‹ Histoire des CorsesChapitre 364 sur 408 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

place les attiraient violemment pour les précipiter du haut de leurs tours flottantes dans la mer où ils se noyaient. Un grand nombre furent écrasés par des poutres et des pierres jetées sur eux au moment où ils voulaient escalader les murs. Ailleurs on leur lançait des torches, de l'étoupe enflammée, de la poix brûlante, de sorte qu'ils ne savaient où courir ni comment se défendre.

Mais les combats continuels avaient épuisé les habitants. Aussi, le roi résolut de réunir toutes ses forces et de tenter le lendemain un nouvel assaut général.

L'attaque recommença ; la tour de Scarincio fut seule épargnée, de crainte que les projectiles des bombardes n'allassent frapper, avec les Bonifaciens, les assaillants placés aux tours des vaisseaux. Sur les remparts, on voyait les femmes combattre à côté des hommes et tâcher de harponner les ennemis. Du haut des tours et des hunes des navires, les Espagnols faisaient pleuvoir une grêle de traits, ce et lançaient même des balles de plomb au moyen de certaines bombardes portatives en airain fondu, creuses comme un roseau, qu'ils appelaient mousquets. Ces balles étaient projetées au loin par la force du feu et perçaient même les soldats couverts d'une armure ». (C'est ainsi que Pietro Girneo décrit les fusils, alors inconnus et maintenant hélas ! trop connus en Corse), ce Du » haut des hunes, ils lancèrent sur les murs et sur les mai- » sons des barils remplis de poudre à canon, aux cercles » lâches et dont les douves mal jointes se disjoignaient encore » davantage au moment de leur chute, puis il y jetèrent du )) feu,)) (1) et produisirent un vaste incendie, brùlantles uns et forçant les autres à quitter précipitamment leur poste de combat. C'est ainsi que près de la tour de Preghera, la brèche se trouva abandonnée à l'ennemi. Lorsque l'épaisse fumée de

1) Pietro Girneo (Traduclion de M. l'abbé Leileron).

soufre qui l'enveloppait de toutes parts se fut dissipée, les femmes, les hommes incapables de porter les armes, les enfants, accourus en foule pour apporter des traits et des pierres à leurs amis, voyant les murs sans défenseurs, se mirent à pousser des cris et des hurlements plaintifs ; et les mères, les filles, les épouses éplorées, supplièrent leurs fds, leurs pères, leurs époux de retourner sur la brèche à leur poste de combat. Les prêtres et les moines même prirent part à la lutte : ils jetaient des paquets d'étoupe enflammée et de la chaux en poudre aux ennemis qui, la plupart, étourdis, aveuglés par la fumée et les vapeurs, ne tiraient plus qu'au hasard. Lorsque l'incendie diminua, les Bonifaciens firent une sortie.

Ce fut la journée la plus rude pour les assiégés ; mais elle coûta aussi un grand nombre de morts et de blessés aux assiégeants.

Plus leurs souffrances devenaient cruelles, plus les Bonifaciens pressaient, par des lettres, le doge et le sénat de Gênes de venir à leur secours.

Le roi, renforcé de nouvelles troupes, ordonna bientôt la reprise des hostilités ; et sur terre et sur mer, en sept endroits différents, s'engagea encore une lutte féroce. Mais la ville resta inexpugnable : les habitants y avaient élevé en toute hâte une autre muraille à la place de celle qui venait de s'écrouler, et des hommes armés se tenaient sur les brèches ouvertes, comme des remparts vivants.

Alphonse fit alors construire vers la grande porte, une chaussée de huit pieds de haut, ainsi qu'une tour de dix étages, pour dominer les murs. Pendant que le travail avançait ainsi, en dépit des nombreux projectiles, la porte s'ouvrit un jour soudainement pour livrer passage au peuple qui, avec des torches, mit le feu à la chaussée, aux fascines et à la tour, et détruisit ainsi en un instant l'œuvre pénible de si longs efforts.

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