‹ Histoire des CorsesChapitre 208 sur 408 · CHAPITRE VHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHI

nité outragée ! Généreux citoyens ! Vous avez défendu la liberté à une époque où nous n'osions pas môme l'espérer. Vous avez souffert pour elle ; vous triomphez avec elle, et votre triomphe est le nôtre. Unissons-nous pour la conserver toujours, et que ses lâches ennemis pâlissent d'épouvante à la vue de cette sainte confédération ! »

Paoli ne prévoyait point alors dans quelle situation les événements le placeraient bientôt vis-à-vis de la France, qu'il aurait encore une fois à combattre les armes à la main. Il partit pour la Corse. Arrivé à Marseille, il trouva une autre députation de ses compatriotes, parmi lesquels étaient deux jeunes chefs du club d'Ajaccio, les frères Joseph et Napoléon Bonaparte. C'est au Cap-Corse qu'il toucha de nouveau le sol de la patrie ; il le baisa en pleurant. On le conduisit en triomphe de canton en canton, et partout le Te Deitm fut chanté en son honneur.

Nommé président de l'assemblée départementale et général commandant la garde civique de la Corse, Paoli se consacra tout entier aux affaires de son administration. En 1791, on l'investit du commandement en chef de la division et de l'île.

L'intérêt particulier de la Corse s'était tu un instant devant la Révolution française. Mais il ne tarda pas à faire entendre sa voix, surtout dans le cœur de Paoli, dont la vertu maîtresse fut toujours le patriotisme. Il ne pouvait devenir Français, oublier que son peuple était naguère indépendant et régi par ses propres lois. Aussi eut-il bientôt des rapports assez tendus avec quelques chefs de parti, dont les uns, comme Gaffori, Rossi, Peretti et Buttafuoco étaient aristocrates et penchaient pour la monarchie française, d'autres, tels que les Bonaparte, Saliceti et Arena, étaient de fougueux démocrates et ne voyaient le bonheur du

monde que dans le tourbillon révolutionnaire où la France se laissait alors entraîner.

Par l'exécution du roi et les sauvages folies des démagogues, Paoli se sentit atteint dans ses principes humanitaires. Il se détacha peu à peu de la Révolution ; la rupture devint publique lorsque la France lui attribua l'insuccès de la malheureuse expédition de Sardaigne.

Accusé, ainsi que le procureur syndic Pozzo-di-Borgo, d'avoir voulu séparer la Corse de la France, il fut mandé à la barre de la Convention. Il refusa d'obéir. Dans un manifeste plein de dignité, il repoussa l'accusation, et se plaignit en même temps de se voir traiter en criminel à la fin de sa carrière, qui n'était qu'un long sacrifice à la liberté.

Un Paoli devait-il, en effet, se soumettre à des braillards, à des comédiens ? Fallait-il que le noble héros allât poser sous le couteau de l'infamie sa tête vénérable ? Telle aurait donc été la fin d'une existence si largement, si noblement remplie ?

Ce refus amena Paoli et les Paolistes à se séparer effectivement de la France. La Convention envoya des commissaires en Corse et, sur leur rapport, elle déclara le général coupable de haute trahison et hors la loi. L'île entière se divisa en deux camps ennemis, les Républicains et les Patriotes, et les deux partis en vinrent bientôt aux mains.

Paoli résolut de mettre son pays sous la protection de l'Angleterre ; rien, en effet, ne devait lui tenir plus à cœur. Il se concerta avec l'amiral Hood qui se trouvait devant Toulon ; et cet officier partit pour la Corse avec ses vaisseaux. Le 2 février 1794, il débarqua près de Saint-Florent. Après une violente canonnade, cette place se rendit aux Anglais. Bastia tomba aussi en leur pouvoir à la suite d'une capitulation signée par le général Antonio Gentili. Mais Calvi, qui dans les siècles passés avait bravement soutenu tant d'as-

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