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CHAPITRE XIII. Ol

môme époque la Corse eut beaucoup à souffrir des incursions des Barbaresques ; pour s'en défendre, la Banque de St-Georges s'était vue obligée d'entourer l'ile entière de phares et de tours et de transformer en forteresse Portovecchio, village situé au sud de la côte orientale.

(( Après les guerres de Giampolo et de Rinuccio, la » Corse, dit le Chroniqueur, fut d'abord paternellement » gouvernée par la Banque de St-Georges et vit l'ordre et ;> la tranquillité reQeurir dans son sein. » L'administration de la Banque, qui subsista avec peu de changements lorsque la République reprit l'ile de ses mains, était la suivante. La Banque envoyait chaque année un gouverneur, qui résidait à Bastia ; ce gouverneur, auquel on adjoignait un Vîcario, docteur en droit, dirigeait l'administration et réunissait tous les pouvoirs civils et militaires ; il avait à Calvi, Algajola, Saint-Florent, Ajaccio, Bonifacio, Sartene, Vico, Cervione et Corte des lieutenants (luogotenenti), desquels ©n pouvait en appeler au gouverneur. Tous ces fonctionnaires se renouvelaient chaque année ou tous les deux ans. Pour protéger le peuple contre leurs empiétements, on avait étabU un Syndicat, qui recevait les plaintes contre les magistrats. Si la plainte était fondée, les actes incriminés pouvaient être cassés et les magistrats punis par la destitution. Le gouverneur lui-même devait aux syndics compte de ses actions. Les syndics étaient au nombre de six, trois plébéiens et trois nobles, qu'on prenait indistinctement parmi les Corses et les Génois. Dans les cas exceptionnels on faisait aussi intervenir des commissaires, qui ouvraient des enquêtes.

En outre, à chaque renouvellement de la magistrature suprême, le peuple avait le droit important de nommer les Douze, ou plutôt douze représentants pour le deçà des monts et six pour le delà. Les Douze défendaient les privilèges du peuple auprès du gouverneur ; sans leur consentement, les statuts de l'ile ne pouvaient recevoir aucune disposition nouvelle, aucun changement, aucune restric-

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tion ; les Douze envoyaient à Gênes un des leurs, avec le titre d'Oratore, pour défendre les droits du peuple devant le Sénat.

Le principe démocratique de la constitution des communes, des Pièves avec leurs Pères de la commune ou Podestats, ne fut point changé, et l'assemblée populaire elle-même (Veduta ou Consulta) fut maintenue. Le gouverneur convoquait ordinairement cette assemblée à Biguglia toutes les fois qu'une décision importante devait être prise avec l'assentiment du peuple.

On le voit, toutes ces institutions étaient essentiellement démocratiques ; elles laissaient au peuple sa liberté d'action, le faisaient participer au gouvernement, le soutenaient par des lois protectrices et mettaient un frein au despotisme des fonctionnaires. Aussi, en se comparant aux autres peuples de l'Europe, les Corses auraient eu lieu de se réjouir, de se croire même hautement privilégiés, si les lois eussent été réellement appliquées. Mais elles n'existaient que pour la forme. Comme nous le verrons dans les chapitres suivants, elles étaient illusoires. Gênes, par son gouvernement despotique et digne à jamais de la réprobation des hommes, s'appliquait à détruire la nationalité corse ; comme Venise, eUe commit la grande faute de détacher d'elle, par sa tyrannie, des provinces étrangères qu'elle aurait dû chercher à enchaîner par des bienfaits. C'est alors que la Corse lui opposa le plus brave de ses enfants, l'un des caractères les plus saillants du siècle.

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