CHAPITRE V
commettre), ces deux homjiies lurent proclamés, et rencontrèrent le vœu de la nation dont ils devinrent l'espoir. Le dépit secret, la rage que votre nomination fit dévorer à tous fait l'éloge de vos manœuvres et du crédit de votre ligue.
Arrivé à Versailles, vous fûtes zélé royaliste : arrivé à Paris, vous dûtes voir avec un sensible chagrin que le gouvernement que l'on voulait organiser sur tant de débris était le même que celui que l'on avait noyé chez nous dans tant de sang.
Les efforts des méchants furent impuissants ; la nouvelle constitution, admirée de l'Europe, est devenue la sollicitude de tout être pensant. Il ne vous resta plus qu'une ressource, ce fut de faire croire que cette constitution ne convenait pas à notre île, quand elle était exactement la môme que celle qui opéra de si bons effets et qu'il fallut tant de sang pour nous arracher.
Tous les délégués de l'ancienne administration, qui entraient naturellement dans votre cabale, vous servirent avec toute l'ardeur de l'intérêt personnel. L'on dressa des mémoires où l'on prétendit prouver l'avantage dont était pour nous le gouvernement actuel, et où l'on établissait que tout changement contrarierait le vœu de la nation. Dans ce même temps, la ville d'Ajaccio eut vent de ce qui se tramait; elle leva le front, forma sa garde nationale, organisa son comité. Cet incident inattendu vous alarma. La fermentation se communiquait partout. Vous persuadâtes au ministre, sur qui vous aviez pris de l'ascendant pour les affaires de Corse, qu'il était urgent d'y envoyer votre beau-père, M. Gaffori, avec un commandement ; et voici M. Gaffori, digne précurseur de M. Narbonne, qui prétend, à la tête de ses troupes, maintenir par la force la tyrannie que feu son père, de glorieuse mémoire, avait combattue et confondue par son génie. Des bévues sans nombre ne permirent pas de dissimuler la médiocrité des talents de votre beau-père : il n'avait que l'art de se faire des ennemis. L'on se ralliait de tous côtés
contre lui. Dans ce pressant danger vous levâtes vos regards et vîtes Narbonne. Narbonne, mettant à profit un moment de faveur, avait projeté de fixer dans une île qu'il avait dévastée par des cruautés inouies le despotisme qui le rongeait. Vous vous concertâtes : le projet est arrêté, cinq mille hommes ont reçu les ordres ; les brevets pour accroître d'un bataillon le régiment provincial sont expédiés ; Narbonne est parti. Cette pauvre nation sans armes, sans courage, est livrée, sans espoir et sans ressources, aux mains de celui qui en fut le bourreau.
0 infortunés compatriotes ! de quelle trame odieuse alliezvous être victimes ! Quel moyen de résister, sans armes, à dix mille hommes ? Vous eussiez vous-mêmes signé l'acte de votre dégradation, l'espoir se serait enfui, l'espérance se serait éteinte, et des jours de malheur se seraient succédé sans interruption. La France libre vous eût regardés avec mépris ; l'Italie affligée, avec indignation ; et l'Europe, étonnée de ce degré sans exemple d'avilissement, eût effacé de ses annales les traits qui font honneur à votre vertu. Mais vos députés des communes pénétrèrent le projet et vous avertirent à temps. Un roi, qui ne désira jamais que le bonheur de ses peuples, éclairé par M. La Fayette, ce constant ami de la liberté, sut dissiper les intrigues d'un ministre perfide, que la vengeance poussait toujours à vous nuire. Ajaccio montra de la résolution dans son adresse, où était peint avec tant d'énergie l'état misérable auquel nous avait réduits le plus oppressif des gouvernements; Bastia, engourdie jusqu'alors, se réveilla au bruit du danger et prit les armes avec cette résolution qui l'a toujours distinguée. Arena vint de Paris en Balagne, plein de ces sentiments qui portent à tout entreprendre, à ne craindre aucun danger. Les armes d'une main, les décrets de l'assemblée nationale de l'autr.3, il fit pâlir les ennemis publics. Achille Murati, le conquérant de Gaprara, qui porta la désolation jusque dans