‹ Histoire des CorsesChapitre 29 sur 408 · CHAPITRE XV. o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. o

Sampiero, broiiillij avec de Tliermes, avait été rappelé à la cour de France ; mais il confondit ses calomniateurs et vit bientôt sa réputation briller d'un nouvel éclat : tous le considéraient comme l'àme de cette expédition, qui dépassait la faible capacité du maréchal de Thermes. Son esprit avait, en effet, des ressources inépuisables dans la petite guerre, offensive ou défensive. Sur le Golo il infligea à Spinola une sanglante défaite ; mais une blessure, qu'il reçut dans cette rencontre, le condamna pour quelque temps à l'inaction. Spinola en profita pour aller battre les Corses à Morosagha. Sans attendre la guérison de sa blessure, Sampiero reparut alors sur la scène, et dans la bataille de Tenda il triompha des Espagnols et des Allemands réunis (1554).

Pendant cinq années encore la guerre fut poursuivie avec le même acharnement. La Corse semblait à jamais assurée de la protection de la France, et commençait à se regarder comme une province française avec une organisation indépendante. Fru..>,ois II nommait Jourdan Orsini son vice-roi et, afin de rendre toute séparation désormais impossible, ce dernier proclamait au nom de son maître, dans une assemblée populaire, l'incorporation de File à la France ; le roi ne pouvait y renoncer qu'en renonçant à sa couronne. Ainsi, déjà à cette époque, la Corse semblait rattCsdiée à la monarchie française et séparée des états italiens, auxquels elle appartenait par sa nature. Mais cà peine le roi avait-il fait cette promesse solennelle que le traité de Cateau-Cambrésis vint renverser toutes les espérances (1550\

Par ce traité la France concluait la paix avec Philippe d'Espagne et les alliés de ce souverain et s'engageait à rendre la Corse aux Génois. En conséquence, les Français remirent entre les mains de Gènes toutes les places fortes qu'ilr. occupaient encore et rembarquèrent leurs troupes pour le continent. On avait donc, pendant six années entières, vainement souteiui une lutte à outrance; tant de

sang versé n'était qu'un jeu pour la politique ! Par une feuille de papier, par un traité de paix, les Corses se voyaient replongés dans leur ancienne misère, livrés sans défense à la rage de Gênes. Ce parjure, ce coup inattendu arracha au pays un immense cri de désespoir ; mais personne n'y prit garde.

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