‹ Histoire des CorsesChapitre 389 sur 408 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

il donne très probablement le texte original de la lettre, je le reproduis ci-après au lieu de traduire l'italien (1) :

« Monsieur, Mon très honoré Cousin,

î> Les égards et bontez que Votre Excellence m'a témoignés dès ma tendre enfance, me font espérer qu'elle m'honore toujours d'une part de son souvenir et de sa bienveillance. Quoique, par un dérèglement ou un dérangement suscité par des envieux, et peut-être aussi par mon empressement et penchant naturel à faire des voyages en inconnu, pour parvenir à mes vues d'être un jour utile à mon prochain, j'aie différé toutes ces années à vous donner de mes nouvelles, soies persuadé que vous m'avez toujours été présent et que je n'ai eu d'autre ambition que de pouvoir retourner dans la patrie, dans cet Etat désiré, pour reconnaître mes bienfaiteurs et amis et dissiper toutes les injustes calomnies si témérairement divulguées contre moi. Enfin, comme ami sincère et bon parent, je ne puis m'empêcher de vous donner part, qu'après bien des poursuites et traverses, il m'a réussi de venir en personne dans ce Roiaume de Corse accepter l'offre que les fidèles habitants m'ont fait en me déclarant et recevant leur chef et roi ; et, quoiqu'après bien des dépenses, faites pour eux depuis deux années, et après avoir souffert et prisons et persécution, je ne sois pas en état de tenter d'autres voïages pour les délivrer un jour du tirannique gouvernement génois, je me suis rendu, à leurs instances, dans ce pais, j'ai été reçu et proclamé leur roi ; et j'espère, avec

1) Le texte que nous publions est tiré d'un petit livre anonyme publié à la Haye en 1738 sous ce titre ; Histoire des révolutions de Vile de Corse et de Vélévation de Théodore sur le trône de cet Etat, tirée des mémoires tant secrets que publics. A la Haie chés Pierre Paupie, MDCCXXXVIIL

l'assistance divine, de m'y maintenir. Je m'estimerais heureux, mon cher Cousin, si vous vouliés me favoriser et consoler en m'envoiant quelques-uns de ma famille, que j'emploierai à satisfaction, en partageant avec eux leur sort, que j'espère, avec l'aide de Dieu, de rendre encore plus éclatant, par les talents et les avantages que j'ai retiré de mes voïages ; et cela, à la gloire de Dieu, et au grand avantage de mon prochain. Vous n'avez pas sçu le malheur que j'ai eu d'être pris en mer l'année passée, et emmené à Alger, comme esclave, dont j'ai cependant sçu me délivrer, mais avec perte très considérable etc. Mais, je dois différer jusqu'à un autre tems à vous faire part de ce que je me suis acquis par la grâce Divine, et vous prier seulement de compter sur moi comme sur vous-même, et d'être persuadé que j'ai gravé dans mon cœur les marques sincères d'amitié dont vous m'avez comblé dans ma jeunesse et que je chercherai par toutes sortes de moïensà vous donner des marques essentielles de l'attachement sincère avec lequel je vous serai toujours dévoué, étant du meilleur de mon cœur tout à vous, et fidèle ami et cousin. )) Le 18 mars 1736.

» Le Baron de Newhoff, » élu roi de Corse sous le nom de Teodoro primo.

» P. S, Donnez-moi de vos chères nouvelles, je vous prie, et saluez de ma part toute la chère famille et les amis ; et comme mon avancement est à leur honneur, j'espère qu'un chacun saura concourir à mes avantages, et qu'ils viendront m'assister de conseils et de fait. Gomme, depuis plusieurs années, je n'ai aucune lettre de la famille en Brandebourg, trouvez bon que je vous remette la ci-jointe, avec instance de vouloir l'envoïer à Bungelschil, et de me donner avis si mon oncle est en vie, et ce que font mes cousins à Beuschenbourg. »

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