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CHAPITRE VIII

dans son village. Le curé de Guagno continua à mener dans les montagnes son existence vagabonde, car il voulait rester libre ; et lorsque tous ses compagnons Teurent abandonné, de pauvres chevriers prirent soin de lui. Un jour on le trouva mort dans une grotte : fatigué, triste, mais libre, il avait rendu son âme au Seigneur. Giuseppe Ottaviano Savelli, proche parent de Paoli et ami d'Alfieri, a célébré la mémoire du curé de Guagno dans une poésie latine qui a pour titre Virnemoris, l'homme des bois.

A cette époque les Corses émigrés en Italie tentèrent plusieurs fois de débarquer dans leur île, à l'exemple de Vincentello, Renuccio, Giampolo et Sampiero, pour la délivrer du joug de l'étranger. Jamais ils ne réussirent. Un grand nombre furent jetés dans les cachots, d'autres traînés sur les galères de Toulon, comme des Ilotes révoltés. Abbatucci, l'un des derniers défenseurs de l'indépendance de son pays, faussement accusé de haute trahison, fut condamné à être marqué à Bastia par la main du bourreau. Lorsqu'il fut sur l'échafaud, l'exécuteur n'osant lui appliquer le fer rouge, « Fais ton devoir ! » lui cria un juge français. Le bourreau se tourna vers le juge en lui présentant le fer comme s'il voulait le marquer lui-même. Plus tard Abbatucci fut réhabilité.

Marbeuf succéda dans le commandement de la Corse au comte de Vaux. Son administration fut bienfaisante : les anciens Statuts furent conservés, les Douze rétablis, et les abus de la justice réprimés. Le pays était dans un complet dénûment : on tâcha de relever son industrie et son agriculture. Après avoir gouverné la Corse pendant seize ans, Marbeuf mourut à Bastia en 1786.

Lorsque la Révolution française éclata, on perdit de vue les intérêts de l'île, emportés par la grande tourmente, et les Corses, ardents amis de la liberté, se jetèrent avec enthousiasme dans le nouveau courant. Le député Saliceti

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proposa d'incorporer la Corse à la France, pour que son pays pût jouir de la libre constitution que cette dernière venait de se donner. Gela se fit, en effet, par décret de l'assemblée constituante du 30 novembre 1789, et c'est avec le plus grand enthousiasme que l'Ile entière salua la nouvelle de cet heureux événement. Le changement, le contraste étaient bien singuliers : la même France qui, vingt ans auparavant, avait envoyé ses troupes pour anéantir la liberté des Corses, venait d'élever leur constitution sur le trône de ses rois.

La Révolution trouva Paoli en exil. Il était d'abord allé en Toscane, puis à Londres où on l'avait accueilli avec honneur. Paoli s'était rendu en Angleterre sans bruit : le noble citoyen, qui avait devancé l'Europe dans la nouvelle carrière, disparut paisiblement dans sa modeste maison d'Oxford-street. Il ne fit point de pompeuses déclamations. Il ne savait qu'agir virilement, et quand il fut condamné à l'inaction, il garda un silence plein d'une noble fierté. Un élève de l'école de Corte ne lui avait-il pas dit un jour : « Si l'on pouvait conquérir la liberté par des paroles, tout le monde serait libre ? » Lorsque Napoléon, à bord du Bellérophon, demandait un asile à l'Angleterre, et cherchait ainsi, en véritable Corse, son dernier refuge dans les droits de l'hospitalité, il se comparait àThémistocle se mettant sous la protection de l'étranger. Napoléon n'avait pas le droit de se comparer au grand citoyen de la Grèce : ce Thémistocle errant, c'était Paoli.

Voici deux lettres de cette époque :

PAOLI A SON FRÈRE CLÉMENT (qui était resté en toscane)

Londres, 3 octobre 1769. — Je n'ai pas encore reçu de vos lettres. Je crains qu'elles ne soient interceptées, car cela

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