‹ Histoire des CorsesChapitre 205 sur 408 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

importe beaucoup h nos ennemis.... Le roi et la reine m'ont bien accueilli. Les ministres sont venus me voir. Cette réception a déplu à quelques ministres étrangers : j'apprends qu'ils ont adressé ici des réclamations à la Cour. J'ai promis d'aller dimanche visiter à la campagne le duc de Glocester, qui est très bien disposé pour nous. J'espère être bientôt à même de secourir ceux des nôtres qui se trouvent avec vous, pourvu que Vienne me seconde un peu. Les Anglais vont entrer en scène ; ils connaissent maintenant l'importance de la Corse. Le roi m'en a parlé beaucoup ; il s'est exprimé sur mon compte avec une bonté dont j'ai été confus. L'accueil qu'on m'a fait à la Cour m'a presque attiré la colère des hommes de l'opposition ; quelques-uns d'entre eux ont commencé à lancer des satires contre moi. Pour les exciter davantage, mes ennemis disaient d'un air mystérieux que j'avais vendu ma patrie ; qu'avec l'argent des Français j'avais acheté un domaine en Suisse ; que les Français respectaient nos biens ; que je machinais avec ces ministres parce qu'ils étaient eux aussi vendus à la France. Mais je crois que maintenant tout le monde est détrompé ; et chacun approuve la résolution que j'ai prise de n'entrer dans aucun parti, et de favoriser au contraire tout ce qui me semble propre à amener une entente générale, sans que personne ait à faire le sacrifice de ses intérêts particuliers.

Adressez-moi une liste exacte de tous ceux de nos amis qui se sont expatriés, et dites-moi quelle est la dépense nécessaire ; envoyez-moi aussi des nouvelles de la Corse. Il faut que les lettres me soient adressées sous le couvert d'un ami ; autrement, elles ne m'arriveront pas. Je suis en parfaite santé. Jusqu'à présent ce climat me semble bien doux.

La campagne est ici toujours verte. Il faut la voir pour se faire une idée des charmes du printemps ; le sol de l'Angleterre a les douces ondulations de la mer agitée par une fai-

ble brise. Bien. que les hommes soient ici livrés aux passions des partis politiques, ils travaillent ensemble comme s'ils vivaient en parfaite harmonie : ils sont humains, raisonnables, généreux en tout, et heureux sous une constitution on ne peut meilleure. Cette ville est un monde : elle est certainement la plus belle qui existe. On dirait qu'à chaque instant son fleuve lui amène une flotte ; je crois que Rome n'a été ni plus grande, ni plus riche. Mais ce qui se compte par pauls chez nous, se paie ici par gidnées, c'est-à-dire par louis. J'ai écrit pour une remise d'argent ; je n'ai pas voulu en entendre parler pour moi avant d'être fixé sur ce qu'on réserve aux autres ; je sais que ce gouvernement est dans de bonnes dispositions à notre égard. S'il ne peut rien faire pour le moment et qu'il soit forcé de temporiser, il sera prêt à la première guerre. Je vous salue tous ; vivez contents, et ne vous préoccupez pas de moi.

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