‹ Histoire des CorsesChapitre 226 sur 408 · DU NEBBIO A L'ILE-ROUSSE · texte numérisé non relu

DU NEBBIO A L'ILE-ROUSSE

Si, partant de Rastia, on franchit la Serra qui continue la chaîne de montagnes du Cap-Corse, on arrive dans le Nebbio, sur la côte opposée. Pendant une heure, on gravit le Monte-Rello, par une route excellente, et la vue domine à gauche la plaine de Furiani et de Biguglia ainsi que le vaste étang où débouche la rivière du Bevinco. Dès qu'on atteint le col de Tegghime, on aperçoit la mer des deux côtés. Alors la route s'incline vers l'occident, la côte orientale disparaît, et devant les yeux éblouis se déroule une immense nappe d'un sombre azur, bordée de roches basses, presque nues, aux teintes rougeâtres, aux dentelures bizarres : c'est le golfe de Saint-Florent. Le spectacle est grandiose, surprenant, méridional.

Sur le penchant de la montagne s'élève le noir Barbaggio ; la voiture passe auprès du village en traversant des bois de châtaigniers et d'oliviers. Cette grande route fut ouverte par le général Marbeuf, et le soldat Bernadotte y a travaillé. Comme nous le fait observer le conducteur, elle décrit un M gigantesque.

Nous approchons du beau golfe, qui semble sourire avec sa rouge couronne de paisibles rivages. Les anciens disaient

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des eaux rayonnantes de la mer : « elles rient ; )) et l'image est juste. « 0 toi, s'écrie Eschyle, rire infini de la joyeuse mer ondoyante ! » Le golfe sourit par ses flots innombrables d'un bleu pourpré, et près de lui sourit également un frais vallon, où parmi des milliers de lauriers-roses couverts de fleurs rouges, serpente un alerte ruisseau. Chez nous, les cours d'eau s'égaient de quelques bouquets d'aunes et de saules qui se penchent sur leurs rives ; dans ce beau midi, ils étalent une riche parure de lauriers-roses.

Ce pays est presque inculte. On y trouve parfois des maisonnettes abandonnées, enfouies sous le lierre qui pend en festons au-dessus des portes et des fenêtres. Les sylphes en ont peut-être fait maintenant leur demeure ; et ces petites créatures doivent bien ricaner lorsqu'un furtif rayon de soleil ou de lune, se glissant par les verts barreaux du feuillage, vient les surprendre au milieu des espiègleries qu'elles nous préparent dans l'ombre. Qui sait si les hommes qui les habitaient autrefois n'ont pas été mêlés à quelque drame sanglant et cruel, s'ils n'ont pas fui loin de leur demeure, chassés par les Barbaresques, par les Génois, ou par la Vendetta ?

Sur le rivage s'élève çà et là quelque vieille tour.

Plus on approche de Saint-Florent, plus la contrée devient pittoresque. A droite s'étend le golfe dans toute sa majesté, à gauche dans un fond lointain surgit l'amphithéâtre des montagnes qui descendent vers la mer. Ce sont les fiers sommets du col de Tenda, au pied desquels les Corses battirent autrefois les Romains. Ils environnent le Nebbio de toutes parts, excepté vers Saint-Florent, l'unique ouverture de cet immense amphithéâtre. C'est un pays montueux et très sec, mais riche en vin, en fruits, en olives et en châtaignes. On l'a regardé de tout temps comme une forteresse naturelle. Aussi, les conquérants de la Corse essayèrent-ils toujours d'y pénétrer, et y livrèrent-ils d'innombrables combats. Le Nebbio forme de nos jours quatre cantons ou pièves, qui

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