‹ Histoire des CorsesChapitre 357 sur 408 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

traîna celle des autres barojis. On montre dans l'église le tombeau de sa fille Serena : la noble dame est en marbre, et sa main porte un scapulaire, d'où pend une bourse, symbole de sa générosité.

Aux environs de Sainte-Lucie se trouve un remarquable granit particulier à la Corse, appelé granit orbiculaire. C'est une roche d'un bleu grisâtre qui, taillée, offre partout des globules noirs et blancs. J'en ai vu de très beaux échantillons : si on la polit, elle devient splendide, et peut servir aux ornements les plus précieux. C'est un vrai joyau dans l'écrin minéralogique de l'île. Il orne la chapelle des Médicis de Florence, composée des pierres les plus rares.

Dans la vallée de Fiumiccioli, au nord-est de Sainte-Lucie, est situé le fameux canton de Levie. Il s'étendjusqu'à la petite baie de Ventilegne, partout couvert de montagnes et de forêts. Il fut aussi la résidence de nobles et anciennes familles, comme les Peretti, d'où est issu Napoléon Peretti, l'ami de Sampiero. C'est le premier Corse de ce nom, que mentionne l'histoire de l'île ; mais il n'a aucune parenté avec les Bonaparte. Il périt en combattant contre les Génois.

Au canton de Levie appartient le village de San-Gavino de Carbini. C'est un lieu célèbre dans l'histoire insulaire pour avoir été la principale résidence des Giovcmnali, communistes qui firent en Corse des progrès si rapides et furent comme les précurseurs des Saint-Simoniens et des Mormons. Il est regrettable que les chroniques du pays ne nous aient pas laissé d'autres renseignements sur la nature de cette société.

Avant de quitter Sartène, je tiens à rendre hommage à l'aimable hospitalité de ses habitants. Ils me l'ont offerte de la manière la plus gracieuse, et c'est toujours avec bonheur que je me trouvais au milieu de ces braves gens aux mœurs si simples et si pleines d'une douce familiarité. Ils ne voulaient pas me laisser partir : il fallait aller avec eux chasser le mouflon sur les hautes montagnes, et surtout les suivre au

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jardin pour m'y restaurer de leurs fruits savoureux. Lorsque le matin de bonne heure je me disposai au départ, tous ces braves amis étaient là pour m'accompagner, et l'un d'eux (c'était un cousin de l'infortunée Vittoria Malaspina), en prenant congé de moi, me tendit un papier.

Je dépliai la feuille, et j'y lus ce qui suit : (n Al Signor Ferdinando. S'il vous arrivait en Corse d'avoir besoin de quelque chose ou d'éprouver un désagrément, n'oubliez pas qu'à Sartène vous avez un ami. Alessandro Casanova. »

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