‹ Histoire des CorsesChapitre 392 sur 408 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

endroits, des Anglais, des Français, des Allemands et plusieurs autres personnes de différentes nations.

j> Partout où il a filouté, il a eu grand soin de tenir ses fourberies cachées ; mais, après son départ, elles ont paru manifestement. Une lettre d'un gentilhomme allemand, écrite de Lisbonne du 10 février de l'année courante 1736, en est une preuve évidente.

» Il y a quelque tems, qu'il emprunta des banquiers Jabach, à Livourne, 515 pièces de huit, qu'il promit de faire rembourser à Cologne. Ses créanciers, se voïant trompez, le firent mettre en prison. Il en sortit quelques mois après, ayant sçu engager le patron d'un petit biitiment d'être sa "caution, comme il paraît par l'acte de son élargissement, passé à Livourne le 5 septembre 1735, par devant le notaire Jean- Baptiste Gumano etc. ; pour le guérir d'une maladie qu'il avait contractée dans sa prison, il fut mis à l'hôpital del Bagno de la dite ville pour y être traité en qualité de nécessiteux.

)) Il est ensuite allé à Tunis, où il a exercé la médecine et tenu plusieurs conférences secrètes avec les chefs des infidèles. Il a sçu en tirer des armes et des munitions de guerre, avec lesquelles il s'est transporté en Corse, accompagné de Christoforo, frère du médecin Buongiorno à Tunis ; de trois Turcs, parmi lesquels se trouve un certain Mohamet, qui fut autrefois esclave sur les galères de Toscane ; de deux jeunes Livournois, nommés Attiman et Bondelli, fugitifs de leurs maisons paternelles, et d'un prêtre de Porto-Ferraio, que les Pères Missionnaires de Tunis ont jugé à propos d'éloigner pour de justes raisons.

» En conséquence de tout ce que dessus, et d'autant que cet homme s'est ingéré de vouloir gouverner en Corse, et de détourner malicieusement nos sujets de la fidélité qu'ils doivent à leur souverain naturel; que d'ailleurs il est à craindre qu'un homme, dont la conduite et les maximes sont si dépra-

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vées, n'excite de plus grands troubles parmi nos sujets : Nous avons jugé convenable de rendre public ce que dessus, et de déclarer, ainsi que Nous déclarons, par le présent Edit, le susdit prétendu Baron de Newhof, auteur actuel des nouvelles séditions, séducteur des peuples, perturbateur de la tranquillité publique, coupable de haute trahison et de lèze- Majesté au premier chef, et, comme tel, digne de toutes les punitions prescriptes par nos loix, défendant à qui que ce soit d'avoir aucune correspondance ou commerce avec lui, et déclarant dignes des mêmes punitions, criminels de lèze- Majesté et perturbateurs du repos public, tous ceux qui lui prêteront secours ou assistance, ou qui le suivront pour augmenter la révolte et troubler le repos de nos peuples, î Fait dans notre Palais Royal, le 9 mai 1736.

i> GiusEPPE Maria. »

La République offensée ne réussit point avec ce manifeste. Dans sa ville même de Bastia, sous son propre Edit, les gens se mirent à crier : « Evviva Teodoro /, Re di Corsica ! d et Théodore, loin de rougir du nom de parvenu , disait avec un mâle humour : c Gomme les Génois me traitent d'aventurier et de charlatan, je veux aller établir mon théâtre à Bastia. »

Il publia aussi son manifeste en réponse à celui des Génois. Voici cette pièce amusante (1) :

(( Théodore I, Roi de Corse, au Doge et au Sénat de Gênes, salut et patience.

ï) Je n'ai pas cru commettre quelque faute en ne vous informant pas de la résolution que j'avais prise de passer dans

1) Nous l'empruntons aussi au livre anonyme cilé pag. 329.

l'île de Corse ; et, pour vous avouer la vérité, j'ai cru cette cérémonie très inutile, m'imaginant que vous en auriés déjà été instruits par la Renommée. Ainsi, je n'ai pas jugé nécessaire de vous dire ce que vos ministres de Corse vous avoient déjà appris dans leurs relations ampoulées. Mais, puisque j'apprens que vous vous plaignez de ce que je vous ai caché mon dessein, je me trouve obligé de m'acquitter envers vous d'un devoir de voisin, qui lait savoir à ses voisins son délogement, et de vous apprendre que j'ai changé de demeure, et que, las de voïager et d'errer, comme vous savez que j'ai fait, j'ai résolu de me choisir une petite habitation dans l'île de Corse ; et, comme c'est dans votre voisinage, j'en prends occasion de vous en faire mon compliment par l'ambassade de ce papier ; quoique votre commissaire de la Bastie pourroit, s'il ne veut pas vous tromper comme ses prédécesseurs, vous informer que j'ai un soin particulier d'envoïer autour de cette ville un nombre suffisant de troupes, pour qu'il n'ignore pas notre nouveau voisinage. Et je crois que cela suffit pour remplir les devoirs de la civilité auxquels un délogement nous oblige envers nos voisins.

-» Mais, comme ces délogements causent souvent des querelles entre les voisins, soit par rapport aux bornes des terres, aux passages, etc., je ne pousserai pas plus loin mes compliments à cet égard, et je passerai à nos affaires particulières, d'autant plus que j'apprens de tous cotez que mon voisinage vous fait tant de peine que, non seulement vous l'avez décrié par toute sorte de calomnies, mais même vous avez été jusqu'à le rejeter, contre tout devoir.

y> La déclaration que vous avez publiée, que votre voisin était un perturbateur du repos public, qui débauchait le peuple, est une insigne fausseté, qu'on veut faire passer pour vérité, non seulement auprès de quelques personnes, mais même dans tout l'univers, pendant que chacun sait qu'il y a plus de sept ans que la paix et la tranquillité ont été chas-

sées de la Corse, que vous avez troublée par votre gouvernement et d'où vous avez chassé la paix par votre sévérité : maximes, qui, sous prétexte de rétablir la paix, ont plongé les pauvres Corses dans un affreux dérangement et tumulte.

)) Telle a été votre conduite, et l'iniquité de Pallavicini ; et c'est ainsi que la paix et la tranquillité ont été chassées de Corse, après avoir été rétablies avec bien de la peine par l'empereur même.

» Votre bourru et opiniâtre Pinelli trompait ce peuple ; et voilà l'état où je l'ai trouvé quelques jours après m'y être établi,

» Mais pourquoi rejeter sur moi la faute de la conduite que vous avez tenue ? Et dans quelle loi trouvera-t-on qu'un aussi simple voisin que moi puisse être accusé de haute-trahison ? Car trahison suppose qu'on a violé l'amitié par quelque offense capitale, sous prétexte d'entretenir cette amitié. Supposons que je vous aie gravement offensez. Mais quelle amitié a jamais subsisté entre nous ? Quand ai-je été votre ami ? Dieu me préserve d'aimer jamais une nation qui a si peu d'amis !

î Cependant, on tâche de prouver que je suis coupable du crime de lèze-Majesté. Je tremble quand je pense à une accusation aussi terrible. Mais quand je cherche d'où peut venir votre Majesté, je me console de ne la trouver nulle part, quelque recherche que je fasse. Dites-moi, avez-vous hérité de cette Majesté de vos Doges ? Ou bien l'avez-vous acquise par mer lorsque vous accordiés une retraite aux Mahométans dans votre ville et que, poussez par votre avarice, vous avez transporté en Europe plus de Turcs qu'il n'en fallait pour en faire la conquête ? Peut-être avezvous rapporté d'Espagne cette Majesté sur vos épaules? Peut-être a-t-elle été transportée d'Angleterre sur vos terres par certain vaisseau envoyé par un marchand anglois à un de vos bourgeois élu Doge, auquel il était

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