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UNE FÊTE DE MAITRES-CHANTEURS

Le charme poétique de cette nuit devait se prolonger encore. A peine endormi dans ma petite locanda, je fus réveillé par des accords de cithares et une mélodie à plusieurs voix. On joua et on chanta pendant une heure devant ma maison. C'était une sérénade pour une fille qui y demeurait. On aurait dit un vocero mélancolique, et cette psalmodie au milieu des silencieuses ténèbres pénétra avec force dans mon cœur. On débuta par un solo, auquel se joignit une seconde voix, puis une troisième et enfin le chœur tout entier. C'était un récitatif dans le genre du ritornello italien, qui exprime aussi en notes presque lugubres un sentiment qui n'a rien de triste en soi. J'avais bien entendu ailleurs en Corse des nocturnes pareils, mais nulle part je ne leur avais vu cette ampleur et cette solennité. Il m'arrive parfois comme un écho de ce chant, et il y a un mot surtout, celui de speranza, dont l'accent plaintif retentit encore dans mon âme.

Le matin, j'entrai par hasard dans l'échoppe d'un vieux cordonnier, qui me dit être le joueur de cithare de la veille. Il me passa avec complaisance son instrument. La cetera corse a seize cordes, et ressemble à la mandoline ; mais elle est plus grande et sa table d'harmonie, au lieu d'être ronde, est un peu aplatie. On en fait vibrer les cordes au moyen d'un petit morceau de corne aiguisée. On l'a remarqué souvent : la classe des cordonniers cultive la musique et la

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