CHAPITRE XII
du Nebbio, de Morosa^'lia les Corses accoururent en loule sous sa l)annière. En peu de temps, il réunit 7,000 fantassins et 200 cavaliers, et cette force imposante remplit la Banque de terreur. Gênes envoya alors dans l'ile un capitaine éprouvé, Ambrosio Negri, qui sut, en caressant les partis et en semant la discorde dans leur sein, s'attacher quelques amis de Giampolo et notamment le hardi llinuccio délia Rocca, membre de la noblesse. L'armée de Giampolo se fondit en un clin d'œil ; ce qui lui resta de troupes fat défait à la Focc al Sorbo. Comme son fils Orlando avait été fait prisonnier, il conclut avec Negri un traité, qui lui permettait de sortir librement de l'ile. Accompagné de cinquante Corses, il se rendit de nouveau en Sartlaigne (1501), où il termina sa vie dans l'amertume de l'exil.
Rinuccio délia Rocca avait été l'une des principales causes delà chute de Giampolo. Mais, reconnaissant bien vite (jue la Banque de Gènes poursuivait invariablement le but de détruire dans ses derniers vestiges et pour toujours la puissance des seigneurs, la plupart ultramontains, et que son tour viendrait bientôt aussi, le chef de l'altière famille des Cinarca prit subitement les armes (1502). La lutte fut courte et heureuse pour Gènes. Le gouverneur de la Corse était alors un Doria. Les membres de cette famille se sont toujours distingués par leur énergie et leur cruauté inexorable ; grâce à eux la noblesse insulaire fut endn abattue. Nicolas Doria imposa à Rinuccio de dures conditions : ce dernier s'obligeait à se fixer dans la ville de Gènes avec sa femme et ses enfants.
Cependant Giampolo était toujours en Sardaigne et la République, qui le craignait par dessus tout, essaya plus d'une fois de s'arranger avec lui à l'amiable. D'un autre côté, son fils Orlando, qui venait de s'évader de la 7'uur de Gènes et de se réfugier à Rome, le pressait vivement de s'arracher à sa muette inaction. iMais Giampolo n'écouta ni les prières de son fils, ni les suggestions de la Républi- «lue. Il persista dans son silence.
4S HlSTOIRlî DES CORSHS
Tout à coup Rinuccio disparut de Gênes. Laissant à la merci de ses ennemis sa femme et ses enfants, il était allé en Sardaigne à la recherche de Giampolo, qu'il avait autrefois précipité dans le malheur. Giampolo refusa de le recevoir ; il ne voulut pas non plus se rendre aux supplications de ses compatriotes, qui l'appelaient de tous côtés. Sur ces entrefailes, son fils fut assassiné par ses propres parents, et le vice-roi, ayant fait arrêter les assassins, voulait les faire exécuter sur-le-champ, pour donner à Giampolo un gage de son amitié. Mais le magnanime Giampolo pardonna aux assassins de son fils et implora même leur liberté.
Alors Rinuccio réunit dix-huit hommes résolus et débarque avec eux dans l'ile. Le sort cruel réservé à ses enfants, qu'on avait, immédiatement après sa fuite, jetés dans un sombre cachot, n'avait pu le retenir. Nicolas Doria va à sa rencontre et le bat dans un premier engagement ; puis, afin d'ébranler sa résolution, il fait trancher la tête à l'ainé de ses fils et menace de tuer également le plus jeune ; les larmes et les supphcations de l'enfant empêchèrent seules ce nouveau méfait. Battu partout, finfortuné R.inuccio s'enfuit en Sardaigne, et de là en Espagne. Doria déchaîna alors sa fureur contre les partisans de son ennemi fugitif : incendiant les villages, il en dispersa de tous côtés les habitants et rendit déserts dévastes territoires.
En 1507, Rinuccio revint. Il aimait mieux mourir que de subir, même de loin, la domination génoise. Cet homme indomptable, fopposé du taciturne et sensible Giampolo, n'amena avec lui que vingt combattants. Cette fois encore il fut attaqué par un Doria, par André, qui devint plus tard Dogedela Répubhque, et qui avait déjà servi en Corse sous son cousin Nicolas. L'historien Filippini ne dissimule pas les cruautés qu'André Doria commit dans cette courte campagne. Il parvint bientôt à soumettre Rinuccio et le força à s'embarquer une seconde fois pour Gênes avec un sauf-conduit. Lorsque le Corse arriva dans cette ville, le