CHAPITRE VII
vergues, et de IJi sautent sur les remparts. Puis, s'approchant des maisons, ils y jettent des tisons enflammés. Il se produit alors une affreuse confusion parmi les défenseurs et les assaillants. Mais Orlando Guaracco, l'héroïque Marguerite Bobia et Ghiaro Ghigino accourent ; Jacobo Catacciolo, Giovanni Cicanese et Filippo Gampo quittent leurs postes et se joignent à eux : ils massacrent les ennemis qui ont pénétré dans la ville ; et, mettant ensuite le feu aux navires du port, ils repoussent le roi avec de grandes pertes.
Le combat avait duré trois jours au milieu d'un effroyable incendie et d'une immense effusion de sang. Puis, les personnes de tout âge et de tout sexe s'étaient mises à élever de nouvelles défenses et à réparer les brèches. Malheureusement, le grenier public avait été la proie des flammes.
Le roi fit jeter dans la ville quelques lettres attachées à des flèches, promettant des récompenses à ceux qui se rendraient. Galeotto, fils de Ristoro, de Bonifacio, et le génois Gonrado écoutèrent ces propositions, et les deux transfuges ranimèrent le courage du roi en lui apprenant que la ville manquait d'eau et de pain.
Alphonse fit alors occuper une seconde colline, mettre une double chaîne en travers du port afin d'arrêter les secours génois du côté de la mer, et résolut de prendre la ville par un siège régulier.
A cette nouvelle, le doge Thomas Fregoso équipa une flotte de sept vaisseaux. Le mois de septembre se passa ainsi, et en octobre, novembre et décembre la mer fut si mauvaise que la flotte dut rester à Gênes.
Gependant les projectiles des bombardes et des autres machines de guerre avaient réduit les Bonifaciens à la dernière extrémité : contraints de quitter leurs maisons, presque toutes en ruines, il s'étaient réfugiés dans le bois près de Sant' Antonio et dans le couvent de Smi-Francesco. La ville était déserte, il n'y avait d'occupés que les postes militaires.
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Le roi reçut des secours d'Espagne ; mais il voulut néanmoins tenter encore la voie des négociations. Il promit aux habitants de respecter leurs privilèges et leurs lois, s'ils consentaient à lui ouvrir les portes de la ville. Les Bonifaciens traînèrent les pourparlers en longueur pour gagner du temps ; et comme les Espagnols, voyant les figures pâles et amaigries des assiégés, prétendaient que la faim les obligerait bientôt à se rendre, ces derniers recoururent, dit-on, au moyen suivant pour leur prouver le contraire: ils jetèrent du pain aux ennemis du haut des remparts, et firent même un fromage avec du lait de femme qu'ils envoyèrent au roi en présent.
Alphonse fit alors avancer toutes ses machines contre les murailles avec des vaisseaux attachés deux par deux et munis de tours ; et des collines environnantes et de la mer on recommença l'attaque.
De leur côté les Bonifaciens, ayant dressé des machines de guerre, lançaient des blocs énormes contre les navires éloignés et faisaient pleuvoir sur les plus proches une grêle de petites pierres et de traits. Ils étaient eux-mêmes exposés aux projectiles des bombardes et aux flèches, qui couvraient partout le sol de cadavres sanglants ; mais leur admirable constance ne se démentit point : de nouveaux combattants valides succédaient à ceux qui tombaient ; le fils venait prendre la place de son père, le frère celle de son frère ; et les femmes apportaient des projectiles, des vivres, du vin, et recueillaient les blessés. Parfois elles s'armaient elles-mêmes de la lance et du bouclier, et allaient remplacer les hommes sur les remparts. Il y en eut beaucoup parmi elles qui, voyant leur fils tués sous leurs yeux, ne leur donnèrent la sépulture qu'après avoir repoussé l'ennemi.
La lutte ne fut pas moins meurtrière pour les assiégeants. Les uns périrent par le glaive, d'autres par les faux et les lances à harpons au moyen desquelles les défenseurs de la