CHAPITRE IV
ainsi adressé : « A Monsieur, Monsieur N. N. , Doge de Gênes et marchand en diverses sortes de marchandises. »
y> Dites-moi, au nom de Dieu, d'où vous viennent ces airs de Monarchie et de Principauté, à vous dont la République n'a été autrefois qu'une société de corsaires avares? Depuis quelques siècles, vos Conseils n'ont été composez que de bourgeois. Est-ce d'eux que vous tirez votre Majesté ?
» Y a-t-il rien de plus illégitime que le titre de prince que vous donnez à votre Doge, puisqu'il est certain que les loix fondamentales de votre République portent qu'il ne doit y avoir d'autre prince que les loix ? Ainsi, vous qui n'êtes que les administrateurs des loix, pouvez-vous vous arroger le titre de Souverains et traiter le peuple de sujets, lui qui doit gouverner avec vous, comme cela arrive réellement ?
)) Quoique vous restiés encore en paisible possession le ce que vous avez en Terre-ferme, je crois que les choses seront autrement dans l'île de Corse, où le peuple, aïant ouvert les yeux, insiste sur ses justes prétentions, et se trouve obligé à secouer le joug de votre gouvernement.
» Quant h moi, j'ai résolu de me tenir au parti du côté duquel je trouve le droit et la justice; et puisque vous m'avez dépeint partout comme un trompeur de toutes les nations, j'ai résolu de prouver le contraire, au moins à une nation, aux Corses opprimez ; et si, pour les arracher à vos tromperies, je puis vous tromper, je le ferai de tout mon cœur, vous permettant de me traiter de même, si vous le pouvez.
y> Au reste, soies persuadez que nos créanciers seront bien paies, puisque vos effets, que les Corses m'ont légitimement cédez, sont plus que suffisans pour païer mes dettes. Tout ce qui me fera de la peine, c'est que je ne pourrai jamais assez païer à votre République toutes les cruautez que vous avez exercées dans ce Roiaume.
y> Il n'est pas nécessaire que je vous informe des heureux succès de mes adhérens, puisque vous avez sans doute
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appris que j'ai à ma solde assez de troupes pour vous convaincre que je suis capable non seulement de vivre aux dépens d'autrui, mais même que j'ai l'art d'entretenir 40 mille hommes à mes dépens. Vos vaillants soldats, qui se tiennent renfermés dans la Bastie, n'osant paroître en plaine campagne de crainte d'être vus de trop près, vous attesteront s'ils sont bien nourris et bien paies.
» Au reste je puis vous protester que, de quelque manière que vous me décriés dans le monde, je suis persuadé que vous ne ferez pas sur ce peuple-ci l'impression que vous vous imaginez ; et que l'or qu'ils reçoivent aura plus de force que les calomnies que vous ne cessez de répandre contre moi. Je vous demande une seule chose. Faites-moi la grâce que, dans les rencontres qu'il y aura entre moi et vos troupes, je puisse au moins voir un de vous autres qui les commande, s'il s'en trouve quelqu'un qui ait cette véritable bravoure, que tout honnête homme doit témoigner pour sa patrie. Mais je suis persuadé que mes vœux ne seront pas remplis de ce côté-là ; puisque vos lettres de change, votre usure et votre négoce vous occupent si sottement que le courage ne peut point se loger chez vous. Aussi suis-je persuadé que jamais vos troupes ne vous feront honneur ; parce que vous, qui devriés les conduire, n'avez ni le tems, ni le courage de les mener en campagne, comme font les autres nations courageuses etc., etc.
» De notre camp devant la Bastie, le.... juillet 4736 signé : Teodoro, et plus bas Sebastiano Costa, secrétaire d'Etat et Grand-Chancelier. »
Ce ton de raillerie était bien propre à blesser profondément la Bépublique. Mais ainsi vont les choses de ce monde: la superbe reine des mers était déchue de sa grandeur ; à ses portes un petit peuple en armes la remplissait d'effroi, un chevalier d'aventure étranger l'insultait impunément.