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CHAPITRE Vin

ont eu l'occasion de vous connaître. Telle est la récompense de la vertu, dans quelque situation qu'elle se trouve. Soyez assuré que je prendrai toujours une part sincère à la vôtre.

Le motif de votre voyage en Angleterre était une conséquence naturelle de vos principes envers votre Patrie. Il ne manque à la bonté de votre cause que des circonstances heureuses. Les intérêts naturels de notre empire étant aussi liés qu'ils le sont avec ceux de la Grande-Bretagne, l'amitié réciproque des deux Nations qui en résulte, l'accueil que mes flottes en ont reçu, celui que mes vaisseaux dans la Méditerranée et le commerce de la Russie auraient à attendre d'un peuple libre et ami des miens, sont des motifs qui ne sauraient que vous être favorables. Aussi pouvez-vous être assuré. Monsieur, que je ne négligerai point les occassions qui pourront se présenter de vous rendre tous les bons offices que les conjonctures pourront permettre.

Les Turcs m'ont déclaré la guerre la plus injuste qui fût peut-être jamais. Je ne puis dans ce moment que me défendre. La bénédiction du ciel qui a accompagné jusqu'ici la bonté de ma cause, et que je prie Dieu de me vouloir bien continuer, démontre assez que la justice n'est pas longtemps oppressée ; et que la patience, l'espérance et le courage viennent h bout, dans le monde, des choses les plus difficiles. Je reçois avec plaisir, Monsieur, les assurances d'attachement que vous voulez bien me donner, et je vous prie d'être sûr de l'estime avec laquelle je suis

Catherine.

Après vingt ans d'exil, passés à Londres, Paoli fut enfin rappelé. Les Corses lui envoyèrent une députation, et l'Assemblée Nationale française lui écrivit elle-même pour l'inviter à revenir.

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Le 3 avril 1790, il arriva pour la première fois à Paris. Il y fut acclamé comme le Washington de l'Europe. Lafayette était toujours à ses côtés. Il se rendit à l'Assemblée Nationale où de chaleureux applaudissements et de magnifique discours saluèrent sa présence. Il parla lui-même en ces termes (i) :

« Messieurs, ce jour est le plus heureux, le plus beau de ma vie : je l'ai passée à rechercher la liberté, et j'en vois ici le plus noble spectacle. J'avais quitté ma patrie asservie, je l'ai retrouvée libre, je n'ai plus rien à souhaiter. Je ne sais, depuis une absence de vingt ans, quel changement l'oppression aura fait sur mes compatriotes. Il ne peut être que funeste, car le joug avilit toujours. Mais vous venez d'ôter aux Corses leurs fers : vous leur avez rendu leurs vertus premières. En retournant dans ma patrie, mes sentiments ne peuvent vous être douteux. Vous avez été généreux pour moi, et jamais je n'ai été esclave. Ma conduite passée, que vous avez honorée de votre suffrage, vous répond de ma conduite future. J'ose dire que ma vie entière a été un serment à la liberté ; c'est déjà l'avoir fait à la constitution que vous établissez. Mais il me reste à le faire à la nation qui m'a adopté, et au souverain que je reconnais ; c'est la faveur que je demande à l'auguste assemblée nationale. »

Au club des Amis de la Constitution, Robespierre dit à Paoli :

« Il y eut un temps où nous cherchions à opprimer la liberté dans son dernier asile... Mais non ! ce fut là le crime du despotisme;... le peuple français l'a réparé. Quelle magnifique expiation pour la Corse conquise et pour l'huma-

(l)Nous reproduisons son discours d'après le Monileur du 24 avril 1790.

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