ami de cette famille, confia le gouvernement de la Corse à Lodovico Campo-Fregoso (1449), malgré l'opposition armée des insulaires commandés par Mariano da Gaggio. Enfin, pour rendre cette immense confusion encore plus grande, un vice-roi aragonais, Jacques Imbisora, vint à son tour demander la soumission de l'ile à l'Espagne.
Le peuple, réduit au désespoir, tint alors une assemblée au Lago Benedetto et prit la résolution fatale de se mettre sous la protection de la Banque de Saint-Georges. Cette société avait été tondée à Gênes en 1346 par des capitalistes qui prêtaient de l'argent à la Piépublique en recevant de cette dernière la garantie de certains revenus de l'Etat. Sur la proposition des Corses, Gênes céda l'ile à la Banque, et les Fregoso renoncèrent à leurs prétentions moyennant une indemnité pécuniaire. La compagnie de Saint-Georges recevait donc la Corse comme une possession placée sous la haute souveraineté du Sénat ; c'était en quelque sorte un domaine dont elle devait chercher à tirer le plus de revenus possible (1453).
Mais il se passa bien des années avant qu'elle parvint à se rendre maîtresse du pays. Les seigneurs ultramontains, soutenus par l'Espagne, lui opposèrent une résistance opiniâtre, et les gouverneurs de la Banque furent envers eux d'une sévérité inexorable. Beaucoup de têtes tombèrent; les nobles partirent en grand nombre pour l'exil et se groupèrent autour de Tomasino Fregoso, homme remuant qui, depuis que son oncle Lodovico était devenu doge, songeait sérieusement à soutenir les anciennes prétentions de sa famille. Fregoso arriva en Corse en compagnie des émigrés ; il attaqua et défit les troupes de la Banque, puis, proclamé comte de Corse, il se rendit maitre d'une grande partie du pays.