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CHAPITRE XI

En 1464, Gènes tomba au pouvoir de François Sforza, duc de Milan, et une puissance avec laquelle la Corse n'avait jamais rien eu à démêler se considéra tout à coup comme souveraine de Vile. Les Corses préféraient aux Génois tout autre maître ; ils s'assemblèrent à Biguglia et prêtèrent avec joie le serment d'obéissance entre les mains du capitaine milanais Antonio Cotta. jMais une petite discussion qui surgit dans cette même assemblée mit de nouveau tout le pays en feu.

Quelques paysans du Nebbio ayant eu une rixe sanglante avec les gens des seigneurs ultramontains, le commandant milanais avait immédiatement fait punir les coupables. Blessés dans leurs droits par cet acte de souveraineté, les seigneurs sautent à cheval et, pleins de rancune, ils rentrent silencieusement dans leurs domaines. Des deux côtés on se prépare à la guerre. Afin de détourner ce fléau, les habitants de la Terre de Commune s'assemblent dans la Casinca ; ils choisissent pour vicario un descendant du premier législateur Cor^c, Sambucuccio d'Alando, et lui donnent pleins pouvoirs pour ramener, par tous les moyens possibles, la tranquillité dans le pays. Cette dictature inspire une terreur salutaire. Tous lui obéissent et la paix n'est point troublée.

Une nouvelle assemblée envoya ensuite l'énergique Sambucuccio et d'autres Corses en députation à Milan pour exposer au Duc (*) le véritable état des choses et le prier de rappeler Cotta. Ce dernier fut, en effet, remplacé. Mais Amelia, son successeur, valait moins que lui. Sa conduite causa une guerre de plusieurs années.

Au milieu de ces tourmentes, la démocratique Terre de Commune, entourée de tous côtés par les seigneurs, se maintint une et compacte, comme une ile dans l'Ile, et resta, à proprement parler, l'expression invariable du

{{) Galéas (1430-1476).

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peuple corse. En effet, depuis environ deux siècles, nous n'avons rien vu d'important se passer dans l'ile sans la participation de l'assemblée populaire {veduta) et nous avons déjà fait remarquer comment le peuple nommait lui-même ses comtes et ses vicaires.

Au plus fort de la lutte entre les Corses et les Milanais, Thomas Fregoso se rendit au camp des insulaires pour y tenter de nouveau la fortune des armes. Il fut battu et envoyé à Milan comme prisonnier de guerre ; mais, chose curieuse ! en 1480 il retourna en Corse bien et dûment pourvu de diplômes qui lui attribuaient la souveraineté de l'ile. Son administration, ainsi que celle de son fils Janus, fut extrêmement cruelle ; elle ne put être de longue durée, bien que les Fregoso se fussent unis par des liens de parenté avec Giampolo da Leca, l'homme le plus considérable du pays.

Cependant le peuple élut pour chef Rinuccio da Leca, qui offrit la Corse en toute souveraineté à Appien IV, seigneur de Piombino, à condition qu'il y enverrait assez de troupes pour la délivrer de ses tyrans. Quelle était donc misérable la condition de ce peuple, qui tendait les bras vers toutes les puissances, appelant chez lui les despotes du dehors, et augmentant ainsi de tyrans étrangers le nombre de ses propres tyrans ! Comme le seigneur de Piombino possédait déjà une partie de l'ile d'Elbe, l'offre de Rinuccio lui sourit. En conséquence, il envoya en Corse, avec une petite armée, son frère Gherardo di Montagnara, jeune homme aux manières séduisantes et à la mise théâtrale. Gherardo arriva avec des vêtements d'un grand prix, une suite splendide, des chevaux magnifiques, des chiens, des bateleurs et des musiciens ambulants. On aurait dit qu'il voulait conquérir l'ile au son de la musique. Les Corses, qui avaient à peine le pain de chaque jour, le regardèrent ébahis, comme une créature étrange ; ils le conduisirent au Lago Benecletto, au sein de leur assemblée, et, avec des cris de joie, ils le proclamé-

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rent comte de Corse (1483). Les Fregoso perdirent courage et, renonçant bientôt à la lutte, ils vendirent pour deux mille écus d'or à la Banque de Saint-Georges tous leurs droits de souveraineté. La Banque se prépara alors à soutenir une lutte énergique contre Glierardo et Rinuccio. Ce dernier fut battu. Cette défaite effraya tellement le frère du seigneur de Piombino, qu'il partit de l'Ile en toute hâte et d'une façon moins théâtrale qu'il n'était arrivé, renonçant à toute tentative ultérieure.

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