‹ Histoire des CorsesChapitre 227 sur 408 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sont : Saint-Florent, Olctla, Murato et Santo-Pietro-di- Tenda.

Nous arrivâmes à Saint-Florent à l'heure brûlante de midi. C'est une petite ville qui compte à peine 600 habitants ; mais elle est magniiiquement située sur l'un des plus beaux golfes de la Corse ; et derrière elle s'étend la seule vallée du Nebbio qui ait quelque importance, le val d'Aliso, arrosé par le cours d'eau du môme nom. La rivière rampe à travers des marécages qui empestent la contrée. Sur ses rives j'aperçus un palmier-éventail solitaire : au milieu de cette atmosphère enflammée, il donnait au paysage un caractère tropical. Des femmes et des enfants babillaient assis autour d'une citerne et près de leurs vases d'airain, tableau de genre où le palmier était bien à sa place. La plupart des plages qui bordent les golfes de la Corse ont un aspect oriental rappelant en partie Homère et en partie l'Ancien Testament.

Il ne faut pas plus d'un quart d'heure pour parcourir la petite ville. Un fortin, avec une tour surmontée d'une coupole et ressemblant plutôt à une mosquée qu'à une citadelle, protège le port. Il y avait à l'ancre quelques barques de pêcheurs. Ce golfe, l'un des plus beaux de la Méditerranée, semble tellement désigné pour un grand port de relâche, qu'on est tout surpris de le voir désert. Voici ce qu'en dit Napoléon dans les mémoires d'Antommarchi : ce Saint-Florent est l'une des situations les plus heureuses que je connaisse : c'est la plus favorable au commerce. Elle touche à la France, elle confine à l'Italie ; ses atterrages sont sûrs, commodes, peuvent recevoir des flottes considérables : j'y eusse fait une ville grande, belle, qui eût servi de capitale. »

D'après Ptolémée, c'est sur le golfe que se trouvait l'antique Cersimum. Au moyen-âge, il y avait à cette place la ville de Nebbio, dont les débris gisent à un demi-mille de Saint-Florent. On voit sur une colline l'ancienne cathédrale des évêques du Nebbio, en partie ruinée, mais encore im-

posante. Cette église, autrefois consacrée à VAssunta, est dans le style des basiliques pisanes, et peut remonter au Xlle ou même au Xle siècle. Près de là sont les ruines de l'évêché. Ces évêques, qui s'intitulaient comtes du Nebbio, n'étaient pas moins belliqueux que les plus fiers seigneurs : ce n'est qu'armés du glaive qu'ils se présentaient à l'assemblée populaire de la Terre de Commune; pendant qu'ils célébraient la messe, ils posaient, dit-on, deux pistolets chargés sur l'autel. La ville a disparu, ainsi que les évêchés corses d'Accia et de Sagone. On trouve de ce côté beaucoup de médailles romaines, souvent même d'antiques urnes funéraires.

Là s'éleva plus tard Saint-Florent qui en 1483 se donna à la Banque de Gênes. G'e;st l'une d-.^s premières localités de l'île qui aient rendu cet hommage. Aussi la ville jouissait-elle d'un grand nombre de privilèges. Chaque année la Banque lui envoyait un Castellano ou Podestà, chargé, avec quatre Consuls, d'administrer la justice. Le château de Saint-Florent a souvent joué un rôle considérable dans les guerres corses.

Après avoir mangé d'excellent poisson rôti qu'on venait de pêcher dans le golfe, je poursuivis mon voyage. Pendant quelque temps la route s'éloigne de la mer pour s'élever vers la montagne. Jusqu'à la Balagne et à l'Ile-Bousse c'est une côte stérile. Des quartiers de roches lancés par les forces plutoniques couvrent les pentes abruptes de blocs gigantesques ou de petits fragments, schistes, calcaires, granits.

La culture même de l'olivier et du châtaignier est ici fort restreinte ; mais l'olivier sauvage (ogliastro) envahit les collines, et l'arbousier, le romarin, le myrte et la bruyère pullulent partout. Le soleil de juillet avait roussi les arbustes ; la couleur de leurs feuilles d'un brun rougeâtre, la teinte grise des massifs d'oliviers et les débris de rocs qui jonchaient le sol donnaient au paysage une mélancolie profonde. On n'entendait pas chanter un oiseau ; l'atmosphère embrasée

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