‹ Histoire des CorsesChapitre 28 sur 408 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La (juerre continue pendant six années. Siège et prise de Bonifacio. Désaccord entre Sampiero et de Thermes ; le premier est rappelé en France. André Doria : son habileté; ses succès. Retour de Sampiero en Corse; défaite des Génois, des Allemands et des Espagnols. Traité de Cateau- Cambrésis {1559) ; la Corse est rendue aux Génois.

Cependant les Turcs assaillaient Bonifacio ; exaspérés par la résistance opiniâtre des habitants, qui se montrèrent dignes de leurs ancêtres du temps d'Alphonse d'Aragon, ils semaient autour d'eux le carnage et la dévastation. Le jour, la nuit, les Bonifaciens, hommes et femmes, se tenaient sur leurs remparts, bravant tous avec un égal héroïsme la faim, la fatigue et les projectiles ennemis. Sampiero parut à son tour devant la ville ; mais comme elle espérait être secourue, elle continua à lutter avec la même énergie, repoussant sans faiblir les attaques incessantes qu'elle avait à essuyer.

Les assiégés attendaient un de leurs concitoyens, du nom de Cattacciuoli, qu'ils avaient expédié à Gênes avec un message. Cattacciuoli revint effectivement pour annoncer à la ville l'arrivée d'un prochain secours ; mais il tomba entre les mains des Français. Ceux-ci en firent un traître et l'envoyèrent à Bonifacio avec de fausses lettres, qui étaient tout espoir de secours. C'est pourquoi, le commandant de la place ouvrit à l'ennemi cette ville indomptable, à la condition, cependant, qu'elle serait préservée du pillage et que la garnison

pourrait s'embarquer pour Gènes avec tous les honneurs de la guerre. Les braves défenseurs de Bonifacio étaient à peine sortis des murs de la ville, que les Turcs, en vrais barbares, foulant aux pieds leurs serments et les lois de l'humanité, fondirent sur les citoyens désarmés et commencèrent à les tailler en pièces. Sampiero eut toutes les peines du monde à protéger les survivants. Non content de cet acte de vengeance, Dragut demanda le pillage ; comme on ne voulut pas y consentir, il exigea une forte somme d'argent, que le maréchal de Thermes promit de payer, bien qu'il fût dans l'impossibilité de le faire. Dragut, irrité et gagné d'ailleurs par l'or de Gênes, s'embarqua pour l'Asie.

Après la chute de Bonifacio, les Génois ne possédaient plus en Corse que la place de Calvi « toujours fidèle. » Si donc ils voulaient sérieusement songer à reconquérir le reste de l'ile, ils n'avaient pas de temps à perdre.

L'Empereur avait promis des secours ; il mit à la disposition de la République quelques milliers d'Allemands et d'Espagnols. De son côté, Côme de Médicis fournit quelques troupes auxiliaires. Gênes put ainsi réunir une force considérable, et, pour assurer le succès de l'entreprise, elle confia le commandement suprême de cette armée à son plus célèbre général, à André Doria lui-même, plaçant Agostino vSpinola sous les ordres de ce dernier.

André Doria avait alors 86 ans. Les circonstances lui semblèrent tellement pressantes, que le vieillard n'hésita pas à accepter le commandement. C'est dans la cathédrale de Gênes, qu'il reçut des mains des sénateurs, des protecteurs de la Banque, du clergé et du peuple la bannière de l'expédition.

Le 20 novembre 1553, Doria débarqua dans le golfe de St-Florent et bientôt après les choses tournèrent à son profit. St-Florent, solidement fortifié par le maréchal de Thermes, tomba au pouvoir des Génois ; Bastia se rendit, et les Français cédèrent partout le terrain.

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